La fiscalité de chaque côté de la Manche

A la tête de la 7e économie mondiale en 2012, David Cameron a raillé la politique fiscale de la France, le 18 juin 2012, en marge du G20 qui se tenait au Mexique. Pour autant, est-ce que le système fiscal britannique diffère tant que cela du nôtre ?

Une passe d\'armes entre le Premier ministre britannique et le président français sur la fiscalité a eu lieu en marge du G20 de Los Cabos, au Mexique, le 18 juin 2012.
Une passe d'armes entre le Premier ministre britannique et le président français sur la fiscalité a eu lieu en marge du G20 de Los Cabos, au Mexique, le 18 juin 2012. (AFP/Carl Court/Martin Bureau)

«Quand la France instituera un taux de 75% pour la tranche supérieure de l'impôt sur le revenu, nous déroulerons le tapis rouge, et nous accueillerons plus d'entreprises françaises, qui paieront leurs impôts au Royaume-Uni», a déclaré le tonitruant Premier ministre britannique conservateur.

David Cameron visait le projet du président français d’instaurer un taux d'imposition de 75% aux contribuables dont les revenus annuels dépassent le million d'euros. Réponse de François Hollande : «Chacun doit être responsable de ce qu'il dit, je le suis. Dans un moment  où la cohésion des Européens doit être forte, je ne ferai rien qui puisse  l'ébrécher.» Dont acte.

Au Royaume-Uni, où le statut des contribuables aisés, voire très aisés, leur est favorable – l’argent gagné à l’étranger n’est pas pris en compte dans le calcul de l’impôt –, les ultra-riches sont nombreux à avoir plébiscité Londres comme port d’attache. Même si l'évasion fiscale est aujourd'hui au centre des préoccupations du ministère des Finances britannique.

Un bras de mer et deux systèmes différents
Dans le cadre de l’impôt individuel en France, si on ajoute la CSG (impôt destiné à financer la Sécurité sociale) au taux marginal d’imposition (correspond au taux appliqué à la dernière tranche du revenu), le taux de prélèvement s’établit à 46,7%. En Grande-Bretagne, il est passé de 50 à 45% pour les plus aisés depuis 2010 et l’arrivée au pouvoir des conservateurs.

Si les sociétés britanniques sont imposées à 24% (23% en 2014, voire 20% dans un futur proche), les entreprises hexagonales le sont à 33,33% et les recettes de l’impôt sur les sociétés françaises ont représenté 1,4% du PIB en 2009 (source OCDE), contre 2,75% au Royaume-Uni.

Une différence notable qui provient des abattements et niches fiscales dont bénéficient les entreprises basées en France.

 

Le FMI appelle la Grande Bretagne à prendre des mesures pour relancer la croissance

euronews, le 22 mai 2012

 

Le territoire français reste relativement attractif
Les charges sociales sont plus lourdes en France où elles totalisaient, en 2009, 16,7% du PIB contre 6,8% au Royaume-Uni.

Selon le baromètre annuel d'Ernst & Young, la France a accueilli, en 2011, 540 projets d'investissements étrangers, ce qui a généré 13.164 créations de postes (12% de moins qu'en 2010), contre 679 au Royaume-Uni pour 30.400 créations.

Dans l’Hexagone, 59% des projets sont de nouvelles implantations, au Royaume-Uni, elles représentent près des trois quarts des projets.

A noter toutefois qu’en France, 70% des investisseurs ne regrettent pas leur implantation sur le territoire français qui bénéficie, entre autres, d’une situation géographique attractive, d’infrastructures de qualité et d’une main-d’œuvre qualifiée... même si elle n'est plus la 2e terre d'accueil pour les investissements étrangers.

Cameron, le provocateur
Les propos de David Cameron relèvent largement de la provocation. Et, en la matière, il n'en est pas à son coup d’essai : il avait fait une remarque similaire en janvier 2012, quand Nicolas Sarkozy était encore chef de l’Etat.

Pour moquer le projet d'instauration d'une taxe sur les transactions financières préconisé par le prédécesseur de François Hollande, il avait déclaré : «Dans l'esprit de saine concurrence avec la France, si celle-ci veut une taxe sur les transactions financières, et bien la porte sera ouverte, et nous serons en mesure d'accueillir beaucoup plus de banques françaises, d'affaires et autres, au Royaume-Uni...»