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Durcissement des peines pour les déserteurs russes : "Un signe de fébrilité" de Vladimir Poutine, analyse un ex-conseiller politique de l'Otan

Alexis Vahlas ne pense pas que "ce régime puisse continuer longtemps" car le président russe commence "à faire peur à sa population". 

Article rédigé par France Info
Radio France
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Vladimir Poutine le 21 septembre 2022.  (ILYA PITALEV / SPUTNIK)

Alourdir les sanctions contre les déserteurs, "c'est un signe de fébrilité" de Vladimir Poutine, "on voit des effets qui sont dangereux pour son pouvoir", explique Alexis Vahlas, ancien conseiller politique d’opérations militaires et civiles de l'Otan et de l'Union européenne, dimanche 25 septembre sur franceinfo. Alexis Vahlas, qui est également responsable du parcours sécurité de l'Europe et stabilité internationale à SciencesPo Strasbourg, "ne pense pas que ce régime puisse continuer longtemps".

Vladimir Poutine a signé un décret qui alourdit les peines pour les déserteurs russes ou ceux qui refusent de combattre en période de mobilisation. Le texte qui est entré en vigueur samedi prévoit jusqu'à 10 ans de prison. Ces changements législatifs interviennent alors que la Russie a décrété cette semaine une mobilisation partielle des réservistes pour combattre en Ukraine.

franceinfo : Que pensez-vous de la décision de Vladimir Poutine ?

Alexis Vahlas : C'est un signe de fébrilité. Il y a une certaine continuité dans ses agissements. On continue à nier le fait qu'il y ait des défaites militaires, et on continue à faire peur à l'Occident. Cela fait partie de son jeu mais le problème c'est qu'il commence à faire peur à sa population. On la savait clivée mais là on voit des effets qui sont dangereux pour son pouvoir.

Quel impact peut avoir ce décret sur le moral des troupes russes ?

Pour ceux qui sont sur le terrain cela ne changera pas les choses. Mais si vous y allez uniquement parce que vous voulez éviter la prison, ce n'est pas une motivation suffisante pour faire un bon combattant et vivre un épisode de guerre traumatique.

Les hommes russes qui fuient la mobilisation vont-ils empêcher Vladimir Poutine d'atteindre son objectif de 300 000 hommes supplémentaires ?

Peut-être que cela ne l'empêchera pas directement mais cela continue à fragiliser un régime qui est autoritaire et n'a plus de contre-pouvoir. Même pendant l'Union soviétique, à part la période stalinienne, on n'a jamais vu ça. On ne sait pas ce qui se passe à l'intérieur, ce que pensent les autres forces économiques, politiques proches de la présidence russe.

"Je pense que tout peut se passer et qu'un jour il y aura une dépoutinisation comme il y a eu une déstalinisation. Le système est complètement dysfonctionnel sur le plan économique depuis des décennies. On voit à quel point il est déficient sur le plan militaire. Je ne pense pas que ce régime puisse continuer longtemps."

Alexis Vahlas, ancien conseiller politique d’opérations militaires et civiles de l'Otan

à franceinfo

Les alliés de Vladimir Poutine, notamment l'Inde et la Chine, sont-ils en train de changer de position ?

C'est un point très important. Sur le plan moral et légal, il y a une forte déception de voir cette Chine qui depuis 15 ans joue la carte du multilatéralisme, du respect de la charte de l'ONU et qui là ne dit rien face à une telle violation. Mais d'un point de vue politique c'est peut-être très utile parce que qui peut tenir en respect le président russe aujourd'hui ? C'est la Chine. On sait qu'il y a une coordination au sujet de cette crise entre Américains et Chinois. Donc peut-être que ce sont les Chinois les plus efficaces aujourd'hui pour dire que la ligne rouge c'est  "pas d'emploi de l'arme nucléaire".

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