Bachar al-Assad pratique "la politique de la terre brûlée" dans la Ghouta orientale

Jean-Sylvestre Mongrenier, chercheur en géopolitique à l'institut Thomas Moore, est revenu mercredi sur franceinfo sur les bombardements du régime de Bachar al-Assad qui frappent la Ghouta orientale en Syrie depuis plusieurs jours.

Un bombardement à Harasta dans la Ghouta orientale en Syrie, le 21 février 2018.
Un bombardement à Harasta dans la Ghouta orientale en Syrie, le 21 février 2018. (STRINGER / AFP)
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Emmanuel Macron demande mercredi 21 février "une trêve dans les meilleurs délais" dans la région de la Goutha orientale, une zone rebelle syrienne proche de la capitale Damas. Depuis cinq jours, les bombardements du régime de Bachar al-Assad ont fait sur place plus de trois cents morts, et les hôpitaux sont particulièrement visés. Jean-Sylvvestre Mongrenier, chercheur en géopolitique à l'Institut Thomas Moore, a estimé mercredi sur franceinfo que Bachar al-Assad et ses alliés pratiquent "la politique de la terre brûlée".

franceinfo : Pourquoi cette région est-elle particulièrement visée par le régime de Damas ?

Jean-Sylvvestre Mongrenier : Bachar al-Assad a la volonté de reprendre le contrôle de la totalité du territoire syrien. Il est loin du compte puisqu'il contrôle la moitié du territoire et de la population. On parle souvent de victoire totale grâce à la Russie, mais on est loin du compte. Avec ses soutiens russes et iraniens, il procède à la tactique du salami : il y a un certain nombre de désescalades ou de cessez-le feu qui ont été négociés début 2017. Progressivement, tranche après tranche, le régime s'attaque à ces zones à nouveau. Il y a la volonté de reprendre cette région qui est irriguée et cultivée autour de Damas. Depuis la fin 2017, il y a également une opération qui a été lancée sur Idlib, une région qui se trouve au nord-ouest.

Qui sont les rebelles qui occupent cette région de la Goutha ?

Pour justifier ces bombardements, Bachar al-Assad et Vladimir Poutine insistent sur le fait qu'il y a des jihadistes. Le fait est qu'il y a le groupe Tahrir al-Cham, c'est l'ancien front Al Nosra affilié à Al-Qaïda, mais ils sont minoritaires. Il y a des résidus de ce qu'on appelait l'Armée syrienne libre, avec différents groupes insurgés. Ce n'est pas une zone tenue dans son ensemble par des jihadistes.

On a le sentiment que la guerre menée à Daech et l'opposition à Bachar al-Assad ont laissé place à une multitude de petits conflits régionaux. C'est le cas ?

Depuis le départ, on a plusieurs guerres qui se superposent. Ce ne sont pas des petits conflits régionaux. Il se trouve que dans les représentations occidentales, ce qui l'a emporté c'est la lutte contre l'État Islamique. Aujourd'hui, l'effet écran se dissipe avec la résorption de l'État Islamique et on a les autres dimensions de cette guerre en Syrie qui prend le dessus : le conflit entre Kurdes et Turques, ou entre l'Iran et Israël. Et il y a une dizaine de jours, les forces de Damas et des mercenaires russes ont cherché à franchir l'Euphrate, et à s'attaquer aux groupes arabo-kurdes soutenus par les Occidentaux.

La Russie appelle à une réunion du conseil de sécurité de l'ONU : est-ce pour gagner du temps ?

Oui, on a eu ça à Alep aussi. De temps en temps on avait une brève suspension, qui servait à gagner du temps vis-à-vis de l'opinion publique internationale. Damas, la Russie et l'Iran pratiquent une politique de la terre brûlée. Ils s'attaquent systématiquement aux infrastructures civiles comme ils l'avaient fait à Alep. Sergueï Lavrov [ministre des Affaires étrangères russe] a lui-même fait le parallèle entre Alep et la Goutha.