Impôts, santé, éducation... Ce qu'il faut retenir du discours de politique générale d'Edouard Philippe

Devant une Assemblée nationale largement acquise à sa cause, le Premier ministre a expliqué comment il comptait mettre en œuvre les principes annoncés lundi par Emmanuel Macron.

Le Premier ministre Edouard Philippe lors de sa déclaration de politique générale, mardi 4 juillet 2017 à l\'Assemblée nationale.
Le Premier ministre Edouard Philippe lors de sa déclaration de politique générale, mardi 4 juillet 2017 à l'Assemblée nationale. (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)

Après Emmanuel Macron, Edouard Philippe. Le Premier ministre a prononcé, mardi 4 juillet, son discours de politique générale à l'Assemblée nationale. Pendant son intervention d'un peu plus d'une heure, le chef du gouvernement s'est attardé sur les mesures économiques et sociales à venir, terrain où le chef de l'Etat ne s'était guère aventuré lundi devant le Congrès. Franceinfo résume ce qu'il faut retenir de ce discours.

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Justice : une grande loi en 2018, et 15 000 places de prisons en plus

Le Premier ministre est entré dans le dur en annonçant "une loi quinquennale de programmation des moyens de la Justice" en 2018. Il a également annoncé vouloir lutter contre "la fraude organisée et les violences, notamment celles faites aux plus fragiles".

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Edouard Philippe a ajouté que "des peines [seraient] renforcées, tandis que d’autres feront l’objet de contraventions". Une allusion, notamment, à la "contraventionnalisation" de la détention de petite quantité de cannabis, promise par Emmanuel Macron lors de sa campagne.

Le chef du gouvernement a encore assuré que la promesse de construire 15 000 places supplémentaires de prison "[serait] tenue", "sans oublier que la prison n’est pas une fin en soi". Il a en outre confirmé que l'état d'urgence, dont l'essentiel des dispositions doivent être intégrées dans le droit commun, prendrait formellement fin "au plus tard le 1er novembre".

Santé : un paquet de cigarettes à 10 euros et des vaccins rendus obligatoires

Edouard Philippe s'est ensuite attardé sur la politique de santé que son gouvernement compte mener. Avec une série de "choix courageux" pour remédier à un système qu'il juge "mal coordonné".

Ainsi, les vaccins infantiles aujourd'hui seulement recommandés "deviendront obligatoires" dès l'an prochain. Il a également promis que 2018 serait également marquée par une revalorisation de l'allocation aux adultes handicapés et du minimum vieillesse, actuellement à 800 euros.

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Confirmant une promesse de campagne d'Emmanuel Macron, le chef du gouvernement a également annoncé que l'exécutif "portera progressivement le prix du paquet de cigarettes à 10 euros", contre environ 7 euros actuellement, soit une augmentation de 40%.

Le tabac en France entraîne plus de 80 000 décès. C'est la première cause de mortalité évitable, et la consommation quotidienne de tabac augmente chez les adolescents. Ne rien faire est exclu.Edouard Philippedevant l'Assemblée nationale

Il a également annoncé que la ministre de la Santé Agnès Buzyn présenterait "des mesures améliorant le congé maternité et les solutions de garde d’enfants", dans le cadre de "la grande cause pour l'égalité entre les femmes et les hommes".

Pouvoir d'achat : la taxe d'habitation réformée "d'ici 2022"

Côté pouvoir d'achat, Edouard Philippe a indiqué que la mise en œuvre de la suppression de la taxe d'habitation pour 80% des ménages, promise par Emmanuel Macron, serait mise en œuvre "d'ici 2022". Cette mesure, redoutée par les élus locaux, devait initialement être enclenchée à partir de l'an prochain, relève un journaliste du Monde

Edouard Philippe a confirmé la suppression, dès l'année prochaine, des cotisations salariales, compensée par une hausse de 1,7 point de la Contribution sociale généralisée (CSG). Objectif : "redonner dès 2018 du pouvoir d'achat à plus de 20 millions d'actifs. Cela représente 250 euros par an au niveau du smic", a-t-il déclaré, sous les applaudissements de la majorité.

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Le Premier ministre s'est également engagé à "faire baisser la pression fiscale d'un point de PIB en cinq ans", soit une baisse d'impôts de 20 milliards d'euros au cours du quinquennat. 

Les contribuables ne seront pas la variable d’ajustement du budget. (...) La France ne peut demeurer à la fois la championne de la dépense publique et des impôts !Edouard Philippedevant l'Assemblée nationale

Jusque-là annoncée pour 2018, la réforme de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), qui devrait être recentré sur le seul patrimoine immobilier, entrera finalement en vigueur en 2019.

S'insurgeant contre la fracture numérique qui, selon lui, persiste en France, Edouard Philippe a également promis de garantir l'accès au très haut débit sur tout le territoire "au plus tard d'ici 2022".

Budget : des économies et un plan d'investissement

Edouard Philippe a dénoncé "une addiction française à la dépense publique" : "Mon objectif est de ramener le déficit sous la barre des 3% dès 2017." Le Premier ministre promet de la faire baisser de trois points de PIB en cinq ans et de ramener la Sécurité sociale à l'équilibre "à l'horizon 2020", tout en baissant aussi la "pression fiscale" d'un point de PIB sur la même période et en menant un plan d'investissement de 50 milliards d'euros.

Pour ne pas vider les caisses, l'allègement de l'impôt sur la fortune et la transformation du CICE en allègement de charges sont reportés en 2019.

Immigration : des nouvelles mesures pour "la semaine prochaine"

Critiqué pour sa gestion de l'afflux des exilés en périphérie de Calais, le Premier ministre a promis qu'il présenterait "la semaine prochaine" des mesures pour réformer le système de l'asile et lutter contre l'immigration irrégulière. 

Ce plan, mis en route il y a une dizaine de jours, visera notamment à "réduire les délais moyens" d'instruction des demandes "de 14 à 6 mois" et à "obtenir l'éloignement effectif" des déboutés du droit d'asile, "qui sont en réalité des migrants économiques".

Education : un nouveau bac pour 2021

Pointant du doigt le fait que 60% des bacheliers échouent au niveau de la licence, Edouard Philippe a promis qu'un nouveau baccalauréat sera discuté à partir de la rentrée et mis en œuvre en 2021. La philosophie de cet examen repensé sera de "resserrer les épreuves finales autour d'un plus petit nombre de matières et de définir ce qui relève du contrôle continu".

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Le Premier ministre a en outre plaidé pour un lien "resserré" entre le lycée professionnel et le monde de l'entreprise, via la recours à l'apprentissage, ainsi qu'à une plus grande autonomie accordée aux universités.

Il a enfin évoqué le service national promis par Emmanuel Macron, en indiquant qu'une "réflexion sur les formes qu'il prendra" aurait lieu avant la fin de l'année.

Travail : augmentation de la prime d'activité et suppression du RSI

Alors que la réforme par ordonnances du Code du travail doit avoir lieu durant l'été, Edouard Philippe est revenu sur sa conception du modèle social, qui doit selon lui "accompagner celui qui prend un risque et non celui qui est installé". Sous les yeux des députés de la France insoumise, qui avaient planté sur leurs pupitres des exemplaires du Code du travail, il a promis une augmentation de la prime d'activité, versée aux travailleurs à revenus modestes.

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Le régime social des indépendants (RSI) devrait également être supprimé à partir de 2018 et adossé au régime général de la Sécurité sociale. Très critiqué, le Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) sera transformé en allègement de charges au 1er janvier 2019, soit un an plus tard que prévu, a encore promis le chef du gouvernement. 

Ecologie : diesel et essence taxés au même niveau avant 2022

Edouard Philippe a également évoqué la question environnementale et notamment le respect des engagements issus de la COP21. "Ceux qui tournent le dos à l'accord de Paris manifestent plus qu'une simple incompréhension du monde qui vient, a-t-il expliqué. Ils ont peur du futur."

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Concrètement, le Premier ministre a annoncé la convergence de la fiscalité du diesel et de l'essence "avant la fin de la mandature". Les déchets mis en décharge seront divisés par deux et 100% des plastiques seront recyclés d'ici 2025, d'après l'objectif fixé par le chef du gouvernement.