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La stratégie du président turc Erdogan contre Daech, le PKK et l’opposition

Amalgamant les djihadistes de Daech avec lesquels il se montrait jusque là complaisant et les combattants kurdes du PKK avec lesquels il menait depuis 2012 des négociations de paix, le président turc a réaffirmé sa détermination à lutter contre «le terrorisme sous toutes ses formes». Un engagement qui révèle les objectifs multiformes (politique frontalière et régionale) de la stratégie d’Erdogan.
Article rédigé par Alain Chémali
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
«Il est impossible de continuer (le processus de paix) avec ceux qui  menacent l'unité nationale», a déclaré le président Erdogan à l'aéroport d'Ankara, le 28 juillet 2015, avant son départ pour la Chine et l'Indonésie. (MEHMET ALI OZCAN / ANADOLU AGENCY)

Sous couvert de lutte «contre le terrorisme sous toutes ses formes», le déchaînement de l’aviation turque contre les bases arrière du PKK dans le nord de l’Irak, après l’attentat de Suruç, a surtout révélé la priorité des priorités d’Ankara.
 
Inquiet des coups de boutoir des djihadistes contre les frontières héritées de la décolonisation entre la Syrie et l’Irak, le président turc entend avant tout conforter les siennes et éradiquer toute velléité kurde d’en profiter pour œuvrer à un Etat indépendant.

L'aviation turque concentre ses raids sur les bases du PKK
Certes, les chasseurs bombardiers turcs ont également officiellement mené des raids contre des positions de l’Etat islamique (EI), mais c’est surtout contre les bases du Parti des Travailleurs du Kurdistan dans les monts Qandil, en territoire irakien, qu’ils ont concentré leurs efforts. 
 
«Nous allons continuer notre combat, a même prévenu le Premier ministre Ahmet Davutoglu, jusqu’à ce que nous parvenions à une certain résultat. C’est soit les armes soit la démocratie.»
Une manière de rappeler aux Kurdes de Turquie qu’hors du processus de négociations, même s’il a quasiment volé en éclats, point de salut pour eux.
 
Pour cela, et en échange du feu vert donné à l’aviation américaine de faire usage de la base d’Incirlik pour ses raids anti-EI, il a reçu le blanc-seing de l’Alliance Atlantique, de Washington et de Paris. Avec toutefois un bémol, «l’autodéfense doit être proportionnée», selon l’OTAN et «il faut faire attention à ne pas confondre les cibles» pour François Hollande.
 
Même si Ankara n’a pu obtenir de Washington l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne, les deux pays se sont accordés à coopérer militairement pour chasser les djihadistes d’une zone de 90 kilomètres le long de la frontière avec la Syrie sur une profondeur de 40 à 50 kilomètres.
 
«Le nettoyage de ces régions et la création d’une zone de sécurité permettra le retour chez eux» de près de deux millions de réfugiés syriens installés en Turquie selon Erdogan.

Un objectif électoral non avoué
En parallèle à ces objectifs militaires déclarés, Recep Erdogan a également une préoccupation de politique intérieure. Son parti, l’AKP, le Parti de la justice et du développement, a perdu la majorité absolue lors des législatives de juin 2015 au profit d’une progression du HDP, le Parti démocratique des peuples, de gauche et pro-kurde.
 
Face aux difficultés rencontrées pour former un gouvernement de coalition avant la fin du mois d’août, les Turcs pourraient être rappelés aux urnes pour des élections législatives anticipées.
 
Les opérations antiterroristes tous azimuts seraient, selon certains observateurs, de nature à remobiliser l’électorat sur les thèmes du nationalisme et de la défense de la patrie et de permettre à l’AKP, au pouvoir, de prendre sa revanche.

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