Poupées sexuelles à l'effigie d'enfants : "Il est inadmissible que de tels produits puissent être disponibles", dit Adrien Taquet

Après le signalement de la vente sur Amazon de poupées sexuelles à l'effigie d'enfants, Adrien Taquet appelle les plateformes de vente en ligne à plus de vigilance sur les produits proposés. Le secrétaire d'État chargé de l'Enfance et des Familles dit réfléchir à poursuivre les vendeurs.

Adrien Taquet, secrétaire d\'État chargé de la protection de l\'enfance et des familles auprès du ministre des Solidarités et de la Santé, invité de franceinfo le 28 juillet 2020.
Adrien Taquet, secrétaire d'État chargé de la protection de l'enfance et des familles auprès du ministre des Solidarités et de la Santé, invité de franceinfo le 28 juillet 2020. (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

"Il est inadmissible que de tels produits puissent être disponibles ", a déclaré lundi 17 août sur franceinfo Adrien Taquet, secrétaire d'État chargé de l'Enfance et des Familles. Alerté par des associations de protection de l'enfance sur la vente de poupées sexuelles à l'effigie d'enfants sur la plateforme Amazon, Adrien Taquet indique avoir "contacté Amazon qui a immédiatement retiré de la vente" ces produits. Il estime que les plateformes doivent "renforcer les moyens humains pour s'assurer qu'aucune annonce de ce type-là ne puisse passer entre les mailles du filet".

franceinfo : Ce n'est pas la première fois que ce type de produit se retrouve sur Amazon. N'y a-t-il pas assez de contrôles sur ces sites de vente en ligne ?

Adrien Taquet : La question de la lutte contre la pédocriminalité dans notre pays est de la responsabilité de chacun d'entre nous, si on veut vraiment mettre un terme à la pédo-criminalité dans notre pays, chacun de nous est responsable : les associations dont il faut saluer le travail puisqu'elles ont joué leur rôle d'alerte ; le gouvernement qui a pris ses responsabilités, j'ai effectivement immédiatement contacté Amazon qui immédiatement a retiré de la vente ces poupées à l'effigie d'enfants ; et puis bien évidemment, les plateformes qu'il s'agisse d'Amazon ou d'autres places de marché qui doivent être plus vigilantes encore.

Je ne vais pas me faire le porte-parole de ces plateformes, mais vous savez qu'il y a d'une part des algorithmes qui permettent de détecter des mots, des images qui posent problème au regard de la loi. Et puis, il y a aussi le contrôle humain qui intervient quand il y a des alertes qui sont détectées par les algorithmes. C'est peut-être ces moyens humains qu'il faut renforcer demain pour s'assurer qu'aucune annonce ce type-là ne puisse passer entre les mailles du filet à l'avenir. Il est inadmissible que puissent être effectivement disponible de telles annonces, de telles images, de tels produits qui ne sont pas directement commercialisés par Amazon, mais par des commerçants tiers.

C'est bien évidemment la responsabilité de la place de marché de mettre tout en œuvre pour empêcher que de telles annonces puissent paraître.Adrien Taquetà franceinfo

Je pense qu'Amazon, comme les autres plateformes, tireront les conséquences nécessaires de l'épisode qui vient de se passer et feront tout en sorte pour que ça ne se reproduise pas à l'avenir. Nous resterons tous vigilants évidemment, pour les accompagner.

Cela signifie que chaque internaute doit servir de policier sur Internet, que chacun soit vigilant et dénonce ce qu'il voit ?

Non pas de police. Il y a une police, il y a une justice, il y a un certain nombre de choses qui doivent rester du ressort de la police et de la justice dans notre pays. Mais il y a un rôle de lanceurs d'alerte et de vigilance. La question des violences faites aux enfants, qu'il s'agisse de pédocriminalité, mais globalement, la question de la violence faite aux enfants doit devenir un sujet de société. Et devenir un sujet de société, ça veut pas dire que c'est le gouvernement tout seul qui va résoudre la question des violences sexuelles ou de toutes les violences faites aux enfants, ce sera le cas quand chacun de nous s'emparera de cette question-là et fera en sorte, s'agissant notamment des violences sexuelles, que la peur que la honte change de camp.

Aujourd'hui, après les affaires Matzneff, après les affaires dans le sport, il faut faire en sorte de dire que la pédocriminalité dans notre pays c'est terminé, c'est fini, c'est banni d'une société comme la société française ne peut plus admettre que ses enfants soient victimes de pédocriminels.

Dans son communiqué, Amazon s'engage à rester vigilant et indique que les comptes des vendeurs vont être fermés. Peut-il y avoir également des poursuites judiciaires contre les personnes qui ont mis en ligne ces annonces ?

Ce sont des choses qu'on doit évaluer, c'est aussi à Amazon de voir en fonction des règles mises en place, les suites qu'elle compte donner. Nous allons étudier les cas particuliers, je ne connais pas dans le détail l'identité, la provenance géographique notamment des vendeurs. Moi, ce que je vois, c'est qu'il y a un opérateur qui opère en France et à cet égard, les lois françaises doivent être respectées, c'est ce que nous nous sommes attelés à faire ensemble. Nous allons évaluer si des poursuites et des suites juridiques peuvent être données s'agissant des vendeurs.

Moi, ce qui m'importe, c'est qu'en France, puisque ma compétence s'arrête à la France, ces produits ne puissent pas être disponibles. Sachez que par ailleurs, nous essayons aussi de mener des actions avec les autres pays pour que la pédocriminalité disparaisse, notamment du monde numérique qui est un nouveau terrain de jeu pour les pédocriminels, malheureusement. Mais au-delà des produits, il y a des pratiques pédocriminelles. On estime que ce sont à peu près 150 000 personnes en France, dans notre pays, qui téléchargent des images pédocriminelles chaque année.

La lutte contre la criminalité, c'est une de mes priorités depuis ma nomination au gouvernement.Adrien Taquetà franceinfo

Dans le plan de lutte contre les violences faites aux enfants que j'ai présenté en novembre dernier, il y a une vingtaine de mesures pour lutter contre les violences faites aux enfants. Et il y en a deux en particulier qui s'attaquent à la pédocriminalité. Le Parlement a voté le mois dernier le durcissement des peines encourues par les personnes qui consultent des images pédocriminelles sur Internet, c'était deux ans de prison. Nous avons durci cette peine à cinq ans de prison encourus et avec pour effet d'inscrire ces personnes-là automatiquement au fichier agresseur sexuel. Ce n'était pas le cas avant. Avant ces gens-là pouvaient, le lendemain de leur condamnation, être embauchés dans une crèche auprès d'enfants, c'est désormais impossible. Ils seront automatiquement inscrits au fichier des agresseurs sexuels et ne pourront plus travailler auprès des enfants.

Donc, ce que je veux dire par là, c'est qu'il y a la question de la commercialisation des poupées à l'effigie d'enfant, mais plus globalement, il y a une lutte intense, globale, multifacettes que nous devons mener contre la pédocriminalité dans ce pays. C'est ce que nous nous efforçons à faire. J'ai annoncé un certain nombre de mesures en novembre dernier qui sont mises en œuvre. J'annoncerai lors des états généraux contre les violences faites aux enfants à l'automne prochain, un certain nombre d'autres mesures pour renforcer encore notre action contre la pédocriminalité.