A la Bastille en liesse : "Sarkozy, c'est fini !"

Trente ans après le 10 mai 1981, une autre foule, jeune, en liesse, est venue place de la Bastille à Paris fêter dimanche 6 mai la victoire de François Hollande, et, plus encore, le départ de Nicolas Sarkozy. Instantanés.

Place de la Bastille
Place de la Bastille (AFP/Franck Fife)

Trente ans après le 10 mai 1981, une autre foule, jeune, en liesse, est venue place de la Bastille à Paris fêter dimanche 6 mai la victoire de François Hollande, et, plus encore, le départ de Nicolas Sarkozy. Instantanés.

A 18h, place de la Bastille, il n'est question que des derniers sondages publiés sur les sites francophones. Julien, 30 ans, ravi : "c'est bon, François Hollande est à 53%! Je l'ai vu sur le site du Soir (belge) et du matin (suisse).

Dès 19h, la foule devient dense, et de plus en plus joyeuse. Nelly, 68 ans, attire tous les photographes avec la une de Charlie Hebdo montrant une main chassant d'une pichenette un Sarkozy jaunâtre , le "dimanche 6 mai 2012 à 19h59". "La clique est partie, dit-elle. Et le pouvoir de l'argent aussi".

"Vivre la liesse à la Bastille"

19h20. Un F et un H rouges dessinés sur la joue, Léonore, Mathilde, Juliette et Grégoire, lycéens de terminale à Saint-Michel de Picpus (Paris), sont venus "vivre la liesse à la Bastille".

Leurs motivations, pas vraiment représentatives de leur élitiste établissement ? Léonore a "vécu ce quinquennat toute son adolescence, atterrée par la façon dont s'exprimait Nicolas Sarkozy". De François Hollande, elle attend "le changement. Ca ne peut pas être pire".

Quatre lycéens, Léonore, Juliette, Grégoire, Mathilde
Quatre lycéens, Léonore, Juliette, Grégoire, Mathilde (AB)

"Bye bye Sarko, bye bye bye Sarko !".

Avant même la proclamation, à 20h, des estimations retransmises par écran géant, la foule, qui ne doute pas du résultat, scande : "Sarkozy, c'est fini, Sarkozy, c'est fini !", "François président François président !" Certains entonnent : "bye bye Sarko, bye bye bye Sarko !".

Beaucoup - et surtout des jeunes, comme Johanna, 25 ans, espèrent " un nouveau moment de l'histoire de France et même de l'Europe", et une autre façon de traiter la crise.

"Un trop plein d'émotion"

A 20h, la foule en délire entonne la Marseillaise, siffle l'image de Nicolas Sarkozy à la télé, et hurle "on a gagné, on a gagné".

Clémentine, 28 ans, psychologue, essuie une larme : "un trop plein d'émotion. J'avais déjà pleuré il y a cinq ans". Son ami Thomas : "on a envie de fêter la fin d'une ère, et qu'on puisse enfin vivre ensemble et pas les uns contre les autres. On a besoin d'un président pour nous unifier, pas pour nous diviser".

Thomas et Clémentine
Thomas et Clémentine (AB)


Place de la Bastille, on ne respire plus tant on est serré, et la foule continue d'affluer.

"On l'a viré, on l'a viré !"

21h passées, boulevard Beaumarchais, des militants du Front de Gauche arrivent du QG de Jean-Luc Mélenchon aux cris de "on l'a viré, on l'a viré, on l'a viré !" (Nicolas Sarkozy).

Parmi eux Emmanuella, jeune Espagnole de 23 ans, aimerait que l'Europe tourne enfin la page des plans d'austérité. Et Sonia, jeune chef d'entreprise (sans salarié) dans les services, "s'est réveillée pour cette campagne" et réclame un Smic à 1700 euros, en pensant notamment à "sa mère qui travaille dans une maison de retraite" pour un salaire qui aurait bien besoin d'être revalorisé.

A 22 heures, les abords de la place sont saturés, les rues adjacentes bondées et les brasseries débordées alors que François Hollande, attendu, n'a toujours pas décollé de Corrèze.

Chanteurs comme Yannick Noah et politiques comme Ségolène Royal font patienter une assistance en fête qui attend son président.

François Hollande : "Merci à tous, soyez heureux, soyez fiers, soyez généreux !

Il est minuit et demi quand arrive enfin François Hollande qui remercie d'une voix éraillée "une foule immense sur la place de la Bastille". "Je vous ai entendu, j'ai entendu votre volonté de changement, votre force, votre espérance". "Je sais ce que vous ressentez, a-t-il ajouté, après des années de brûlures, de ruptures qu'il nous faudra réparer. "

Il dit "son émotion" et "sa fierté" de représenter "la France de l'unité et e la diversité" et d'"être le successeur de François Mitterrand". "Nous devons faire de cette victoire une victoire qui élève notre pays, le rend heureux".

Après avoir demandé que le pays "donne une majorité au président de la République", il désire que sa victoire donne un signal à l'Europe "du changement qui s'annonce". "Merci à tous, soyez heureux, soyez fiers, soyez généreux !" conclut celui qui se veut "le président de la jeunesse de France". Une jeunesse omniprésente ce soir-là, place de la Bastille, pour danser et chanter sa victoire.