Mort de l'Afro-Américaine Breonna Taylor : un policier inculpé, mais pas pour homicide

Aucune charge n'a été retenue contre les deux policiers qui ont tiré dans l'appartement de Breonna Taylor. Seul un collègue a été inculpé pour mise en danger de la vie d'autrui parce que ses tirs ont traversé l'appartement voisin.

Des manifestants défilent dans les rues de New York (Etats-Unis) après l\'annonce de la non-inculpation des policiers qui ont tiré sur Breonna Taylor, le 23 septembre 2020.
Des manifestants défilent dans les rues de New York (Etats-Unis) après l'annonce de la non-inculpation des policiers qui ont tiré sur Breonna Taylor, le 23 septembre 2020. (TAYFUN COSKUN / ANADOLU AGENCY / AFP)

La justice s'est montrée clémente, mercredi 23 septembre, en ne prononçant qu'une inculpation indirecte contre un policier impliqué dans la mort d'une Afro-Américaine, Breonna Taylor, en mars, lors d'une perquisition controversée, suscitant des manifestations dans les rues de Louisville, dans l'Etat américain du Kentucky. Brett Hankison, l'un des trois agents ayant fait feu dans l'appartement, est poursuivi pour mise en danger de la vie d'autrui, parce que ses tirs ont traversé l'appartement des voisins de la victime.

Selon les médias locaux, il s'est présenté dans une prison de la région puis a été remis en liberté après avoir payé une caution fixée à 15 000 dollars (soit 12 870 euros), une somme très basse comparée à d'autres cas similaires. Licencié par la police de Louisville en juin, il risque jusqu'à 15 ans de prison. Aucune charge n'a été retenue contre ses deux collègues, Jonathan Mattingly et Myles Cosgrove, qui avaient été mis à pied, car ils ont tiré en état de légitime défense, selon le procureur du Kentucky.

Une décision "scandaleuse et insultante"

L'infirmière de 26 ans avait été tuée en pleine nuit à son domicile le 13 mars quand les trois policiers s'y étaient présentés munis d'un mandat d'arrêt dit "no knock", qui leur permet d'entrer chez un suspect sans s'annoncer. A leur arrivée, son compagnon avait ouvert le feu avec une arme détenue légalement. Les agents avaient riposté et Breonna Taylor avait été atteinte de plusieurs balles. Son compagnon a ensuite expliqué avoir cru à un cambriolage.

Quant aux deux autres policiers qui ont tiré sur Breonna Taylor et son compagnon, l'enquête a conclu à la légitime défense, sans parvenir à déterminer quel agent avait tué la jeune femme. "Selon la loi du Kentucky, l'usage de la force était justifié pour se protéger. Cette justification nous empêche de les poursuivre pour la mort de Breonna Taylor", a expliqué le procureur. "Ma sœur, le système pour lequel tu travaillais si dur t'a laissée tomber", a réagi sur Instagram la sœur de Breonna Taylor.

Deux policiers blessés dans les manifestations

L'avocat de la famille de la jeune femme, Ben Crump, a dénoncé dans un communiqué une décision "scandaleuse et insultante" qui est selon lui "un nouvel exemple d'absence de responsabilité pour le génocide des gens de couleur perpétré par des policiers". "C'est ironique et typique que les seules charges de cette affaire concernent des coups de feu tirés dans l'appartement d'un voisin blanc", alors qu'une personne de couleur a été tuée, a-t-il ajouté.

Immédiatement après l'inculpation de Brett Hankison, des manifestants ont dénoncé à Louisville les brutalités policières à l'encontre de la minorité noire. Un important dispositif policier était en place et plusieurs personnes ont été arrêtées dans l'après-midi. Deux policiers déployés en début de soirée sur les lieux d'une des manifestations "ont été blessés par balle. Ils sont en train d'être soignés à l'hôpital", a déclaré le chef par intérim de la police de Louisville lors d'une conférence de presse.