Présidentielle 2022 : le poids des mots au coeur de l'actualité

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La période est propice pour constater l'importance des mots employés durant une campagne électorale, des punchlines, des formules. Les petites phrases prennent une ampleur démesurée en politique. Décryptage avec la psychanalyste Claude Halmos. 

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Radio France
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Les mots et leur poids. Les mots et leur "ambivalence", le choix des mots, et notre propre interprétation des mots. (Illustration) (JAC DEPCZYK / PHOTOGRAPHER'S CHOICE RF / GETTY IMAGES)

On a pu voir, tout au long de cette campagne électorale, comme des précédentes, l’importance des mots employés, des formules, des petites phrases. On a pu constater leur pouvoir, et comment un mot malheureux peut balayer des mois d’efforts. 

franceinfo : Comment peut-on expliquer que tout passe, à ce point, par les mots ?

Claude Halmos : La vie politique met particulièrement en lumière l’importance des mots. Mais elle existe dans tous les domaines ; et elle tient à la fonction même des mots. Les humains, parce qu’ils parlent, sont obligés de se servir des mots pour inscrire dans leurs têtes la réalité qui les entoure, pour y penser, et pour en parler à d’autres. Et à partir de là, ils mettent en place des visions de la réalité qui sont évidemment subjectives, et aussi nombreuses que les personnes qui y pensent, ou en parlent.

À partir du moment par exemple, où deux personnes voient un gâteau au chocolat, et se disent : "Tiens ! Un gâteau au chocolat !", il n’y a plus seulement un gâteau, mais deux. Parce que, les mots s’associant toujours, dès qu’ils entrent dans la tête, à d’autres mots, qui s’y trouvent déjà, et à ce qu’ils évoquent, il va y avoir pour l’une, un bon gâteau rassurant, qui lui rappelle sa grand-mère, et pour l’autre un gâteau à fuir, parce qu’il peut la faire grossir.


Et c’est cela qui donne leur pouvoir aux mots ?

Oui, parce qu’à partir du moment où les mots peuvent imposer une vision de la réalité, ils peuvent devenir une arme. Et elle peut donc servir soit à aider les autres (avec des paroles positives, qui réparent, qui reconstruisent). Soit au contraire à les manipuler (en leur disant ce que l’on sent qu’ils attendent). Et surtout, comme en politique, à les combattre, en construisant à la fois, une image de soi (grâce au langage – bienveillant, ou au contraire musclé – adapté au personnage que l’on veut incarner), et une image de son adversaire.

On peut, en quelques formules, donner une image de lui qui va dès lors, même si elle est fausse, le représenter en se substituant à ce qu’il est vraiment.
Et on voit cela aussi, dans la vie, et de façon tragique, dans un phénomène comme le harcèlement. Où des personnes peuvent se voir représentées par une image infamante d’elles, à laquelle elles ne peuvent plus échapper.

On peut combattre ce pouvoir des mots ?

Il existe un piège des mots puisque, utilisés habilement, ils peuvent servir à tromper en transformant la réalité, jusqu’à parfois même la faire oublier. Ce qu’essaie par exemple de faire Vladimir Poutine en interdisant que le mot "guerre" soit employé pour nommer celle qu’il fait en Ukraine.

Mais on peut ne pas tomber dans ce piège si, au lieu de prendre les mots pour argent comptant, on fait en sorte de s’interroger sur la réalité qu’ils recouvrent, pour savoir si la vision qu’ils en donnent est vraiment exacte. Et, à l’époque des réseaux sociaux, il serait important d’apprendre aux enfants, et surtout aux adolescents, en même temps que l’importance des mots, leur danger ; et le travail à faire pour ne pas en être dupe.

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