Indemnisation des victimes de pédocriminalité : les évêques "doivent passer à l'action, quitte à ce que l'Eglise se mette en faillite", estime Olivier Savignac

Le co-fondateur de l’association "Parler et revivre" salue le geste de pénitence effectué samedi 6 novembre à Lourdes pour les victimes de pédocriminalité. Une étape importante selon lui.

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Olivier Savignac, co-fondateur de "Parler et revivre", invité de franceinfo mardi 5 octobre 2021. (FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

Les évêques "se doivent aujourd'hui de passer à l'action et surtout de ne pas regarder les comptes, quitte à ce que l'Eglise se mette en faillite", a estimé samedi 6 novembre sur franceinfo Olivier Savignac, co-fondateur de l’association "Parler et revivre", alors qu'évêques, prêtres, responsables d'ordres religieux et quelques fidèles ont "fait mémoire" aux victimes de pédocriminalité, à Lourdes, en se recueillant devant une photo et en organisant une prière de repentance au sanctuaire. Olivier Savignac salue le geste pénitentiel effectué par les évêques, "qui les engage encore plus". Il en appelle également au pape, car le Vatican "était au courant" des milliers de victimes et n'a "rien fait". "Eux aussi doivent payer", assure-t-il.

franceinfo : Ce geste pénitentiel des évêques, est-ce pour vous un coup de communication ?

Olivier Savignac : C'est vrai qu'au départ je m'attachais à cela. Je pensais qu'en effet ce serait un coup de communication comme les évêques savent le faire. Et puis j'ai regardé cette cérémonie qui n'est pas que pénitentielle. Parce qu'il y a eu un acte très important qui est un acte mémoriel, avec une plaque dévoilée sur la basilique sainte Bernadette, un visage d'enfant sculpté. Lorsque j'ai assisté à cela devant ma télé, j'ai ressenti beaucoup d'émotion, parce que, visuellement dans ce sanctuaire, il y a une plaque qui fait mémoire aux personnes victimes. Et il y a eu des mots très forts de Véronique Margron, la présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref), qui a dit que tout est là dans ce visage à travers cet effondrement que les enfants avaient vécu. Et il y a Eric de Moulins-Beaufort qui dit cette phrase : "nous vous le devons devant l'humanité, devant notre conscience". Cela les engage encore plus que ce qui s'est passé hier. Là, c'est en âme et conscience. Aujourd'hui, c'était la deuxième marche de l'escalier. Et demain, ce sera la troisième avec un vote et une prise de décision sur la mise en route d'un processus pour les personnes victimes.

Qu'est-ce que vous attendez comme décisions ?

Que les 45 recommandations très fortes du rapport de la Ciase (Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise) soient mises en application. Ces recommandations vont de la réparation individuelle à la réparation collective et qui appelle à une réforme globale de l'Eglise. Si l'Eglise de France fait cette démarche c'est très important. Mais lorsqu'on qu'on entend le pape qui encourage le président de la Conférence des évêques de France à porter son fardeau avec foi et espérance, je crois que ce n'est pas simplement le fardeau de l'Eglise de France. Mais c'est aussi l'Eglise de Rome, le Vatican, qui doit prendre ses responsabilités et qui ne les prend pas. Eux aussi étaient au courant de dizaines de centaines de milliers de cas. Ils n'ont rien fait. Eux aussi doivent payer. Si les évêques et religieux français prennent leurs responsabilités, ce que j'espère, c'est aussi à Rome de les prendre et de payer.

Est-ce que cela doit aller aussi jusqu'à la démission des évêques, comme l'a demandé une victime ?

Pour moi, la démission n'est pas une solution. Avant de démissionner, il faut assumer. Ce serait trop facile de partir en courant, de fuir une situation. Ces évêques, qui sont à la tête de l'institution de la morale, doivent assumer ces responsabilités autant que les religieux. C'est important qu'ils assument en mettant ce processus de réparations pour les personnes victimes. Moi je crois en un endroit neutre pour la plupart des victimes qui sont sortis de l'Eglise, pour que les évêques reconnaissent publiquement leurs responsabilités. Et il faut activer ce processus de réparation individuelle au travers d'une indemnisation.

Mais indemniser des centaines de victimes, cela fait une grosse somme d'argent ?

C'est le prix à payer. L'Eglise dit qu'elle vit dans la pauvreté. Ils se doivent aujourd'hui de passer à l'action et surtout de ne pas regarder les comptes, mais plutôt dire, 'nous leur devons et nous allons payer'. Quitte à ce que l'Eglise se mette en danger, se mette en faillite, parce que c'est leur devoir moral.

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