VIDEO. Les écoles oubliées de l'éducation prioritaire

Réduire les effectifs dans les classes de CP et CE1, c’est la grande mesure d’Emmanuel Macron dans les écoles des quartiers défavorisés. Mais ce dispositif est-il appliqué dans les établissements qui en ont le plus besoin ?

Nos confrères de La Voix du Nord nous ont mis sur la piste d’une anomalie. Il y aurait des écoles oubliées par l’éducation prioritaire. A Lille-Fives, c’est le cas de l’école Descartes-Montesquieu, située dans un quartier en zone prioritaire mais qui ne bénéficie pas du dédoublement des classes de CP-CE1 voulu par Emmanuel Macron. 

Une aberration pour les parents d’élèves. "C’est est un quartier populaire, pauvre où il y a énormément de personnes aux RSA, on devrait pouvoir bénéficier de cette mesure là", déclare la présidente de l'association des parents d'élèves, Julie Ozbrek. "On est peut-être l’école qui a le plus de difficultés sur le quartier et on doit être la seule école du quartier à ne pas être en REP +", ajoute une autre parent d'élève à l'entrée de l'école. 

A Descartes-Montesquieu, un seul professeur s’occupe des 25 élèves en CE1. En revanche, à seulement 300 mètres de là, dans le même quartier, ce sont deux enseignantes qui s’occupent des 27 élèves de CE1 à l'école Cabanis. Cette inégalité de traitement s'explique par la carte scolaire : les deux écoles sont rattachées à des collèges différents. La classe de CE1 de l'école Cabanis est dédoublée car son collège de secteur est jugé plus défavorisé que celui de sa voisine.

Cette incohérence dans le traitement de ces écoles est bien connue de l’Education nationale, car depuis 2016, le ministère évalue chaque établissement en fonction de la profession des parents d’élèves. L’administration appelle cela l’indice de position sociale. Plus la note obtenue à partir de la catégorie socioprofessionnelle des parents de chaque élève est faible, plus l’école est défavorisée.

522 écoles orphelines

A Lille, l’école Cabanis, qui a droit à deux enseignants par classe, a une note sociale de 107 alors qu'à Descartes-Montesquieu, où il n’y a pas de classes réduites, la note est seulement de 63. Descartes-Montesquieu est l’école la plus défavorisée du quartier de Lille-Fives et pourtant c'est la seule à ne pas bénéficier des classes à effectif réduit. Le ministère dit de ces écoles qu'elles sont "orphelines". 

A partir des statistiques officielles, nous avons dénombré 522 écoles orphelines en France où les élèves sont exclus du dispositif voulu par Emmanuel Macron, alors qu’ils pourraient y avoir droit.

Le directeur de Sciences Po Lille, Pierre Mathiot, déjà à l’origine de la réforme du baccalauréat, a remis un rapport au ministère sur ces questions. Il propose de mettre un terme aux inégalités de traitement entre les écoles des réseaux d'éducation prioritaire : "Ce sont des écoles qui paient le fait d’être rattaché à un collège qui n’est pas considéré comme modeste. Nous préconisons à minima qu’il y ait le dédoublement dans ces écoles orphelines."

Une telle mesure nécessiterait l’embauche de près de 1000 enseignants supplémentaires. Contacté, le ministère de l’Education dit en étudier la faisabilité mais pas avant la rentrée 2021.  

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