Etat islamique : pourquoi le mystère plane sur Abou Ibrahim Al-Hachimi Al-Kourachi, le successeur d'Al-Baghdadi

L'organisation terroriste a confirmé jeudi la mort de son chef Abou Bakr Al-Baghdadi et a nommé son successeur, en menaçant les Etats-Unis de représailles.

Les ruines de la maison où se trouvait Abou Bakr Al-Baghdadi lors de l\'opération américaine qui a entraîné sa mort, le 28 octobre 2019 près d\'Idlib (Syrie).
Les ruines de la maison où se trouvait Abou Bakr Al-Baghdadi lors de l'opération américaine qui a entraîné sa mort, le 28 octobre 2019 près d'Idlib (Syrie). (AHMET WEYS / ANADOLU AGENCY / AFP)

Il est devenu calife à la place du calife. Après la mort d'Abou Bakr Al-Baghdadi, confirmé jeudi 31 octobre par le groupe Etat islamique (EI), Abou Ibrahim Al-Hachimi Al-Kourachi a été nommé à la têté de l'organisation jihadiste. Ce nom, qui aurait été recommandé par Al-Baghdadi lui-même, avait rarement été mentionné parmi les potentiels successeurs de Al-Baghdadi, dont la mort a été annoncée à de multiples reprises ces dernières années. L'un des successeurs potentiels, Abou Al-Hassan Al-Mouhajir, avait été tué par les Etats-Unis peu après la mort d'Al-Baghdadi.

Peu de détails biographiques ont filtré sur ce nouveau numéro un de l'EI. "Ce nom ne me dit rien, mais il faut savoir qu'en général, lorsqu'un responsable de l'Etat islamique arrive à une nouvelle fonction, il change de pseudonyme, probablement pour ne pas être reconnu plus rapidement par les services de renseignement", explique à franceinfo Romain Caillet, chercheur et consultant sur les questions islamistes. "Personne, et je dis bien personne en dehors d'un tout petit cercle à l'intérieur de l'Etat islamique, n'a une idée de qui est Abou Ibrahim Al-Hachimi Al-Kourachi", résume Paul Cruickshank, analyste au Centre de lutte contre le terrorisme (CTC) Sentinel.

Un lien revendiqué avec le prophète

Spécialiste du groupe jihadiste, la journaliste américaine Rukmini Callimachi ironise sur Twitter : "L'EI a un nouveau calife et nous ne savons pas à quoi il ressemble, quel est le son de sa voix, d'où il vient... Bref, pas grand-chose à part son titre." Hicham Al-Hachemi, un expert irakien de l'EI interrogé par l'AFP, croit cependant savoir que l'homme est "le principal juge de l'EI et qu'il dirige l'autorité de la charia (loi islamique)".

La dernière partie de son nom, Al-Kourachi, indique qu'il revendique un lien familial avec le prophète Mahomet, qui appartenait à la tribu des Quraysh. Pour l'Etat islamique, ce lien est un prérequis pour être nommé calife. "L'Etat islamique prétend être un califat, et dans le sunnisme, le calife doit être un descendant du prophète", explique le chercheur Romain Caillet.

Le nouvel homme fort de l'EI hérite d'un mouvement jihadiste qui a dû, après la chute de son "califat" en mars et d'autres défaites militaires, se dissoudre en une multitude de cellules clandestines en Syrie et en Irak, avec des communications difficiles dans des pays en plein chaos. Il pourrait être amené à commander quelque 14 000 combattants dispersés en Syrie et en Irak et se rapprocher du chef actuel d'Al-Qaïda, l'Egyptien Ayman Al-Zawahiri, a affirmé mercredi Russ Travers, directeur par intérim du National Counterterrorism Center, l'organisme qui supervise la lutte antiterroriste aux Etats-Unis.