Primaires américaines : mais pourquoi Bernie Sanders n'abandonne-t-il pas ?

Désormais distancé par sa rivale Hillary Clinton, le sénateur du Vermont n'a pourtant pas l'intention de se retirer de la course à l'investiture démocrate.

Le sénateur Bernie Sanders, candidat aux primaires démocrates, en meeting à Huntington (Etats-Unis), le 26 avril 2016.
Le sénateur Bernie Sanders, candidat aux primaires démocrates, en meeting à Huntington (Etats-Unis), le 26 avril 2016. (JOHN SOMMERS II / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)
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Mathieu DehlingerFrance Télévisions

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Ne comptez pas sur lui pour jeter l'éponge : le "socialiste" Bernie Sanders se battra jusqu'au bout, peu importe le résultat des primaires. Le sénateur du Vermont, devenu en quelques mois un phénomène politique, est chaque jour un peu plus distancé par sa rivale Hillary Clinton. A l'issue des dernières primaires, mardi 26 avril, l'ancienne secrétaire d'Etat dispose de 1 650 délégués, quand lui doit se contenter de seulement 1 348.

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Quoi qu'il arrive, "nous irons à la convention démocrate à Philadelphie", programmée en juillet, prévient Bernie Sanders. D'ici là, le candidat va donc participer aux prochaines primaires. "Les gens de chaque Etat de ce pays ont le droit de déterminer quel président ils veulent et quel programme le parti démocrate doit adopter, estime-t-il. C'est pour cette raison que nous resterons en course jusqu'au dernier vote." Mais si la victoire est impossible, pourquoi s'accrocher ? Explications.

Parce qu'il peut encore avoir de l'influence sur Hillary Clinton

Bernie Sanders ne se fait visiblement plus d'illusions : il sait bien que la partie est perdue. Dans un communiqué cité par Politico (en anglais) et publié mardi, au soir de cinq nouvelles défaites, il s'est dit impatient de mener des campagnes focalisées sur ses idées dans les semaines à venir. Autrement dit, plus seulement sur la possibilité d'être investi candidat à la fin de la bataille. L'un des stratèges de sa campagne, Tad Devine, avait déjà annoncé un possible "réexamen" du positionnement de Bernie Sanders. "Cela ne veut pas dire qu'il se retire de la course, expliquait-il, ni que son message, que nous considérons être le plus fort, va changer."

Au contraire. "Nous faisons campagne pour aller à la convention démocrate de Philadelphie avec le maximum de délégués possibles, pour nous battre pour une plateforme progressiste", écrit-il. Et le candidat, qui a fait de la lutte contre les inégalités son cheval de bataille, de marteler ses principales propositions : un salaire horaire minimum de 15 dollars, la lutte contre les institutions financières de Wall Street, la fin de la fracturation hydraulique ou encore la gratuité des universités publiques.

Autant de thématiques sur lesquelles Hillary Clinton n'a pas pu faire l'impasse durant sa campagne. Débordée sur sa gauche par Bernie Sanders, l'ancienne secrétaire d'Etat a bien été obligée de réorienter son discours. "Il y a bien plus de choses qui nous rassemblent que de choses qui nous divisent, a-t-elle lancé, mardi, à ses supporters. J'applaudis le sénateur et ses millions de partisans. Grâce à eux, nous allons relever le défi pour qu'il n'y ait plus d'argent opaque en politique, et pour réduire les inégalités."

Parce qu'il peut peser sur l'avenir du parti démocrate

Quoi qu'il arrive, Bernie Sanders le septuagénaire a conquis le cœur des jeunes. Selon une récente étude réalisée par l'université de Harvard, il est le candidat le plus apprécié – et de loin – des Américains de 18 à 29 ans, rapporte le Chicago Tribune (en anglais). "Il fait bouger toute une génération vers la gauche, analyse le responsable des sondages de Harvard. Qu'il gagne ou qu'il perde, il influe sur la façon dont toute une génération envisage la politique."

Fort de cette popularité, le sénateur – indépendant – du Vermont, longtemps marginal au Congrès, pourrait durablement peser sur le discours politique à gauche. "Si au lieu de gaspiller son argent dans des publicités télévisées, Bernie Sanders commence à lever des fonds pour construire une infrastructure activiste durable, il pourrait faire beaucoup pour aider à ancrer la frange progressiste du parti démocrate au Congrès", analyse le site Vox.

En coulisses, la bataille idéologique a déjà commencé, explique le New York Times (en anglais). Ses conseillers militent auprès des cadres du parti pour avoir un rôle important dans la rédaction du programme démocrate. En parallèle, Bernie Sanders a un trésor de guerre, rappelle le journal : une base de données de deux millions de donateurs, qu'il a déjà utilisée pour lever des fonds en faveur de candidats libéraux dans les Etats de New York, Washington et du Nevada.

Parce qu'il a encore une (infime) chance de victoire

Et si tout n'était pas terminé ? Bernie Sanders a beau être à la traîne en terme de délégués, il reste bien une infime possibilité pour lui d'être investi candidat en juillet : c'est "le scénario du chaos" pour les démocrates, celui "dont rêvent les républicains", écrit The Hill (en anglais). Car Hillary Clinton est toujours menacée par une enquête du FBI, après l'utilisation d'une messagerie électronique privée quand elle était secrétaire d'Etat. "Si elle ou ses proches conseillers sont inculpés, son 'électabilité' – son meilleur argument – serait soudain remis en question", résume Vice (en anglais).

Si le scandale éclatait avant la convention de juillet, rien n'empêcherait les superdélégués, ultramajoritairement favorables à Hillary Clinton, de retourner leur veste et d'accorder leurs voix à Bernie Sanders. "Ils fuieraient [l'ancienne secrétaire d'Etat] en premier, parce que ce sont des politiciens", résume un stratège démocrate interrogé par The Hill. Pas la peine de s'emballer pour l'instant : à en croire Hillary Clinton, "cela n'arrivera pas", "aucune chance". Politico, qui a étudié des affaires similaires, estime qu'une inculpation n'est certes pas impossible, mais reste "très improbable".