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En Pologne, politiciens et médias conservateurs s'érigent contre la protection de la communauté LGBT

L’adoption, par le maire de Varsovie, d’une charte visant à protéger les membres de cette communauté est très critiquée en Pologne. Le document et, par extension, les LGBT sont les cibles d’une campagne de haine de la part de politiciens et de médias conservateurs.

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La gay pride de Varsovie, en juin 2018.
La gay pride de Varsovie, en juin 2018. (JANEK SKARZYNSKI / AFP)

La charte de Varsovie fait débat en Pologne. Signée le 18 février par le maire Rafal Trzaskowski, elle vise à protéger la communauté LGBT. Un refuge pour accueillir et loger les personnes exclues de leur foyer, une hotline pour aider les LGBT en difficulté ainsi qu’un mécanisme pour signaler et comptabiliser les comportements homophobes et transphobes. Sur ces points, pas ou très peu de polémiques.

En revanche, la charte propose de créer des cours d’éducation contre la discrimination et d’éducation sexuelle à l’école, tenant compte de l’orientation de chaque enfant. Et là, levée de boucliers des milieux conservateurs. Certains députés du PiS, le parti au pouvoir, pensent que les enfants vont apprendre à se masturber dès la maternelle. Lors d’un meeting de campagne pour les élections européennes, le président du PiS, Jaroslaw Kaczynski, a parlé "d’attaque contre la famille et les enfants" et de "remise en question de l’identité naturelle de fille ou de garçon". 

Le ton se durcit à l'approche des européennes

Au sein de la communauté LGBT, cette levée de boucliers est très mal vécue. Il y a le sentiment d’être les nouveaux boucs émissaires du PiS, à l’approche des européennes. En 2015, lors des législatives qu’ils ont remportées, les ultra-conservateurs avaient ciblé les migrants. Aujourd’hui, c’est au tour des LGBT.

À l’association Milosc nie Wyklucza, [ndlr : "L’amour n’exclut pas", en français], on essaie tant bien que mal de répondre aux critiques. Hubert Sobecki a participé à l’écriture de la charte. "Dans la charte, c’est un point très général. Il dit qu’il devrait y avoir des sortes de cours d’éducation sexuelle disponibles. Pas obligatoires, mais disponibles. Ces cours devront être basés sur des connaissances scientifiques, médicales, psychologiques, sur les standards de l’Organisation mondiale de la santé." De plus, les parents peuvent refuser que leurs enfants assistent à ces cours.

>> À LIRE AUSSI : Le portrait de Jaroslaw Kaczynski, le marionnettiste populiste de la Pologne

Ici, à l’association, nous sommes en train de nous dire que nous allons installer plus tôt que prévu une nouvelle porte d’entrée, plus sécurisée, car on craint d’être une cible.

Ola Boczkowska

à franceinfo

Le problème, c'est que les critiques ne sont uniquement focalisées sur la charte de Varsovie. Le débat a rapidement dérapé. Des membres du parti PiS au pouvoir ont publiquement lié homosexualité et pédophilie. Ola Boczkowska est elle aussi membre de l’association Milosc nie Wyklucza : "Les mots ont un sens. Et ils encouragent les gens à faire des choses qu’ils ne feraient pas normalement. Ils pensent que c’est bon, c’est socialement acceptable de détester un groupe de gens, une communauté, du sytle 'Je peux les insulter, je peux leur cracher dessus. Je peux même frapper quelqu’un'. Ce type d’incidents arrive en ce moment."

Des amis LGBT d’Ola Boczkowska ont déjà quitté le pays ces dernières années. Et selon les militants rencontrés, l’émigration pourrait encore s’accentuer en 2019.

La gay pride de Varsovie, en juin 2018.
La gay pride de Varsovie, en juin 2018. (JANEK SKARZYNSKI / AFP)