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Venezuela : quels enjeux pour la présidentielle de l'après-Chavez ?

Le Venezuela se choisit un nouveau président pour succéder à Hugo Chavez, vaincu par un cancer le 5 mars dernier. Entre Nicolas Maduro, l'héritier proclamé du "Comandante", et Henrique Caprilles, le fédérateur de l'opposition, quel candidat sortira vainqueur des urnes ? Dans un Venezuela en difficulté, quels sont les défis qui attendent le nouveau chef de l'Etat ? Les enjeux du scrutin en quatre questions.
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Radio France
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Temps de lecture : 2 min.
  (Eric Damaggio Radio France)

Chavez en tête dans les urnes ?

La question peut paraître farfelue mais elle s'impose, tant le spectre de l'ancien président a plané sur la campagne. Le Venezuela, encore sous le coup de l'émotion, est plus occupé à pleurer le "Comandante" qu'à choisir un nouveau chef de l'Etat.

Nicolas Maduro, successeur désigné de Chavez et président par intérim, a voulu une élection "immédiate" après la mort de son mentor. L'ancien dirigeant syndical surfe sur l'émotion et pose l'équation en termes simples : voter pour lui, c'est voter Chavez.

Dans les meetings de l'héritier, le même slogan revient en boucle : "Chavez, je te le jure, mon vote est pour Maduro" . Cette stratégie semble payer dans les sondages, qui le créditent d'une avance d'environ dix points sur son rival Henrique Capriles.

L'abstention peut-elle changer la donne ?

Précipitée, la campagne officielle n'a duré que dix jours. Les deux prétendants n'ont pas mis ce temps à profit pour élever le débat d'idées. Capriles et Maduro ont essentiellement échangé des noms d'oiseaux : le "petit bourgeois" , leader de l'opposition, n'a pas de mots assez durs pour son adversaire "chauffeur de bus" , et inversement.

Dans ces conditions, seule l'abstention est susceptible de bouleverser le scénario. L'avocat Capriles avait séduit 44% des électeurs face à Chavez en octobre dernier, le meilleur score de l'opposition sous le règne du "Comandante". Son espoir : faire au moins aussi bien et croiser les doigts pour qu'une partie des électeurs chavistes restent chez eux, insensibles à la moustache de Maduro.

Quels défis pour le nouveau président ?

Le nouvel élu aura fort à faire pour redresser un pays en difficulté économique. Le Venezuela montre des signes inquiétants : un déficit explosif de 15 % du PIB et une inflation la plus forte d'Amérique latine, au-dessus des 20%.

Chavez avait réussi à faire oublier ces réalités, fort d'une révolution bolivarienne qui a financé des missions sociales à grands coups de pétrodollars. Mais le Venezuela, assis sur les réserves de pétrole les plus importantes du monde, ne peut pas continuer à augmenter sa dépendance aux énergies fossiles.

Les deux candidats ont également agité des épouvantails qu'il faudra faire fuir : l'insécurité, thème favori de Caprilles (le Venezuela possède un taux d'homicides parmi les plus élevés du monde), et la corruption, rengaine inlassable de Maduro.

Le chavisme peut-il perdurer sans son héros ?

"Chavez n'est pas mort, la révolution continue" , chantaient les partisans du leader lors du deuil. Mais même en cas de victoire, Nicolas Maduro aura fort à faire pour endosser les habits d'Hugo Chavez.

Le pays est marqué par quatorze ans de chavisme, façonné par le style personnel d'un leader de gauche charismatique et parfois autoritaire. Les bouleversements de la société vénézuéienne ont largement reposé sur le style de l'ancien président. La révolution bolivarienne peut-elle survivre à son homme providentiel ? Le verdict des urnes ne suffira pas à répondre ce dimanche.

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