C'est dans ma tête. Procès des attentats du 13 novembre : quel rôle pour les victimes ?

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Le procès des auteurs des attentats du 13 Novembre 2015 s’est ouvert mercredi 8 septembre, devant la Cour d’assises spéciale de Paris. L'occasion d’entendre à nouveau les victimes parler de ce qu’elles ont vécu et de la façon dont elles essaient depuis, de se reconstruire. Décryptage avec la psychanalyste Claude Halmos. 

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Radio France
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"Paris se souvient", le 13 novembre 2016. Une victime des attentats passe devant l'affiche qui porte la devise de Paris : 'Fluctuat Nec Mergitur' 'Il est battu par les flots mais ne sombre pas'. (Illustration) (ROBERT DEYRAIL / GAMMA-RAPHO / GETTY IMAGES)

Un procès historique s'est ouvert mercredi 8 septembre au coeur de l'Ile de la CIté, devant la Cour d’assises spéciale de Paris. Neuf mois de procès sont prévus. C'est l’occasion d’entendre à nouveau les victimes parler de ce qu’elles ont vécu et de la façon dont elles essaient depuis, de se reconstruire. Et on ne peut que s’interroger sur ce que ce procès, qui les replonge dans l’horreur, peut leur faire éprouver.

franceinfo : Quel rôle un tel procès peut-il jouer, pour les victimes, mais aussi, au-delà des victimes, pour nous tous ?

Claude Halmos : C’est une question difficile. Tout le monde sait que les évènements comme ces attentats sont impossibles à oublier. Mais on croit souvent néanmoins, que les victimes pourraient parvenir, avec le temps, à prendre de la distance avec eux. Et à partir de là, on redoute évidemment qu’en les y replongeant, le procès les fasse repartir en arrière. Or c’est beaucoup plus complexe que cela, parce que l’on raisonne en s’appuyant sur l’idée d’un temps que l’on pourrait dire normal : celui qui permet aux blessures (du corps, comme de l’esprit) de progressivement cicatriser.

Or les victimes ne sont plus dans ce temps-là. Parce que l’évènement traumatique projette toujours (comme dans une autre dimension) la victime dans un temps autre. Qui est un temps immobile : elle est comme fixée, au niveau de son esprit, de son corps, et de ses émotions, au présent de l’évènement traumatique.
Et donc enfermée dans la terreur qu’elle a vécue. Et qu’elle a vécue - ce qui complique encore les choses - en n’en étant qu’en partie consciente. C’est le stress post-traumatique.

Quel rôle peut jouer un procès ?

Sortir du stress post-traumatique, c’est pouvoir remettre le temps en marche, et réintégrer la réalité d’aujourd’hui. Ce qui est très long, et très douloureux. À ce niveau, les procès sont difficiles à vivre, pour les victimes, parce qu’ils les replongent dans l’évènement qui les hante déjà, intérieurement. Mais utiles parce qu’elles y replongent en étant, grâce à ces procès, arrimées à la réalité d’aujourd’hui. Et soutenues par la collectivité. Un soutien d’autant plus important que la victime d’un évènement traumatique a toujours (même si d’autres étaient là) affronté l’horreur dans la solitude.

Et quel rôle jouent ces procès pour ceux qui ne sont pas victimes ?

Ils jouent pour toute la société un rôle très important, de rassemblement autour de valeurs qui sont celles de la civilisation. Ils se démarquent des méthodes des terroristes en les jugeant, de façon civilisée. Et ils rappellent la valeur inaliénable, des victimes, et leur mémoire, ineffaçable. Ce qui est spécifiquement humain (et c’est pour cela d ‘ailleurs que les nazis voulaient effacer, dans les camps, jusqu’à l’identité de leurs victimes).

Et puis ces procès peuvent avoir une fonction de prévention, par rapport à la violence en général, et plus particulièrement à celle des jeunes en danger de radicalisation.

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