Retraites : "Il ne faut pas ressortir une réforme qui va déclencher de nouvelles luttes sociales", prévient la CFE-CGC

Le président de la CFE-CGC François Hommeril prévient le nouveau Premier ministre Jean Castex que "ressortir le sujet aujourd'hui, c'est ressortir la Pomme de la discorde."

François Hommeril président de la CFE-CGC, invité de franceinfo le mercredi 19 juin 2019.
François Hommeril président de la CFE-CGC, invité de franceinfo le mercredi 19 juin 2019. (FRANCEINFO)

Alors que le Premier ministre Jean Castex veut remettre les réformes des retraites et de l'assurance chômage sur la table des négociations, le président de la CFE-CGC François Hommeril déclare ce dimanche sur franceinfo qu'il "faut très clairement" faire la réforme de l'assurance chômage pour "revenir sur la loi qui a été passée l'an dernier", en revanche "il ne faut pas ressortir une réforme des retraites qui va déclencher de nouvelles luttes sociales".

Jean Castex dit vouloir une société du travail moins inégalitaire. Croyez-vous à ce tournant social ?

Je ne demande qu'à voir, mais je ne mets pas les réformes des retraites et de l'assurance chômage sur le même plan. La réforme de l'assurance chômage est absolument nécessaire parce qu'une réforme a été faite l'année dernière au motif d'un contexte économique favorable, alors que désormais, ce contexte a totalement explosé, donc il faut revenir à nos bases de début 2019. La dette de l'Unédic a été multipliée par deux, donc on a tout un tas de problématiques auxquelles on est confrontés, il y a un million de chômeurs de plus. Il faut très clairement revenir sur la loi qui a été passée l'an dernier. Par contre, sur la retraite, ce n'est pas du tout ma position. Je l'ai déjà dit d'ailleurs, cette réforme doit rester dans le placard, ne pas en sortir. Cette réforme du système universel est mauvaise, elle ne tend qu'à baisser les pensions, et donc, il ne faut pas ressortir une réforme qui va déclencher de nouvelles luttes sociales.

Le nouveau Premier ministre va-t-il se heurter à un mur sur la réforme des retraites ?

Oui, c'est inévitable si on reprend la réforme telle qu'elle a été posée sur ces bases à la fin de l'année dernière. Oui, c'est inévitable, parce que tout ce qui a été proposé au sujet de cette réforme-là est mauvais et contribue à casser le système actuel, qui est la meilleure garantie de redistribution et de prise en charge sociale du niveau de vie après l'activité. Le système par points est un système qui a comme seul objectif de baisser globalement le niveau des pensions. On peut dire tout ce qu'on veut autour de ça, on peut raconter des bobards comme cela a été fait par le précédent gouvernement, à savoir que ce serait un système plus juste, plus favorable aux femmes. C'est faux. C'est exactement l'inverse. Ressortir le sujet aujourd'hui, c'est ressortir la Pomme de la discorde.

N'y a-t-il pas quelques points sur lesquels le gouvernement pourrait négocier avec les syndicats ?

C'est très difficile de dire qu'il y a des points négociables ou non-négociables, dès l'instant que moi je rejette le principe même du système universel comme étant meilleur. Maintenant, on voit bien ce qui tourne en ce moment. Petit à petit, il y a des phrases qui sont lancées, on reparle de la durée de cotisation. L'allongement de la durée de cotisation, ce n'est pas moins injuste que l'allongement de l'âge. Aujourd'hui, l'âge moyen d'entrée dans le travail, c'est un peu plus de 22 ans. La durée de cotisation actuelle est de 43 ans, ça fait déjà un départ à la retraite à 65 ans au total. L'une et l'autre des deux dispositions, prises isolément, sont très injustes. (…) Je voudrais qu'on se mette accord sur des données chiffrées, que j'ose dire scientifiques. Le point le plus grave que nous avons eu dans notre conflit avec le gouvernement, c'est que je considère que le gouvernement a menti, qu'il a truqué les chiffres dans la dernière séquence. Moi, je veux qu'on se mette d'accord au préalable. Nous avons un dissensus très grave là-dessus. Il faut nous accorder, il faut en discuter.