Donald Trump reproche à ses alliés de ne pas assez financer l'Otan : on vous résume la polémique

Le sommet de l'Otan est sous tension. Les alliés se sont d'ores et déjà vu reprocher par le président des Etats-Unis, leur manque de participation au budget de l'institution. 

De gauche à droite : Jens Stoltenberg, Secrétaire général de l\'Otan, Angela Merkel, la chancelière allemande, le président des Etats-Unis, Donald Trump et le Premier ministre grec Alexis Tsipras, réunis pour le sommet de l\'Otan, à Bruxelles (Belgique) le 11 juillet 2018.
De gauche à droite : Jens Stoltenberg, Secrétaire général de l'Otan, Angela Merkel, la chancelière allemande, le président des Etats-Unis, Donald Trump et le Premier ministre grec Alexis Tsipras, réunis pour le sommet de l'Otan, à Bruxelles (Belgique) le 11 juillet 2018. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

La tension est montée avant même le début du sommet, mercredi 11 juillet, à Bruxelles (Belgique). D'un côté, le président des Etats-Unis, Donald Trump, qui a laissé échapper quelques tweets cinglants à l'attention de ses alliés. De l'autre, les états-membres de l'Otan (Organisation du traité de l'Atlantique nord), encore échaudés par les frasques du président américain lors du récent G7. En effet, Donald Trump avait retiré, au dernier moment, sa signature de l'accord. Cette fois-ci, ce sont notamment les questions liées au budget de l'Alliance qui crispent les participants. 

Que reproche Donald Trump à ses alliés ? 

La veille de la rencontre des membres de l'Otan, Donald Trump s'est rappelé au bon souvenir de ses alliés, via son compte Twitter. En quelques messages, le président des Etats-Unis a donné le ton, et soulevé un thème qui le taraude depuis son arrivée à la Maison-Blanche. "Les membres de l’Otan doivent payer plus, les Etats-Unis doivent payer moins. Très injuste !", a écrit le milliardaire mardi dans la journée. 

Sans détour, Donald Trump annonce vouloir rééquilibrer la charge financière au sein de l'institution de défense. Les budgets "civil" et "militaire" de l'Otan sont financés directement par des contributions des Etats, cette dernière étant calculée en fonction de la taille de l'économie de chaque membre.

Mais l'Otan est aussi financée de manière indirecte lorsque les membres mettent leurs moyens militaires au service de l'institution. En 2006, les ministres de la Défense de l'Otan s'étaient mis d'accord : les dépenses militaires des membres doivent représenter au moins 2% de leur PIB, mais de nombreux pays ont revu à la baisse leur engagement après la crise financière de 2008. En 2014, lors du sommet de l'Alliance, en pleine crise ukrainienne, les 29 membres s'étaient engagé à "viser d'atteindre l'objectif de 2%" d'ici 2024. 

C'est là où le bat blesse. "De nombreux pays de l'OTAN, que nous sommes censés défendre, sont non seulement en dessous de leur engagement actuel de 2% (ce qui est faible), mais ils sont également en retard depuis de nombreuses années dans des paiements qui n'ont pas été faits, déplore Donald Trump. Vont-ils rembourser les États-Unis ?"

Les Etats-Unis paient-ils vraiment plus que les autres ? 

"Nous protégeons l'Allemagne, la France... Nous protégeons tous ces pays", s'est insurgé Donald Trump lors du sommet, relavant que les Etats-Unis "payaient beaucoup trop" et que cela était "disproportionné et injuste pour les contribuables des Etats-Unis".

Il est vrai que les Etats-Unis sont les plus gros contributeurs de l'Otan. Pour la contribution directe, les Etats-Unis couvrent 22% du total. L'Allemagne paie 14% suivie de la France et du Royaume-Uni avec chacun 10,5% du budget qui couvre les coûts de fonctionnement du siège de Bruxelles (248 millions d'euros en 2018) et la structure de commandement de l'Otan (1,325 milliard en 2018).

Et pour les moyens militaires ? Les Américains fournissent 75% avec 3,50% de leur PIB consacré à la défense, selon les chiffres de l'Alliance. La Grèce est en deuxième position (2,27%) suivie par l'Estonie (2,14%), le Royaume-Uni (2,10%) et la Lettonie (2%). Ils sont les seuls pays européens à avoir atteint la barre des 2% de leur PIB. 

La Pologne (1,98% en juillet 2018), la Lituanie (1,96%) et la Roumanie (1,93%) devraient atteindre l'objectif d'ici la fin de l'année. La France, quant à elle, atteint 1,81%. L'Allemagne, première économie européenne, est loin derrière avec 1,24%. Elle est devenue l'une des cibles privilégiée de Donald Trump qui n'a pas mâché ses mots, au premier jour du sommet. Le millionnaire a notamment accusé Berlin d'être "prisonnier" de la Russie, car elle achète à Moscou "une grande partie de son énergie". Donald Trump reproche ainsi à l'Allemagne le projet de doublement du gazoduc Nord Stream directement relié à la Russie et exige son abandon.

Ils paient des milliards de dollars à la Russie et nous devons les défendre contre la Russie [...]. Ce n'est pas normal.Donald Trump

Que répondent les autres états membres ?

La sortie de Donald Trump n'a pas laissé de glace les alliés. Jens Stoltenberg, secrétaire général de l'Otan, embarrassé par les tensions, s'est montré inquiet pour la suite des discussions prévues lors du sommet. "Je ne serais pas surpris qu'il y ait des discussions vigoureuses, notamment sur les dépenses de défense", a-t-il admis, la veille de l'ouverture de la rencontre. 

Les Alliés ne doivent pas augmenter leurs dépenses pour plaire aux Etats-Unis, mais parce que c'est dans leur intérêt.Jens Stoltenberg, secrétaire général de l'Otan

De son côté, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a interpellé, mardi, le président américain, l'invitant à "mieux considérer" ses alliés "car l'Amérique n'en a pas tant que ça". Il lui a également rappelé que l'Europe avait été "la première à réagir" après les attentats du 11 septembre 2001. Enfin, Angela Merkel, chancelière allemande n'a pas hésité à répondre à Donald Trump, estimant que l'Allemagne prenait ses décisions de manière "indépendante".

L'Allemagne fait aussi beaucoup pour l'Otan. Nous sommes le deuxième plus grand fournisseur de troupes, nous mettons la plupart de nos capacités militaires au service de l'Otan.Angela Merkel, Chancelière allemande