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Cinéma week-end. "Planétarium", par amour du cinéma

Rebecca Zlotowski signe un film déroutant et dit sa passion du 7e art, Rachid Djaïdani face à l'épreuve du second opus avec "Tour de France".

Article rédigé par franceinfo, Thierry Fiorile
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min
Lily-Rose Depp et Natalie Portman (Ad Vitam Distribution)

Il y a chez Rebecca Zlotowski une jubilation à parler de son film qui bouscule joyeusement son débit de parole, comme un trop plein de désir de cinéma. Planétarium est un beau film, parfaitement interprété par Natalie Portman, Lily-Rose Depp et Emmanuel Salinger, la beauté des images n'est pas vaine, il faut seulement accepter de s'y perdre. 

J'ai pris plaisir à emprunter autant dans la série B que dans le cinéma d'auteur

Rebecca Zlotowski

Les années 30, deux soeurs américaines mediums, un producteur de cinéma qui rêve avec elles de filmer les fantômes, la montée du nazisme, c'est un tourbillon de thèmes. En lâchant prise, on laisse le lyrisme agir, sans trop se demander si la réalisatrice souhaite qu'on fasse le lien avec notre époque. Car ce qui est clair dans Planétarium, c'est que ce joli monde de doux rêveurs danse au bord du volcan avant la catastrophe, et que Rebecca Zlotowski déclare son amour du cinéma en pillant allègrement ses illustres ainés. Les cinéphiles sont aux anges.

Quand Rebecca Zlotowski faisait ses études à la Femis, Rachid Djaïdani passait son CAP de maçon, et il n'en est pas peu fier. En 2012, on avait adoré l'énergie pure de son premier film Rengaine. Avec Tour de France il affronte la toujours douloureuse épreuve du second opus.

Gérard Depardieu, c'est Mohamed Ali, il a la plus belle des boxes

Rachid Djaïdani

Il serait injuste de dire que ce film est raté et ce ne serait pas lui rendre service que d'en occulter les défauts. Si le thème est lourd, c'est que notre beau pays n'est pas au mieux de sa forme, alors évidemment il n'y a rien de léger à mettre dans un camion déglingué un gros blanc raciste, Gérard Depardieu, et un rappeur beur parisien, Sadek, pour un tour de France des ports, en espérant que ces deux France finissent par se comprendre et pourquoi pas s'apprécier.

Rachid Djaïdani est excellent dans son registre : la poésie urbaine, les répliques qui claquent. Il est encore vert dans les figures imposées du cinéma comme le road movie. Mais peu importe, Sadek en nounours du hip-hop fait des débuts d'acteur remarquables, et Gérard Depardieu, Tonton, comme le surnomme Rachid Djaïdani, brise la carapace de son personnage avec une grâce folle.

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Au rayon flop, la palme de la semaine revient à Jalil Lespert avec Iris, improbable thriller sado maso, inspiré de Chaos du japonais Hideo Nakata. Si le cinéma nippon maîtrise parfaitement les codes du genre, pourquoi donc s'y frotter et se retrouver bien ridicule dans son propre film, à poil, saucissonné et fouetté par une Charlotte Le Bon à moitié convaincue de l'exercice.

Enfin saluons le premier film venant des îles Vanuatu, dans l'océan Pacifique, Tanna, un Roméo et Juliette tropical, entièrement tourné avec les membres d'une des dernières tribus traditionnelles de Mélanésie.
Beauté de la nature, puissance inquiétante du volcan, candeur des interprètes amateurs. Seule réserve : le regard des réalisateurs australiens Bentley Dean et Martin Butler sur ce monde fragile, il n'y a pas loin de la fascination à l'excès de bienveillance.

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