Boston : la bombe dans une cocotte-minute, une vieille recette de terroriste

Ce procédé artisanal, peu onéreux et facile à mettre en œuvre, a été utilisé dans l'attentat qui a fait trois morts, lundi, aux Etats-Unis.

Deux enquêteurs ramassent des débris sur les lieux des explosions à Boston (Etats-Unis), le 16 avril 2013.
Deux enquêteurs ramassent des débris sur les lieux des explosions à Boston (Etats-Unis), le 16 avril 2013. (ELISE AMENDOLA / AP / SIPA)

Soufre, salpêtre et charbon de bois mélangés avec des clous, écrous ou billes en métal. Le tout déposé au fond d'une cocotte-minute avant d'ajouter un détonateur muni d'un minuteur ou relié à un téléphone portable, voire à un appareil pour ouvrir les portes de garage. La cocotte-minute est ensuite refermée et disposée discrètement dans un endroit passant.

A Boston, lundi 15 avril, il semble qu'un apprenti terroriste se soit inspiré de cette recette mortelle aux effets dévastateurs (décrits avec précision sur ce site en anglais) pour tuer trois personnes et en blesser des centaines. En témoigne le couvercle d'une cocotte-minute de 6 litres découvert sur le site de l'attentat.

Les restes d\'une cocotte-minute qui, d\'après le FBI, contenait l\'une des bombes qui a explosé lors du marathon de Boston, lundi 15 avril 2013.
Les restes d'une cocotte-minute qui, d'après le FBI, contenait l'une des bombes qui a explosé lors du marathon de Boston, lundi 15 avril 2013. ((FBI / AFP))

Une arme populaire

Il (ou ils) n'est pas le premier. La cocotte-minute explosive est une arme populaire. Elle explose au pied du mont Everest en 2002, est cachée dans le sol pour piéger les convois militaires américains en Irak et en Afghanistan (les terribles IED), mais on la retrouve aussi à Bombay, au Cachemire indien, au Pakistan, à Times Square (New York), selon plusieurs documents de la Sécurité intérieure américaine et du FBI.

La France n'est pas épargnée. Entre juillet et octobre 1995, elle est touchée par une série d'attentats à la bombe. L'un d'eux échoue au marché du boulevard Richard-Lenoir, à Paris. La bombe fait long feu et blesse légèrement quatre personnes. Cela aurait pu être évité. Plusieurs passants ont remarqué la cocotte-minute qui dépassait d'un sac. A la fin de l'année, plusieurs terroristes présumés du Groupe islamique armé (GIA, une organisation algérienne), sont finalement arrêtés.

En octobre 2012, sept membres présumés d'un groupe terroriste sont arrêtés : "le plus dangereux mis au jour depuis 1996 en France", tremblait le procureur de la République de Paris, François Molins. Dans un box, les enquêteurs ont mis la main sur trois fusils et des munitions, mais aussi sur "3 kilos de nitrate de potassium, une bouteille de cire de bougie, un sac de charbon de bois, 1,5 kilo de soufre, deux réveils, cinq mètres de câbles électriques, des piles, [...] cinq ampoules de phare" et, pour couronner le tout, une cocotte-minute.

La recette circule librement

Comment expliquer le succès de cette méthode ? La bombe artisanale ne coûte pas cher (on la qualifie parfois d'"arme du pauvre"). Ses composants sont disponibles dans le commerce en vente libre. Quant aux recettes, elles circulaient dans des brochures, voire des ouvrages militaires, et font maintenant florès sur le web, à renfort d'eau oxygénée, d'engrais agricoles, de fioul ou de soufre.
 
Ces recettes sont aussi enseignées dans les camps d'entraînement pour jihadistes en Afghanistan ou dans les zones tribales pakistanaises. Depuis la découverte des débris d'une cocotte-minute, la presse américaine a été exhumer un article du magazine en ligne et en anglais d'Al-Qaïda en péninsule arabique (Aqpa), Inspire (dont nous vous parlions ici).  En 2010, "AQ Chef" (chef cuisinier d'Al-Qaïda) publiait, dans la rubrique "open source jihad", un article sur "Comment fabriquer une bombe dans la cuisine de votre maman".

Le fondateur du magazine, Anwar Al-Awlaki (surnommé le "Ben Laden d'internet"), est maintenant mort (il a été tué au Yémen dans une frappe américaine en 2011), mais cela n'a pas empêché la réédition, en mars, d'un "guide de poche du moujahidine solitaire", soit un "loup solitaire" vivant dans un pays occidental et souhaitant passer à l'action. Le procédé de la cocotte-minute y était encore une fois repris. 

Pas le monopole des islamistes

Malgré ces exemples, il ne faudrait pas voir dans l'utilisation d'une cocotte-minute à Boston le sceau des seuls terroristes islamistes. Ainsi, ce site anarchiste fait mention des bombes utilisant une cocotte-minute. Selon SITE, un site américain spécialisé sur le terrorisme repris par Time, un site suprémaciste blanc (extrême droite) "recommandait vivement la lecture" des conseils du magazine d'Al-Qaïda en péninsule arabique. Et il y a un peu plus de deux ans, c'est un ancien soldat d'extrême droite qui avait essayé de faire exploser une bombe artisanale lors d'une commémoration pour la mort de Martin Luther King.