Mort de Shireen Abu Akleh : "La justice sera rendue quand le soldat israélien qui l'a abattue sera incarcéré", affirme sa nièce

La journaliste star de la chaîne Al Jazeera a été tuée par balle le 11 mai dernier. Il y a un mois, l'armée israélienne a reconnu que l'un de ses soldats a bien tiré en direction de Shireen Abu Akleh en se méprenant sur son identité.

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Radio France
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"La justice sera rendue quand le soldat israélien qui a abattu Shireen sera tenu pour responsable et incarcéré", a déclaré sur franceinfo mercredi 5 octobre Lina Abu Akleh, sa nièce actuellement en France. Elle sera présente à Bayeux pour le grand prix des correspondants de guerre où un hommage sera rendu à Shireen Abu Akley, mais aussi au journaliste français Frédéric Leclerc-Imhoff, mort en Ukraine.

franceinfo : Quels souvenirs gardez-vous de Shireen Abu Akleh votre tante ?

Lina Abu AklehIl y a des souvenirs très nombreux que je voudrais partager à propos de ma tante avec qui j'ai passé des moments privilégiés en vacances notamment. Le souvenir que j'ai d'elle, c'est sa présence dans ma vie, entendre sa voix à la télévision. Il y a des moments dont je me souviendrai toujours, ceux que nous avons passés ensemble à Noël notamment. Elle sera absente cette année, je me dis que ce sera un moment particulièrement dur.

C'est une voix qui résonne aujourd'hui encore même après sa mort ?

Oui bien sûr, d'autant qu'aujourd'hui encore on parle beaucoup d'elle. Je me suis rendue dans de nombreuses cérémonies de remises de prix, dans le monde arabe, aux États-Unis ou encore en France pour le prix Bayeux. Pour moi c'est une sorte d'héritage de son travail que je perpétue, c'est une manière de célébrer son professionnalisme. La voix de Shireen on l'entend encore parce qu'elle est très forte, pas simplement en Palestine et dans le monde arabe mais partout dans le monde. Sa voix a bouleversé le monde et la façon brutale dont elle a été tuée a provoqué un choc.

C'est à Jénine le 11 mai dernier qu'elle est morte. Les autorités israéliennes dans leur version officielle parlent de tirs venus probablement d'un soldat israélien mais accidentels. Que pensez-vous de cette version ?

La conclusion c'est que c'est un soldat israélien qui a tiré sur Shireen et qui l'a abattue. Nous avons de nombreuses organisations, des organes de presse, le New York Times, le Washington Post, les organismes de défense des droits humains, tous disent que Shireen a été abattue par un soldat israélien et que c'était intentionnel, un tir délibéré. Elle portait un gilet avec le mot 'Presse' écrit dessus clairement sur sa poitrine et dans son dos. Elle et son collègue se sont identifiés auprès des forces armées israéliennes. Shireen a été abattue, son collègue a été blessé. Il y a eu 16 tirs qui ont été déclenchés dans le haut du corps. Ce n'est pas la première fois que Shireen a été visée. Ce sont des tirs intentionnels visant à tuer.

Quand est-ce que vous considérez que justice sera rendue ?

La justice sera rendue quand le soldat israélien qui a abattu Shireen sera tenu pour responsable et incarcéré, quand la chaîne de commandement sera rendue responsable parce qu'il y a des ordres qui ont été donnés. L'armée israélienne est le système qui continue à perpétrer ce genre de violences. Les États-Unis doivent tenir pour responsable le gouvernement israélien parce que Shireen était également américaine.

Au département d'Etat on parle aussi d'un tir accidentel ?

Les responsables des Affaires étrangères aux États-Unis ont tenu des propos décevants, honteux. Ils ont suivi le récit des Israéliens pour blanchir ce crime, le balayer sous le tapis. Nous allons continuer à exercer la pression sur l'administration israélienne pour que soit menée une enquête pour que le gouvernement israélien soit tenu pour responsable.

Lors des funérailes de Shireen Abu Akley, il y a eu une intervention violente de la part de la police israélienne. Est-ce que cela reste un souvenir douloureux ?

Bien sûr, ce qui s'est passé, aux funérailles, c'était traumatisant et jusqu'au jour d'aujourd'hui, je souffre de cette expérience. Ces funérailles ont fait l'objet d'une attaque barbare. La police israélienne s'en est prise aux gens qui étaient là, à notre famille. Ils avaient des matraques, des armes. L'hôpital où ça s'est tenu c'est une propriété française et jusqu'à présent, aucune action n'a été entreprise par le gouvernement français pour pointer les responsabilités israéliennes. Le verre qui entourait le cercueil de Shireen a été brisé, ces morceaux de verre je les ressens comme s'ils m'avaient transpercée. Shireen doit pouvoir reposer en paix. Elle n'a pas été tuée une fois, mais elle a été tuée deux fois, à Jénine puis à Jérusalem lors des funérailles.

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