Après une photo, une manifestante de Bâton-Rouge devient une icône du mouvement "Black Lives Matter"

A la suite de la mort d'un jeune Afro-Américain, à Bâton-Rouge, en Lousiane, lors d'une intervention policière, des manifestants ont bloqué une grande route de la ville. Parmi la centaine d'interpellations, une femme s'est distinguée, en restant silencieuse face aux policiers.

Une manifestante est arrêtée par la police en marge d\'un rassemblement de protestation contre la mort d\'Alton Sterling, le 9 juillet 2016 à Bâton-Rouge (Etats-Unis).
Une manifestante est arrêtée par la police en marge d'un rassemblement de protestation contre la mort d'Alton Sterling, le 9 juillet 2016 à Bâton-Rouge (Etats-Unis). (JONATHAN BACHMAN / REUTERS)

Une femme se tient droite, la tête haute face aux policiers. Cette inconnue a été arrêtée avec 101 autres manifestants, samedi 9 juillet à Bâton-Rouge (Etats-Unis), lors d'un rassemblement de protestation, après la mort d'Alton Sterling lors d'une interpellation. Cette image a fait le tour du monde, tant elle résume l'esprit du mouvement "Black Lives Matter" ("La vie des Noirs compte"). Elle est l'œuvre de Jonathan Bachman, photographe pour l'agence Reuters, qui a livré quelques précisions au site Buzzfeed (en anglais) et au magazine The Atlantic (en anglais).

"La première image que j'ai transférée à l'agence"

Entre 100 et 200 manifestants ont bloqué une route près de l'hôtel de police, explique le journaliste. Les forces de l'ordre leur ont alors demandé de quitter les lieux, équipés de tenues anti-émeute. Certains sont partis ; d'autres ont invectivé les policiers. Au milieu du tumulte, une femme vêtue d'une robe est restée piquée là, sans un mot. "Je photographiais quelqu'un qui discutait avec un policier, et je l'ai alors aperçue par dessus l'épaule. Visiblement, elle n'avait aucune intention de bouger." Peu après, elle a été emmenée au commissariat. "Ce n'était pas très violent. Elle n'a rien dit, elle n'a pas résisté, et la police ne l'a pas traînée."

Une femme refuse de quitter les lieux face aux policiers, samedi 9 juillet 2016 à Bâton-Rouge (Etats-Unis).
Une femme refuse de quitter les lieux face aux policiers, samedi 9 juillet 2016 à Bâton-Rouge (Etats-Unis). (MAX BECHERER / AP / SIPA)

"C'était la première que j'ai transférée à Reuters parce que je savais qu'elle était importante", commente Jonathan Bachman. "Vous pouvez prendre en photo des tas d'arrestations, mais cette photo exprime mieux que toutes ce que les manifestants essaient de réaliser ici, à Bâton-Rouge." Selon le photographe, cette image illustre la contestation pacifique dans cette ville de Louisiane. "Je comprends que des officiers ont été blessés ailleurs mais, ici, tout est resté pacifique." La police évoque toutefois la saisie de six armes. Un officier a également perdu plusieurs dents, touché par un projectile.

Des manifestants font face aux policiers à Bâton-Rouge (Etats-Unis), samedi 9 juillet 2016.
Des manifestants font face aux policiers à Bâton-Rouge (Etats-Unis), samedi 9 juillet 2016. (JONATHAN BACHMAN / REUTERS)

Une photo virale, grâce à sa charge iconique

Après sa publication, l'image est vite devenue virale. Un journaliste du New York Daily News, Shaun King, a partagé la photo sur Facebook avec son demi-million d'abonnés. Certains commentateurs ont alors salué une "image de légende, qui restera dans l'histoire". Certains n'ont pas hésité à comparer le calme de cette femme avec l'attitude d'un étudiant face aux chars, en 1989, sur la place Tian'anmen de Pékin. Depuis, la plupart des articles consacrés aux manifestations de Bâton-Rouge utilisent cette photo d'illustration, alors que l'un des fers de lance du mouvement "Black Lives Matter" DeRay Mckesson a lui aussi été arrêté à Bâton-Rouge.

Reste à connaître l'identité de la femme interpellée. Selon plusieurs journaux, dont le New York Daily News (en anglais), il s'agit d'Ieshia Evans, infirmière et mère d'un enfant. Installée à Philadelphie, elle aurait choisi de se rendre à Bâton-Rouge après la mort d'Alton Sterling, selon des proches cités par le Washington Post (en anglais). Mais pour l'heure, aucun média n'a encore recueilli son témoignage.