L'affaire Jouyet-Fillon en six actes

L'ancien Premier ministre a décidé, mardi, de faire appel de la relaxe du secrétaire général de l'Elysée et de deux journalistes du "Monde". Francetv info revient sur le déroulé de ce feuilleton politique. 

François Fillon sur le plateau de TF1, le 9 novembre 2014, avec, sur l\'écran du fond, une photo de Jean-Pierre Jouyet.
François Fillon sur le plateau de TF1, le 9 novembre 2014, avec, sur l'écran du fond, une photo de Jean-Pierre Jouyet. ( MAXPPP4)
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Kocila MakdecheFrance Télévisions

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Rebondissements sans fin dans le feuilleton Jouyet-Fillon. François Fillon annonce faire appel, mardi 21 juillet, de la relaxe du secrétaire général de l'Elysée, Jean-Pierre Jouyet, décidée le 9 juillet par le tribunal correctionnel de Paris. 

L'ancien Premier ministre accusait ce dernier de "mensonge" après la publication en novembre d'un livre de deux journalistes du Monde affirmant que François Fillon avait demandé à l'Elysée d'accélérer les procédures judiciaires contre Nicolas Sarkozy. Vous ne vous rappelez plus le déroulé de cette affaire ? Francetv info vous la raconte en cinq actes.   

Acte 1 : deux journalistes révèlent que Fillon exhorte l'Elysée à "taper" sur Sarkozy

Deux journalistes du Monde, Gérard Davet et Fabrice Lhomme, publient le 6 novembre 2014 leur livre Sarko s'est tuer, qui raconte la haine que suscite l'ancien président dans son propre camp. Une anecdote retient particulièrement l'attention de la presse. Ils relatent des propos qu'aurait tenus François Fillon lors d'un déjeuner, le 24 juin 2014, avec Jean-Pierre Jouyet, secrétaire général de l'Elysée. 

Selon les journalistes, l'ancien Premier ministre aurait exhorté Jean-Pierre Jouyet à accélérer les procédures judiciaires contre Nicolas Sarkozy, en particulier l'affaire des pénalités payées par l'UMP"Mais tapez vite ! Jean-Pierre, tu as bien conscience que si vous ne tapez pas vite, vous allez le laisser revenir. Alors agissez !", aurait lancé François Fillon. Gérard Davet et Fabrice Lhomme ne dévoilent pas leurs sources pour autant. 

Acte 2 : Fillon et Jouyet démentent

Lors de la parution des bonnes feuilles du livre dans L'Obs, en novembre 2014, les deux hommes politiques démentent immédiatement. François Fillon d'abord : "Le procédé qui consiste à me prêter la volonté de m'appuyer sur les plus hautes autorités de l'État pour faire pression sur l'autorité judiciaire est méprisable."

Jean-Pierre Jouyet ensuite : "Nous avons parlé d'autre chose, (…) il ne m'a, bien entendu, pas demandé une quelconque intervention, démarche par ailleurs inimaginable." Les deux assurent ne pas avoir évoqué les problèmes de l'UMP.

Acte 3 : accusés de mensonge, les journalistes du "Monde" révèlent leurs sources

Après les démentis des protagonistes de ce déjeuner, Gérard Davet et Fabrice Lhomme passent à la vitesse supérieure. Ils révèlent que Jean-Pierre Jouyet lui-même leur a confirmé la démarche de François Fillon lors d'une interview enregistrée.

Le contenu de cet enregistrement est dévoilé dans Le Monde"[François Fillon] m'a dit : 'Faut aller vite', ça je me souviens. 'Faut aller vite (…) pour lui casser les pattes avant'" son retour en politique.

Face à l'évidence, Jean-Pierre Jouyet est donc contraint de modifier sa version. Il admet, dans un communiqué, que "François Fillon [lui] a fait part de sa grave préoccupation concernant l'affaire Bygmalion (...). Il a également soulevé la question de la régularité du paiement des pénalités payées par l'UMP pour le dépassement des dépenses autorisées dans le cadre de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy".

Acte 4 : François Fillon porte plainte en diffamation

Jusqu'à ce que les journalistes publient le contenu l'enregistrement de leur interview avec Jean-Pierre Jouyet, François Fillon avait affirmé "ne pas croire que le secrétaire général de l'Elysée ait pu tenir les propos qui lui sont prêtés". 

Le soir-même de la révélation de l'enregistrement, sur le plateau de TF1, François Fillon accuse le secrétaire général de l'Elysée de "mensonge". Il parle de "scandale d'Etat". L'ancien Premier ministre poursuit en diffamation les journalistes du Monde, ainsi que Jean-Pierre Jouyet.

Acte 5 : Jean-Pierre Jouyet et les journalistes du "Monde" sont relaxés

Le tribunal correctionnel de Paris a relaxé, jeudi 9 juillet, Jean-Pierre Jouyet ainsi que les deux journalistes. La justice a reconnu le caractère diffamatoire des propos qui leur étaient reprochés, mais il a retenu la "bonne foi" en faveur des prévenus.

Acte 6 : François Fillon fait appel

François Fillon a annoncé, mardi 21 juillet, avoir fait appel de cette décision. "Compte tenu du bref délai qui est imparti pour faire appel [10 jours], mon client n'a pas pu disposer d'un temps de réflexion suffisant. C'est pourquoi nous avons pris cette décision", a expliqué à l'AFP l'avocat de l'ex-Premier ministre, Me Jean-Pierre Versini-Campinchi. "Il pourra renoncer à cet appel le cas échéant", a-t-il ajouté. François Fillon, partie civile dans ce dossier, ne peut interjeter appel que contre les dispositions civiles du jugement.