La direction d'EELV dit "non" au gouvernement, malaise dans les rangs

Le bureau exécutif du parti a exclu toute participation au gouvernement de Manuel Valls. Une décision prise contre l'avis d'une majorité de parlementaires.

(De G. à D.) Les écologistes Emmanuelle Cosse, François de Rugy, Barbara Pompili et Jean-Vincent Placé ont été reçus, le 1er avril 2014, au ministère de l\'Intérieur, à Paris.
(De G. à D.) Les écologistes Emmanuelle Cosse, François de Rugy, Barbara Pompili et Jean-Vincent Placé ont été reçus, le 1er avril 2014, au ministère de l'Intérieur, à Paris. (FRED DUFOUR / AFP)

Ils n'iront pas. Le bureau d'exécutif d'Europe Ecologie-Les Verts s'est mis d'accord pour décliner et interdire toute participation de ses membres au gouvernement de Manuel Valls, mardi 1er avril, à l'issue d'une longue journée de discussions. Mais, après le départ annoncé des deux seuls ministres écologistes du gouvernement Ayrault, Cécile Duflot et Pascal Canfin, la question de la participation des Verts à la nouvelle équipe fait débat dans leurs rangs.

Acte 1 : une délégation EELV rencontre Manuel Valls

Après avoir demandé des "clarifications" sur la politique qu'entend mener le nouveau Premier ministre, Emmanuelle Cosse, Barbara Pompili, Jean-Vincent Placé et François de Rugy ont été reçus, mardi matin, par le nouveau locataire de Matignon.

Selon une journaliste de France Info, Manuel Valls leur a alors proposé un ministère de l'Ecologie et du Développement durable. Une proposition jugée "intéressante", selon Emmanuelle Cosse,  la secrétaire nationale d'Europe Ecologie-Les Verts. La chaîne BFMTV assure que le Premier ministre leur a offert un "grand ministère" incluant l'Energie, le Logement et les Transports. 

Selon l'entourage de Manuel Valls, celui-ci leur a aussi fait part de son engagement à "inclure EELV pleinement dans le processus de décision", et à accroître les discussions. Le nouveau Premier ministre se serait aussi engagé sur la "transition énergétique", sur des actions en faveur de la "justice sociale" et de la "décentralisation", trois thèmes chers aux écologistes. Enfin, Manuel Valls leur a promis de "ne pas faire de débauchage" si les écologistes décident de ne pas entrer au gouvernement.

Acte 2 : les parlementaires abordent le sujet

Dans l'après-midi, le groupe écologiste à l'Assemblée nationale aborde le sujet lors d'une réunion téléphonique. "Rien n'a été décidé", fait savoir la députée Véronique Massonneau à francetv info. Certains écologistes "ne comprennent pas la position de Duflot et Canfin. Avec les propositions qui ont été faites, on se retrouve avec une politique plus écolo que ce qui a été fait ces dernières années, et c'est maintenant que nous partons..." 

"75% des députés écologistes sont favorables" à une entrée au gouvernement, aassure en fin d'après-midi une source parlementaire à l'AFP. "Au Sénat, Jean-Vincent Placé est pour, et il tient ses troupes", fait-elle savoir. La députée Barbara Pompili plaide, elle aussi, en faveur d'un maintien, tout en assurant qu'elle ne sera pas ministre. 

Acte 3 : le bureau exécutif dit non au gouvernement

Mais la tête d'EELV en décide autrement. En début de soirée, le parti annonce dans un communiqué que "malgré les propositions faites par Manuel Valls, les conditions en l'état ne sont pas réunies pour qu'Europe Ecologie-Les Verts participe au gouvernement". Les écologistes assurent toutefois rester "des partenaires vigilants" de la majorité.

Lors du bureau exécutif, Jean-Vincent Placé, André Gattolin, Ronan Dantec, Barbara Pompili, François de Rugy et François-Michel Lambert ont défendu leur point de vue pour un maintien au gouvernement. Mais l'instance, plutôt proche de Cécile Duflot, a finalement voté contre une entrée au gouvernement par 7 voix contre 3, et 5 abstentions, d'après plusieurs sources écologistes.

"Manuel Valls propose aux écologistes des postes quand nous, (...) nous voulons une nouvelle politique", a résumé Pascal Canfin sur BFMTV.

Acte 4 : plusieurs élus expriment leur désaccord

Cette décision agace au sein même du parti, à commencer par François de Rugy, coprésident du groupe écologiste à l'Assemblée nationale. "Cette décision est incompréhensible (...). Une très large majorité des parlementaires était favorable à une participation gouvernementale." Pour lui, "il y avait des choses actées" après le rendez-vous du matin, notamment "un calendrier précis, y compris sur la transition énergétique" ou "un ministère de l'Ecologie élargi".

Il s'en prend au passage à Cécile Duflot et Pascal Canfin, les deux ministres démissionnaires. "Avec un vote d'un très petit nombre de voix au sein du parti, on casse la démarche collective (...). Tout cela suite à une démarche personnelle de deux ministres."

"Je suis abasourdi par l'immaturité de mon propre parti", poursuit le député François-Michel Lambert. "Cela fait 22 ans que je suis en politique avec l'espoir de changer la politique environnementale de ce pays et le jour où on nous propose un ministère de l'Environnement élargi avec l'Energie et la possibilité de conduire la transition énergétique, notre parti dit 'non'." Daniel Cohn-Bendit, qui a quitté EELV en 2012, est lui catégorique : le parti fait une "connerie". C'est ce qu'il a déclaré au correspondant de France 2 à Bruxelles.

Plus que jamais, les Verts semblent donc dans l'impasse et profondément divisés. Les possibles récalcitrants qui souhaiteraient malgré tout intégrer le gouvernement Valls seront exclus du parti.