Eva Joly a jugé mercredi que l'appel à un candidat unique de la gauche en vue de 2012 appauvrirait le débat démocratique

Réagissant à l'initiative lancée la veille par des personnalités réclamant "un candidat unitaire de la gauche au premier tour" de la présidentielle, l'eurodéputée a fait valoir sur France 2 que "cela figerait la vie politique française"Pour le chercheur Daniel Boy, ce type d'appel a par ailleurs très peu de chance d'aboutir.

Il est temps \"d\'offrir une alternative au vote protestataire, qui soulage mais ne construit rien\", selon l\'appel du 21/4
Il est temps "d'offrir une alternative au vote protestataire, qui soulage mais ne construit rien", selon l'appel du 21/4 (AFP - Frederick Florin)

Réagissant à l'initiative lancée la veille par des personnalités réclamant "un candidat unitaire de la gauche au premier tour" de la présidentielle, l'eurodéputée a fait valoir sur France 2 que "cela figerait la vie politique française"

Pour le chercheur Daniel Boy, ce type d'appel a par ailleurs très peu de chance d'aboutir.

"C'est utopique" souligne ce spécialiste de sociologie électorale et d'écologie politique du CEVIPOF. "Prenons juste, dans l'ex-gauche plurielle, le cas d'Olivier Besancenot. C'est impossible qu'il accepte une telle idée. Quand aux Verts, Cécile Duflot a redit son désir d'autonomie, il y a quelques jours ".

Bien que la percée de Marine le Pen dans les sondages et dans les urnes modifie les équilibres politiques, le phénomène n'est pas nouveau. "Le climat particulier existe depuis 2002" rappelle M. Boy qui précise aussitôt, "ce qui est vraiment différent, ce sont les sondages qui mettent trois candidats dans un mouchoir de poche".

Forces et faiblesses des candidats en tête

Si Nicolas Sarkozy, Dominique Strauss Kahn et Marine Le Pen occupent les premières places des études d'opinion, ils n'arborent pas les mêmes atours à un an de l'élection présidentielle.

"Les faiblesses de Nicolas Sarkozy sont connues" expliquent le chercheur se référant au baromètre de la société tns-sofres . "Sa cote de confiance est à 23% contre 39% pour François Mitterrand et 52% pour Jacques Chirac à la même époque, soit un an avant la présidentielle". "Tous les indicateurs sont au rouge. Les promesses n'ont pas été tenues. On ne voit pas bien comment il pourrait se rattraper", souligne-t-il.

La "faiblesse de Dominique Strauss-Kahn, c'est qu'il est vu comme l'homme du FMI, l'homme du nucléaire". Autrement dit, dès qu'il annoncera sa candidature le cas échéant, il "va être très sérieusement attaqué" par une partie de la gauche.

Par ailleurs, ses scores dans les sondages sont dus à une frange d'électeurs centristes et de droite qui le soutiennent pour l'instant mais qui rejoindront leur camp au moment de l'élection.

Reste Marine Le Pen. "Je ne vois pas ce qui pourrait la freiner" commente M. Boy. "C'est une bête politique. Elle a un boulevard devant elle". Son programme économique critiqué par certains pour son utopie, voire sa faiblesse peut-être ?

A voir.

A l'heure où les promesses en matière d'emploi comme de pouvoir d'achat ne convainquent plus les Français, les adversaires du FN devront redoubler de pertinence, de force de conviction et de cohésion s'ils veulent empêcher un "21 avril bis".

Un appel, aussi sincère soit-il, n'y suffira probablement pas.

"L'appel du 21 avril"

L'appel, diffusé sur internet, vise à éviter "le risque d'un 21 avril" par référence à la qualification de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle de 2002.

Il est lancé par "un collectif de femmes et d'hommes, concernés par les questions publiques et politiques, mais qui n'en ont pas fait leur métier au sein d'un parti politique" et "déçus par le jeu des alternances politiques des 15 dernières années qui nous laissent un sentiment de malaise et d'inachevé".

Ses initiateurs proposent "de faire bouger l'axe autour duquel tourne notre système, de "bâtir un projet collectif capable de mettre un terme à l'affrontement larvé des générations".

Le texte est signé notamment par Olivier Ferrand, président du cercle de réflexion Terra Nova, Laurianne Deniaud, présidente du Mouvement des jeunes socialistes, et le collectif "Génération 21 avril et appelle "tous les partis de gauche à travailler ensemble sur une plateforme commune visant la désignation d'un candidat unitaire dès le 1er tour, grâce à des primaires ouvertes".

Il est soutenu entre autres par Stéphane Hessel, ambassadeur de France, Patrick Viveret, philosophe.