Infographies Présidentielle américaine : qui sont les jeunes de la génération Z, dont le vote peut faire basculer le scrutin ?

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France Télévisions
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Quelque 24 millions de ces Américains nés à partir de 1997 vont se rendre aux urnes pour la première fois lors de l'élection présidentielle de novembre.

Ne les appelez pas millénials ou la génération Y. Les jeunes, âgés de 10 à 25 ans environ en 2020, n'ont plus rien à voir avec ces trentenaires qui ont vécu la chute du mur de Berlin et les téléphones sans internet. La génération Z est née après 1996 et une partie d'entre elle, en âge de voter (à partir de 18 ans), glissera pour la première fois un bulletin présidentiel dans l'urne, le 3 novembre 2020 aux Etats-Unis, alors qu'elle occupe déjà les rues lors de manifestations du mouvement Black Lives Matter ou pour le climat.

La définition d'une génération n'est pas une science exacte. D'ailleurs, des débats existent toujours sur la date de début de cette dernière (1995, 1996, 1997) et même sur son nom (iGeneration, Zoomers). Nous avons décidé, dans cet article, de la nommer "génération Z" et de la faire débuter en 1997, comme l'a fait le think thank américain Pew Research Center.

Les différentes générations. (ROBIN PRUDENT / FRANCEINFO)

Avant l'élection présidentielle américaine, nous avons cherché à mieux connaître le profil de ces jeunes Américains en leur donnant la parole dans une série de vidéos, et en dressant leurs portraits à partir d'enquêtes et de statistiques dans cet article.

La génération Z va faire entendre sa voix dans les urnes

Pour cette élection plus que les précédentes, il va falloir composer avec eux. Selon le Bureau du recensement des Etats-Unis, la génération Z représentait 67 millions d'Américains en 2019, soit plus de 20% de la population totale du pays. Une bonne partie de cette génération va ainsi faire entendre sa voix pour la première fois en novembre 2020. Au total, les 18-23 ans représenteront quelque 24 millions d'électeurs potentiels en 2020, soit un dixième de la population électorale américaine.

Mais vont-ils vraiment voter ? "L'histoire électorale montre que depuis les années 1980, ils sont moins nombreux à voter que les générations plus anciennes, rappelle Richard Fry, chercheur au think-tank américain Pew Research Center. Mais plusieurs facteurs peuvent jouer. En 2018, les 18-21 ans avaient été plus nombreux à voter que les générations précédentes au même âge, donc le nombre de personnes de la génération Z qui iront voter en 2020 est incertain."

La génération Z est plus diverse

Pour la première fois dans l'histoire récente du pays – où les statistiques ethniques sont autorisées –  les Blancs seront minoritaires au sein de la population américaine en 2026, selon les projections du Bureau de recensement des Etats-Unis. Et cela est déjà le cas dans certains Etats au sein de la génération Z. Dans l'Ouest, par exemple, seuls 40% des membres de cette génération se définissent ainsi comme "blancs non-hispaniques". A l'inverse, ils sont plus de 68% dans le Midwest, précise le think-tank américain Brookings (en anglais).

A l'échelle du pays, ce mouvement est enclenché de longue date. Depuis 2010, la part de population blanche décline dans les 50 Etats américainsDans le détail, ce sont les Hispaniques qui voient leur proportion grimper le plus rapidement au sein de la population, suivis des Asiatiques, alors que la part des Noirs stagne depuis plusieurs décennies. Cette évolution s'explique notamment par l'âge des populations concernées (43,7 ans d'âge médian pour les Blancs, 29,8 ans pour les Hispaniques) et la baisse de la fécondité des femmes blanches.

L'immigration, qui diminue depuis plusieurs années aux Etats-Unis, joue un rôle marginal, à l'exception des Asiatiques. Ces variations démographiques entraînent des changements culturels. "La culture blanche des baby-boomers qui a défini la deuxième partie du XXe siècle est en train de laisser sa place à une nation plus multiculturelle", explique le démographe William H. Frey au think-tank Brookings (en anglais).

La génération Z penche pour les démocrates

Au moment d'aborder les sujets politiques, la génération Z devrait bien s'entendre avec celle qui l'a précédée, les millénials. En effet, ces deux générations semblent sur la même longueur d'onde, selon une étude réalisée par le Pew Research Center en 2018. Que ce soit sur le rejet de Donald Trump ou la place de l'Etat dans la société, les avis sont proches et se démarquent des générations plus anciennes.

La fracture générationnelle est encore plus nette chez les sympathisants républicains. Ainsi, 43% des jeunes républicains de la génération Z estiment que les Noirs sont traités de manière moins équitable que les Blancs aux Etats-Unis. C'est deux fois plus que les républicains de plus de 40 ans. Plus de la moitié des jeunes républicains pensent aussi que le gouvernement devrait en faire davantage pour résoudre les problèmes de la société, alors qu'ils ne sont même pas un quart à avoir la même opinion chez les baby-boomers du même parti.

Comment cela va-t-il se traduire dans les urnes en novembre ? Il serait imprudent de s'avancer sur les résultats, mais la génération Z semble favorable aux démocrates. Dans le détail, 61% des 18-23 ans comptent voter pour Joe Biden, contre 22% pour Donald Trump, selon un sondage réalisé en janvier 2020. C'est, encore une fois, à peu près le même ratio que pour les millénials... et bien différent des générations plus anciennes. Mais prudence : "Il n'y a pas de preuve qu'un groupe défini par son année de naissance vote dans un sens particulier ou ait un rôle spécifique dans l'élection", rappelle David Costanza, professeur de psychologie à l'université George Washington.

La génération Z efface peu à peu l'identité de genre

Il ou elle ? La génération Z n'a pas toujours envie de répondre. Elle ne se pose parfois simplement pas la question ou milite pour qu'on ne la pose plus. "J'essaye d'indiquer 'non-spécifié' ou 'autre' comme une forme de résistance. Je ne veux pas être dans une boîte", explique Melissa Auh Krukar, 23 ans, au New York Times (en anglais). Comme elle, ils sont de plus en plus nombreux à utiliser des pronoms de genre neutre au sein de la génération Z.

Une large majorité demande ainsi que les formulaires d'identité contiennent d'autres options que "homme" ou "femme", selon une enquête du Pew Research Center réalisée en 2018. Ils sont aussi majoritaires à se sentir à l'aise avec l'utilisation d'un pronom non genré. Deux éléments que les plus de 40 ans ne partagent pas en majorité. "L'identité est quelque chose qui peut changer, comme les opinions politiques, résume Elias Tzoc-Pacheco, 17 ans. C'est une idée qui est partagée par une grande partie de ma génération."

La génération Z est la plus éduquée de l'histoire 

Le nombre d'années d'études continue de s'allonger pour les jeunes aux Etats-Unis. "Les jeunes de la génération Z ont plus de chances d'avoir des parents qui sont allés à l'université que les millénials. Ils sont aussi plus nombreux à avoir terminé le lycée que les millénials au même âge", indique Richard Fry à franceinfo. Le taux d'accès à l'université continue aussi de grimper. Une dynamique que la pandémie de coronavirus pourrait bien avoir stoppée, selon des chercheurs.

Un autre phénomène caractérise la relation des jeunes générations avec l'école : le stress. Plus de la moitié des 13-17 ans affirment ainsi ressentir "beaucoup" de pression "pour avoir des bonnes notes", selon une enquête du Pew Research Center.

La génération Z est tout le temps connectée 

Les ruptures technologiques sont des marqueurs importants des générations. Et la génération Z ne fait pas défaut à la règle : celle-ci n'a tout simplement jamais connu un monde sans internet et pas moins de 95% des 13-17 ans ont accès à un smartphone aux Etats-Unis. Par ailleurs, en 2018, près de la moitié des jeunes Américains affirmaient utiliser internet... "quasiment constamment". Ils n'étaient que 24% à dire la même chose en 2015.

Cette connexion permanente profite surtout aux réseaux sociaux. YouTube, Instagram et Snapchat se classent ainsi comme les trois sites les plus fréquentés par la génération Z, devant Facebook et Twitter. Ces usages addictifs semblent aussi provoquer davantage de troubles mentaux, comme la dépression, relève The Atlantic (en anglais). Et les jeunes eux-mêmes sont partagés sur les bienfaits et méfaits des réseaux sociaux. Une tendance à prendre avec des pincettes car "les troubles mentaux sont davantage et différemment diagnostiqués aujourd'hui qu'avant", nuance Arthur Vuattoux, maître de conférence en sociologie à l'université Sorbonne Paris Nord, à franceinfo.

La génération Z délaisse sexe, drogue et rock and roll

Le tube de Ian Dury, Sex & Drugs & Rock & Roll, appartient bien au passé. Si 54% des ados américains entre 14 et 18 ans avaient indiqué avoir déjà eu une relation sexuelle en 1991, ils ne sont plus que 41% en 2015. Ils sont aussi un tiers de moins à affirmer avoir eu au moins quatre partenaires différents à cet âge.

En revanche, l'âge du premier verre d'alcool avance, lui, depuis la fin des années 1990, selon les données de l'Organisation mondiale de la santé, citée par The Economist. L'hebdomadaire britannique avance deux hypothèses pour expliquer ces comportements : la plus grande présence et attention des parents et la concentration sur les études. Et pour ce qui est du rock, cela fait un moment que le hip-hop et le rap ont pris l'ascendant dans les oreilles des jeunes.

La génération Z est progressiste

L'histoire (parfois) se répète. "Pour toutes les générations, l'âge d'entrée dans la vie adulte est un peu plus progressiste qu'après", explique la sociologue à l'université de Montréal, Cécile Van de Velde, à franceinfo. Et la génération Z n'échappe pas à la règle. Ainsi, 48% des jeunes Américains pensent que la légalisation du mariage gay est une bonne chose. C'est près de deux fois plus que chez les baby-boomers.

La génération Z, tout comme les millénials, sont aussi plus favorables à la vie de couple hors mariage que les anciennes générations, selon une étude du Pew Research Center (en anglais) menée en 2018.

La génération Z s'engage et milite

Les images ont fait le tour du monde. Des jeunes adolescents qui quittent l'école pour manifester dans la rue face à l'urgence climatique. Menées par l'activiste Greta Thunberg, ces mobilisations symbolisent l'engagement de la génération Z. "Elle est plus radicale, a l'impression de moins avoir à perdre, alors elle prend la parole et a une conscience plus internationale", analyse Cécile Van de Velde, sociologue à l'université de Montréal.

Cette colère s'exprime sur différentes thématiques : la question raciale, le débat sur les armes aux Etats-Unis, mais aussi sur les enjeux environnementaux. Il faut dire que la génération Z est plus consciente de la responsabilité humaine dans la crise climatique que celle de ses parents ou grands-parents.

Cet activisme est aussi largement conditionné à la condition sociale des premiers concernés. "On parle surtout de la frange la plus diplômée et urbaine de cette génération. Mais il y aussi une frange qui perd confiance, qui a les ailes cassées et un problème d'estime de soi", nuance Cécile Van de Velde.

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