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Mise en examen de Sarkozy : qui est le juge Gentil ?

Portrait de l'homme qui s'est mis tout le clan Sarkozy à dos en mettant l'ex-président en examen.

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France Télévisions
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Le juge Jean-Michel Gentil au palais de justice de Bordeaux (Gironde), le 19 février 2013.  (PATRICK BERNARD / AFP)

Il s'est mis tout le clan Sarkozy à dos. Responsable du dossier de l'affaire Bettencourt depuis décembre 2010, le juge Jean-Michel Gentil, 52 ans, a mis en examen l'ancien président de la République, jeudi 21 mars, pour "abus de faiblesse" à l'encontre de Liliane Bettencourt en 2007.

Dès le lendemain, les francs-tireurs de l'opposition ont ouvert le feu. "Certains juges rendent la justice non pas au nom du peuple français mais au nom de leurs convictions", s'insurge le député UMP Thierry Mariani. Le juge Gentil "a déshonoré un homme, les institutions, la justice", ajoute l'ancienne plume du président, Henri Guaino.

Mais qui est vraiment ce magistrat ? Francetv info dresse son portrait. 

Du Maine-et-Loire à la présidence de l'AFMI

Silhouette fine, regard noir, physique passe-partout, le juge Gentil a un parcours classique : Sciences-Po Bordeaux dans les années 1980, licence de droit puis Ecole nationale de la magistrature. Originaire du Maine-et-Loire, fils de garagiste, il a choisi l'instruction, plutôt que "juge pour enfants, qui l'attirait, afin d'être près de la mer, à Dunkerque, et de naviguer", raconte L'Express. Après sept années dans le Nord, il se retrouve à Nanterre (Hauts-de-Seine) et sort de l'ombre en 1998 pour combattre la réforme de la justice d'Elisabeth Guigou, en tant que président de l'Association française des magistrats instructeurs (AFMI). Il ira ensuite en Corse, avant de rejoindre la Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Bordeaux en 2005. Au cours de sa carrière, Jean-Michel Gentil s'est bâti la réputation d'un homme déterminé.

Un magistrat redouté des avocats 

Au tribunal, on parle de lui comme un homme "pas toujours très aimable", ayant un peu "pris la grosse tête". Travailleur, le magistrat ne recule devant aucun obstacle pour faire jaillir la vérité, quitte à se mettre à dos les avocats, qui ne l'apprécient guère. En 2001, un an après son arrivée à Ajaccio, il n'a ainsi pas hésité à mettre en examen Antoine Sollacaro, l'avocat d'Yvan Colonna assassiné le 16 octobre, pour "violation du secret de l'instruction""Il connaît parfaitement ses dossiers" et "ne laisse rien passer", raconte un avocat. "Il nous conçoit avant tout comme les complices de nos clients", se plaint un autre, interrogé par Le Figaro.

Une homme secret mais colérique

Fuyant photographes et caméras, refusant tout contact avec la presse, Jean-Michel Gentil est très discret. Voire secret. Quand on lui a attribué le dossier Bettencourt, il a fait installer une vitre opaque à l'entrée de la JIRS, pour décourager les curieux. Ses collègues de l'époque évoquent d'ailleurs une "chape de plomb, presque une parano". Difficile à cerner, le juge Gentil est aussi un "colérique, qui n'accepte pas très bien la contradiction", selon un magistrat qui relate comment il l'a vu se mettre à "hurler dans les couloirs" après un désaccord.

En novembre 2012, l'avocat de Nicolas Sarkozy raconte que le juge a confondu dans l'agenda de l'ancien président les noms de Liliane Bettencourt et d'Ingrid Betancourt. "Le magistrat a peu apprécié d'être ainsi humilié publiquement. Il ne faut pas énerver le juge Gentil", analyse Le Monde.

Inflexible, ni de droite, ni de gauche

"C'était un peu le genre incorruptible", se rappelle un camarade de Sciences Po Bordeaux. "Il ne faut pas s'attendre à ce qu'il fasse plus de cadeaux à la droite qu'à la gauche", assurent en chœur pro et anti parmi ceux qui l'ont croisé. S'il fut un temps "tenté par la politique" selon L'Expressil n'est pas de gauche. Un collègue le qualifie même d'"anar de droite"

Nommé en 2004 à Bordeaux pour dix ans, le juge de l'affaire Bettencourt devra choisir un nouveau poste d'ici fin 2013. "Il n'a été qu'à l'instruction, que faire après ? Il a intérêt à ne pas être totalement fâché avec l'exécutif", avance un syndicaliste. Un autre collègue en doute : "Je ne vois pas Gentil entrer dans ces considérations."

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