Chute de Baghouz : "C'est la fin du califat physique, mais pas celle du califat tout court"

Le chercheur à l'Institut d'analyse stratégique appelle à se méfier de la fin "territoriale" du groupe État islamique en Syrie. Celui-ci est "d'abord une idéologie, qui risque de survivre".

Les environs de Baghouz, dernier bastion du groupe Etat islamique en Syrie, le 18 mars 2019.
Les environs de Baghouz, dernier bastion du groupe Etat islamique en Syrie, le 18 mars 2019. (GIUSEPPE CACACE / AFP)

Les Forces démocratiques syriennes (FDS) ont annoncé samedi 23 mars la fin de l'État islamique en Syrie. Mais, pour David Rigoulet-Roze, rédacteur en chef de la revue Orients Stratégiques et chercheur à l'Institut d'analyse stratégique, il faut malgré tout faire attention à "une forme d'euphorie", car l'Etat islamique "est d'abord une idéologie".

franceinfo : La perte de Baghouz signifie-t-elle la fin du califat en Syrie ?

David Rigoulet-Roze : Cela signe la fin du califat physique, c'est-à-dire sa traduction territoriale. Mais c'est loin d'être la fin du califat tout court, parce que le califat, c'est d'abord une idéologie qui risque de survivre. (...) Il y a une forme d'euphorie qui n'est pas de mise. D'ailleurs, la ministre des Armées Florence Parly disait que c'était une étape sans doute importante mais que tout n'était pas terminé, loin de là.

Cela pourrait être utilisé par l'Etat islamique comme le début de quelque chose d'autre, un renouveau et non pas un échec ?

Oui, et d'ailleurs, les femmes qui sortaient du réduit de Baghouz ces dernières semaines considéraient que le califat demeurera, que c'était une épreuve à traverser mais qu'en réalité ce n'était qu'une étape sur un long chemin. Le calendrier et la perspective ne sont pas les mêmes du côté des Occidentaux et du côté des adeptes du califat, c'est tout le problème. D'ailleurs, il a même entamé sa mue parce qu'aujourd'hui, il est retourné au désert, d'une certaine manière. C'est redevenu une organisation clandestine, comme c'était le cas avant 2014 et donc le problème est loin d'être résolu.

En Irak, pays voisin de la Syrie, où l'État islamique est censé avoir été battu en 2017, des sources disent que l'organisation continue d'être vivace. Quelles sont vos informations ?

Oui, il y a une multiplication d'attentats, dans la vallée de l'Euphrate et de part et d'autre de la frontière syro-irakienne. Un rapport du Pentagone, fin décembre, faisait état de cette situation, disant que l'État islamique était en train de se rétablir en Irak et que même en Syrie, en l'absence de pressions maintenues, il était susceptible de reprendre vie d'ici 6 à 12 mois. C'est dire si l'enjeu est considérable. Ce à quoi on assiste aujourd'hui, ce n'est pas une capitulation de l'État islamique en tel que telle. En fait, c'est un calcul stratégique et il y a, d'ailleurs, une instrumentalisation des déplacés dans les camps qui vont devenir un problème majeur.