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Les indépendantistes écossais ont voulu "secouer Londres et la fausse gauche du Labour"

Assurés d'envoyer 57 députés à Londres, les indépendantistes du SNP (Scottish National Party) ont enregistré une victoire historique aux législatives britanniques du 7 mai. Jeudi, Edimbourg avait un parfum de revanche sereine et déterminée. Joyeuse. 

Article rédigé par
Envoyé spécial à Edimbourg - Vincent Daniel
France Télévisions
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Temps de lecture : 4 min.
Craig, militant du Scottish National Party (SNP), devant un bureau de vote d'Edimbourg (Ecosse), le 7 mai 2015.  (VINCENT DANIEL / FRANCETV INFO)

Razzia, triomphe, raz-de-marée, revanche… Les mots ne manquent pas pour qualifier la victoire – historique, également – des indépendantistes écossais du SNP (Scottish National Party) aux élections législatives britanniques du jeudi 7 mai. A 7 heures du matin (heure locale) vendredi, le SNP est assuré de remporter 56 sièges, sur les 58 que lui créditait la projection du sondage effectué à la sortie des urnes. Une performance remarquable, car l'Ecosse envoie 59 députés sur les 650 que compte la Chambre des communes. Des résultats finalement peu surprenants au regard de l'ambiance de revanche sereine et déterminée qui régnait jeudi à Edimbourg.

"Pour nous, c'est le match retour qu'il ne faut pas rater", explique Craig, 45 ans, militant du SNP, devant un bureau de vote de la capitale écossaise, jeudi. On aurait pu croire que le match aller, le référendum perdu sur l'indépendance de l'Ecosse le 18 septembre 2014, les avait achevés. Au contraire. "Cela a eu un effet galvanisateur. Nous n'avons jamais été si forts, si confiants et déterminés", poursuit le militant, analyste financier, qui arbore sur sa veste badges du SNP et drapeau de l'Ecosse. 

Devant un bureau de vote installé dans un café à Edimbourg (Ecosse), lors des législatives britanniques du 7 mai 2015.  (VINCENT DANIEL / FRANCETV INFO)

"Les jeunes nous sourient"

A côté de Craig, Jane est tendue. Militante du Labour, elle redoute la douche – indépendantiste – écossaise. En 2010, les travaillistes avaient raflé 40 sièges en Ecosse, leur fief historique. Ils sont désormais balayés de la carte. "Ils paient pour tout ce qu'ils nous ont fait", s'emporte Berneby, devant un bureau de vote des quartiers populaires du nord d'Edimbourg. Et d'énumérer : "Leur campagne arrogante pour le 'non' au référendum, leurs promesses non tenues, leur refus de s'allier avec nous en cas de victoire…" On peut le constater en longeant les immeubles en pierres taillées de la ville. Sur les fenêtres, le 'yes' est resté accroché, parfois accompagné d'un 'no Labour'. Presque comme si les nationalistes écossais avaient gagné leur référendum.

Aux fenêtres des appartements, à Edimbourg (Ecosse), on affiche son appartenance politique "No Labour".  (VINCENT DANIEL / FRANCETV INFO)

Klaxon, salut amical, encouragements… Les militants SNP, reconnaissables à leur logo jaune, sont les héros du jour à Edimbourg. "Les jeunes nous sourient, c'est un signe qui ne trompe pas", se réjouit Barbara, 63 ans, qui s'y "connaît en élections". Elle a longtemps voté pour les travaillistes, "avant de réaliser qu'ils ne sont pas vraiment de gauche". Elle fait désormais partie des 100 000 membres du SNP. "Que disent-ils sur le social ? Sur le désarmement nucléaire ? Sur l'économie ? La même chose que les conservateurs. 'The same old way' [la même vieille façon de faire de la politique]", déplore Barbara.

"Nous allons écrire l'histoire !"

Des arguments qui ont convaincu un électorat jeune. A l'image de Matthew, étudiant de 20 ans. Il vote pour la deuxième fois de sa vie. En septembre, il disait 'oui' à l'indépendance de l'Ecosse. "Le SNP, c'est l'espoir d'un changement réel. Plus de démocratie, plus de solidarité. Cela ne sera pas seulement bénéfique à l'Ecosse, mais à l'ensemble du Royaume-Uni", affirme le jeune homme, venu voter avant de prendre son service dans un bar de la capitale écossaise. "Secouer Londres et secouer la fausse gauche du Labour qui a voulu nous faire peur pendant le référendum", c'est aussi le sens du vote de Tonny, un jeune agent immobilier. 

L'indépendance écossaise est finalement devenue un sujet secondaire pour les partisans du SNP. Berneby n'en revient pas. "Nous allons écrire l'histoire ! Avec le nombre de députés qu'on envoie à Londres, ils ne pourront plus nous ignorer et ils vont entendre notre rejet des deux partis qui ont toujours été au pouvoir." Corrinna est "plus excitée que jamais". "Je crois aux gens et j'aime mon pays. Avec les indépendantistes, nous ne sommes pas contre les autres Britanniques, mais pour le meilleur pour tous", dit-elle, un sourire aux lèvres. "C'est peut-être naïf, mais j'y crois." 

Corrinna, électrice du SNP, le 7 mai à Edimbourg.  (VINCENT DANIEL / FRANCETV INFO)

Edimbourg part se coucher sereinement

A 22 heures, les bureaux de vote ferment. Commence alors un long processus, les urnes sont toutes envoyées à l'Edinburgh International Conference. Un centre qui va compter les voix et les dépouiller tout au long de la nuit. Le SNP va engranger les victoires une à une. Pour les militants indépendantistes, déployés dans toute la ville, il est temps de rentrer se réchauffer, malgré la promesse d'une victoire historique. "On ne fête pas les estimations ici, on fête les résultats définitifs", sourit Craig, déjà certain du triomphe du SNP. 

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