Européennes : le député PS Luc Carvounas n'a "aucun veto vis-à-vis de l'hypothèse d'une tête de liste Raphaël Glucksmann" mais se pose des questions

Luc Carvounas, député PS du Val-de-Marne, a réagi samedi sur franceinfo à l'annonce de Raphaël Glucksmann de mener, avec Claire Nouvian, une liste aux élections européennes en mai prochain.

Luc Carvounas, invité de franceinfo en mai 2017.
Luc Carvounas, invité de franceinfo en mai 2017. (JEAN-CHRISTOPHE BOURDILLAT / FRANCE-INFO)

Alors que le conseil national du Parti socialiste doit valider, samedi 16 mars, le soutien du parti à la liste conduite par l'essayiste Raphaël Glucksmann aux élections européennes, le député PS du Val-de-Marne, Luc Carvounas, a déploré sur franceinfo qu'aucune ligne politique n'ait été fixée en préalable à ce soutien. S'il dit n'avoir "aucun veto vis-à-vis de l'hypothèse d'une tête de liste Raphaël Glucksmann", Luc Carvounas refuse de "filer les clés du camion à n'importe qui par effet de mode", et appelle les socialistes à parler de nouveau aux classes populaires lors de cette campagne.

Interrogé sur la position du premier secrétaire du parti Olivier Faure, qui voit un effacement du parti dans le rapprochement des socialistes avec le jeune mouvement cofondé par Raphaël Glucksmann, Place publique, Luc Carvounas a rappelé que lui aussi "prône le dépassement, mais ce n'est pas un dépassement d'un claquement de doigt."

"J'aimerais qu'on nous dise sur quelle Europe on veut discuter et pour laquelle on veut se battre"

"Je n'ai absolument aucun veto vis-à-vis de l'hypothèse d'une tête de liste Raphaël Glucksmann, moi je veux poser ce [samedi] matin des questions", a précisé Luc Carvounas, indiquant qu'il connaissait bien l'essayiste pour avoir fait campagne avec lui pour Benoît Hamon lors de la dernière présidentielle. Mais cela n'empêche pas le député du Val-de-Marne de s'inquiéter de l'effacement des idées de son parti à l'occasion de ce rapprochement annoncé.

"Quand hier [vendredi] à la conférence de presse, Raphaël Glucksmann dit que les députés, une fois élus, 'iront siéger dans le groupe qu'ils souhaitent', pardon, mais ce n'est pas un accord politique. Je ne sais même pas pour qui, demain, il votera comme président. Ce sont des questions importantes. Moi j'aimerais qu'on nous dise sur quelle Europe on veut discuter et pour laquelle on veut se battre. Tout cela fait quand même un peu tambouille", a dit Luc Carvounas.

"Cela fait des années que je me bats pour cette gauche et pour l'idée du socialisme que je me fais. Je ne quitterai jamais le navire, parce que j'ai conscience que nous avons une histoire avec un grand "H", des valeurs et des territoires", a indiqué le député PS.

Moi, je ne vais filer les clés du camion à n'importe qui par effet de mode"Luc Carvounasà franceinfo

Le députe du Val-de-Marne a estimé que l'essayiste n'était pas suffisamment connu des électeurs de gauche. "Je pense que nous démarrons tard cette campagne, avec l'image de Raphaël Glucksmann, qui n'est pas aujourd'hui extrêmement connu du peuple de gauche. Donc il va falloir qu'on fasse campagne si jamais il est notre tête de liste", a expliqué Luc Carvounas.

Se détourner des classes populaires, c'est faire "fausse route"

Le député du Val-de-Marne a sévèrement critiqué le bilan du premier secrétaire du parti, Olivier Faure, qui n'a pas réussi à faire émerger une tête de liste au sein du parti, essuyant plusieurs refus ces dernières semaines, et s'est dit "extrêmement inquiet" quant à l'avenir de son parti. "La question qui se pose, c'est pourquoi le premier secrétaire n'a-t-il pas réussi à rassembler, pourquoi n'a-t-il pas réussi à fédérer ?", questionne le député. "Je constate, qu'en un an du bilan d'Olivier Faure, la base politique des socialistes rétrécit, rabougrit. Je suis extrêmement inquiet de ce qui est en train de se passer au Parti socialiste", confie t-il.

Selon Luc Carvounas, la question de la ligne politique du parti pour ces européennes n'a pas suffisamment été discutée en interne. "Au moment où on se parle, la question des européennes n'a même pas été traitée mardi dernier au bureau national", a-t-il déploré, appelant les socialistes à parler de nouveaux aux classes populaires. "Ce qui m'inquiète, aujourd'hui, c'est que ce qui a tué le Parti socialiste, cette fameuse note de Terra Nova - souvenez-vous en 2012 - qui nous disait à nous tous 'tournez la tête, les classes populaires ne sont plus votre cœur de cible, il faut maintenant ne parler qu'aux métropoles et aux centres-villes'. Eh bien, en pleine crise des 'gilets jaunes', moi j'ai envie de me tourner vers ces classes populaires, dont je suis issu, et dont j'ai administré une ville comme Alfortville. Je pense que nous faisons fausse route si nous ne posons pas ce diagnostic-là au préalable d'une campagne européenne qui va être extrêmement difficile", a ajouté Luc Carvounas.

Nous ne voulons ni l'hégémonie du Parti socialiste, ni son effacement. Cela doit être le préalable et le postulat de nos débats ce matinLuc Carvounasà franceinfo

"Tout est plié. Bien sûr que le Conseil national va le valider ! Tout cela est cousu de fil blanc, le débat est plié, mais on a quand même le droit encore de poser des questions, et je le ferai ce matin", a t-il conclu, convaincu que le Conseil national va entériner le soutien du parti à Raphaël Glucksmann.