Réfugiés syriens à Gaza, leur dernière escale est une prison à ciel ouvert

Aux premières heures de la guerre civile, des centaines de Syriens ont trouvé refuge dans la bande de Gaza. Ce qui ne devait être qu’une étape vers l’Egypte s’est transformé en un cul-de-sac humanitaire sans horizon.

Les réfugiés syriens de Gaza continuent à regarder de loin le conflit s’enliser dans leur pays d’origine, sans vraiment d’espoir d’y retourner un jour.
Les réfugiés syriens de Gaza continuent à regarder de loin le conflit s’enliser dans leur pays d’origine, sans vraiment d’espoir d’y retourner un jour. (MOHAMMED ABED / AFP)

Ils sont originaires d’Alep ou de Yarmouk et ont fui la guerre pour se réfugier à Gaza. Aux premières heures de la guerre civile, des centaines de Syriens ont rejoint illégalement l’enclave palestinienne, sous blocus depuis 10 ans. Cette prison à ciel ouvert est désormais leur dernière escale, faute de porte de sortie : les galeries souterraines reliant Gaza à l’Egypte ont été détruites après la guerre de l’été 2014. Les réfugiés se retrouvent enfermés dans ce territoire en proie à une grave crise humanitaire, sans espoir ni envie d’en partir.

La boutade Gaza a pris un goût amer

Parmi eux, Anas Qaterji s’active aux fourneaux de son petit restaurant de spécialités syriennes situé au sud de Gaza City. L’homme jongle avec les ustensiles, les ingrédients et les épices. "Je suis en train de préparer du taboulet façon Alep : que des bonnes choses !", lâche-t-il dans un éclat de rire sonore. Gaza, il y a encore quatre ans, n’était pas autre chose qu’une boutade pour Anas et ses amis, lorsqu’ils étaient sous les bombes à Alep. "Un jour, je leur ai dit, 'Je vais partir'. Mes amis m’ont demandé 'Où ?' Je leur ai répondu 'A Gaza !', parce que c’était pour moi le pire endroit du monde. Et Dieu m’a entendu."

Sans un sou en poche, le jeune homme s’est d’abord réfugié en Egypte. Puis lorsqu’on lui a proposé un travail à Gaza. Il a emprunté un tunnel de contrebande. Il n’en connaitra jamais le sens retour : depuis, la plupart des galeries clandestines ont été détruites. Des dizaines de familles syriennes sont ainsi passées d’une guerre à l’autre.

Prison sans électricité ni frontières

"Quand nous sommes arrivés, c’était calme. Ensuite nous avons connu deux guerres. Les gens disaient que c’était normal. Pour moi ça ne l’était pas. Puis ça l’est devenu…", raconte Khatiba Hale, qui a fui Yarmouk en compagnie de son mari et de ses six enfants. Son regard doux cache une volonté de fer : la quadragénaire a elle aussi ouvert un restaurant pour faire vivre sa famille dans cette "prison" à ciel ouvert. "Où trouver une meilleure prison ? Ici il n’y a pas de frontières, si c’était le cas, je me sentirais davantage en sécurité… Il n’y a pas d’électricité non plus. On est bloqués", soupire-t-elle.

Le conflit s'enlise et dissout les derniers espoirs de retour

Sous blocus depuis 10 ans, la bande de Gaza est en proie à une crise humanitaire et énergétique sans précédent. Mais Anas Qaterji n’envie rien au sort des centaines de milliers de réfugiés qui ont pris la mer pour rejoindre l’Europe. "Ici j’ai une bonne situation, relativise-t-il. J’ai un commerce, un foyer. Cette région est sans espoir, mais l’idée d’attendre une allocation dans un centre d’accueil sans pouvoir travailler m’est insupportable." Autour de lui, comme lui, les réfugiés syriens de Gaza continuent à regarder de loin le conflit s’enliser dans leur pays d’origine, sans vraiment d’espoir d’y retourner un jour.