Venezuela : le président Nicolas Maduro affirme avoir échappé à un attentat au drone, revendiqué par un mystérieux groupe rebelle

Le chef d'Etat a été interrompu alors qu'il prononçait un discours lors d'une cérémonie militaire à Caracas. Une journaliste de l'opposition a ensuite lu sur Youtube un communiqué d'un groupe d'opposants à Maduro, revendiquant l'attaque.

Le président vénézuélien Nicolas Maduro assiste à une cérémonie militaire à Caracas, samedi 4 août 2018 à Caracas.
Le président vénézuélien Nicolas Maduro assiste à une cérémonie militaire à Caracas, samedi 4 août 2018 à Caracas. (JUAN BARRETO / AFP)

Le président vénézuélien Nicolas Maduro a été la cible d'un "attentat" commis avec un drone chargé d'explosif et dont il est sorti indemne, affirme le gouvernement, dans la nuit du samedi 4 au dimanche 5 août. "Aujourd'hui, on a essayé de m'assassiner", a déclaré par la suite le dirigeant à la télévision, avant d'accuser le président colombien Juan Manuel Santos d'être impliqué dans "l'attentat" contre lui. Nicolas Maduro a annoncé que plusieurs arrestations avaient été effectuées. Plus tard dans la nuit, un mystérieux groupe rebelle a revendiqué l'attaque.

Le gouvernement évoque plusieurs charges explosives

Le chef d'Etat prononçait un discours en plein air durant lequel il évoquait des questions économiques lors d'une cérémonie militaire à Caracas, retransmise par la télévision d'Etat. Le son a brutalement été coupé, avant que des hauts gradés et son épouse Cilia Flores ne lèvent les yeux au ciel depuis l'estrade. Nicolas Maduro s'est alors interrompu et a lui aussi regardé en direction du ciel.

Les images télévisées ont ensuite montré plusieurs dizaines de militaires qui rompaient les rangs et couraient sur l'avenue Bolivar, où se déroulait la cérémonie. La retransmission a ensuite été arrêtée. Des gardes du corps ont protégé le président Nicolas Maduro avec des panneaux pare-balles, comme le montrent des photos diffusées sur les réseaux sociaux.

"Il s'agit d'un attentat contre la personne du président Nicolas Maduro", avait rapidement commenté le ministre de la Communication, Jorge Rodriguez. Ce dernier avait ajouté que sept soldats de la Garde nationale bolivarienne ont été blessés et hospitalisés. Le membre du gouvernement avait également précisé que le président et les hauts responsables du gouvernement étaient indemnes.

Toujours selon le ministre, "une charge explosive (...) a détoné à proximité de l'estrade présidentielle" et d'autres charges ont explosé en plusieurs endroits de la parade militaire. Plusieurs images montrent une façade d'immeuble noircie, près de l'endroit où le président vénézuélien avait pris la parole.

Des agents des forces de sécurité inspectent un bâtiment après une explosion près de l\'endroit où Nicolas Maduro prononçait un discours, samedi 4 août 2018 à Caracas.
Des agents des forces de sécurité inspectent un bâtiment après une explosion près de l'endroit où Nicolas Maduro prononçait un discours, samedi 4 août 2018 à Caracas. (JUAN BARRETO / AFP)

Des agents des forces de sécurité du Sebin contrôlent les lieux d\'une détonation à Caracas (Venezuela), samedi 4 août 2018.
Des agents des forces de sécurité du Sebin contrôlent les lieux d'une détonation à Caracas (Venezuela), samedi 4 août 2018. (JUAN BARRETO / AFP)

Un groupe rebelle inconnu revendique l'attaque

Nicolas Maduro a réagi dans une allocution d'une demi-heure. Il a affirmé que les "financiers" de l'attaque commise à Caracas vivent en Floride et il a dit espérer la collaboration de l'administration Trump dans cette affaire. Le dirigeant a également estimé que l'attaque portait le sceau de "l'extrême droite" expression par laquelle il désigne l'opposition vénézuélienne – et que "tout indique", selon lui, qu'il s'agit d'un complot dont la Colombie serait à l'origine. Cette accusation est "sans fondement", a aussitôt réagi une source gouvernementale de Bogota.

Un mystérieux groupe rebelle qui serait composé de civils et de militaires a ensuite revendiqué l' attentat, selon un communiqué lu samedi soir sur YouTube par Patricia Poleo, une journaliste proche de l'opposition et basée aux Etats-Unis. "Il est contraire à l'honneur militaire de maintenir au gouvernement ceux qui ont oublié la Constitution et ont fait de la fonction publique une manière obscène de s'enrichir", dénonce le texte signé par le "Mouvement national des soldats en chemise".

"Nous ne pouvons pas tolérer que la population soit affamée, que les malades n'aient pas de médicaments, que la monnaie n'ait plus de valeur, que le système éducatif n'enseigne plus rien et ne fasse qu'endoctriner avec le communisme", poursuit le communiqué. "Peuple du Venezuela, pour que cette lutte émancipatrice soit une réussite, il est nécessaire que nous descendions tous dans la rue, sans retour", ajoute-t-il.

L'attaque manquée ferait partie de l'"Opération phénix", selon le communiqué lu samedi soir par la journaliste. Cette farouche adversaire du gouvernement socialiste vénézuélien s'est limitée à lire ce texte qu'elle affirme avoir reçu de ce groupe rebelle.

"Je vivrai encore de nombreuses années"

Ces événements ont lieu lors du premier anniversaire de l'Assemblée constituante du pays, qui a permis au pouvoir de renforcer ses prérogatives et d'affaiblir l'opposition.

Nicolas Maduro, 55 ans, se présente comme le "fils" du charismatique Hugo Chavez, mort en 2013. Il a été réélu à la présidence du pays en mai, à l'issue d'un scrutin que l'opposition considère comme truqué. Le président vénézuélien assure faire face à un complot "impérialiste" dont l'enjeu serait les ressources pétrolières vénézuéliennes. Ses détracteurs, qui se disent victimes d'une campagne de répression politique, le tiennent pour seul responsable de la ruine économique d'un pays autrefois florissant.

Ce drone m'était destiné mais j'ai été protégé par un bouclier d'amour (...). Je suis sûr que je vivrai encore de nombreuses années.Nicolas Maduro, président du Venezuelaallocution télévisée

L'année dernière, un ancien pilote de la police, Oscar Perez, avait pris possession d'un hélicoptère pour mitrailler des édifices officiels afin de protester contre le gouvernement "criminel" de Nicolas Maduro, dont il demandait la démission. Oscar Perez, qui disait représenter une coalition de militaires, policiers et fonctionnaires hostiles au gouvernement, a été tué en janvier dernier lors d'une opération des forces de sécurité vénézuéliennes.

La situation sociale et politique est particulièrement tendue au Venezuela. Tous les voyants économiques sont au rouge vif depuis des années. L'inflation pourrait ainsi atteindre 1 000 000% fin 2018, selon le Fonds monétaire international (FMI), alors que le PIB devait s'effondrer de 18%. Aliments, médicaments ou biens de consommation courante... La pénurie est généralisée dans ce pays où les services publics se sont fortement dégradés.