Après les législatives, une Italie ingouvernable ?

La perspective de nouvelles élections est déjà évoquée. Silvio Berlusconi a indiqué qu'il était ouvert à la possibilité d'un accord avec le centre gauche.

L\'ancien Premier ministre, Silvio Berlusconi, dépose son vote dans l\'urne, le 24 février 2013, à Milan (Italie).
L'ancien Premier ministre, Silvio Berlusconi, dépose son vote dans l'urne, le 24 février 2013, à Milan (Italie). (OLIVIER MORIN / AFP)

Bataille de calculettes après les législatives en Italie. La coalition de gauche emmenée par Pier Luigi Bersani a remporté la majorité des sièges à la Chambre des députés, selon des chiffres du ministère de l'Intérieur communiqués dans la nuit du lundi 25 au mardi 26 février. Ils portent sur plus de 99,9% des bureaux de vote. Sa coalition a également remporté le plus de voix au Sénat, mais pas la majorité des sièges.

En vertu de règles électorales différentes, c'est la coalition de droite de Silvio Berlusconi qui empocherait le plus de sièges au Sénat. En conséquence, l'ancien président du Conseil a indiqué, mardi, qu'il était ouvert à la possibilité d'un accord avec le centre gauche à la Chambre des députés, mais pas au Sénat. "L'Italie ne peut pas être laissée sans gouvernement, nous devons réfléchir", a déclaré Silvio Berlusconi dans une interview télévisée. Pourtant, faute de majorité, le spectre d'un nouveau vote se profile. 

La gauche remporte la majorité à la Chambre des députés

Selon les chiffres du ministère de l'Intérieur, la coalition de gauche a gagné 29,55% des voix contre 29,18% à la coalition de droite de Silvio Berlusconi. Toutefois, grâce à la loi électorale, la coalition de gauche empoche 340 des 630 sièges à la chambre basse, même avec ce faible écart. 

La projection de la Rai place le Mouvement 5 étoiles (M5S) de l'humoriste Beppe Grillo en troisième position, avec 25,9% des voix à la Chambre des députés. La coalition centriste du chef du gouvernement sortant, Mario Monti, se retrouve, elle, en quatrième position, avec 10,8%. 

Pier Luigi Bersani, le candidat du Parti démocrate italien, donne un discours le 22 février 2013 à Rome (Italie). 
Pier Luigi Bersani, le candidat du Parti démocrate italien, donne un discours le 22 février 2013 à Rome (Italie).  (FRANCO ORIGLIA / GETTY IMAGES)

La droite bien partie pour gagner le Sénat

Au Sénat, selon les premiers chiffres du ministère de l'Intérieur, la gauche remporte 97 sièges avec 31,63% des voix contre 110 à la droite même si celle-ci n'obtient que 30,71% des voix. Car une victoire en voix ne se traduit pas automatiquement par la majorité absolue des sièges, fixée à 158 sièges. Le système électoral concernant le Sénat accorde en effet une prime de majorité par région. Par exemple, les résultats de la Lombardie, région la plus riche et la plus peuplée, pèseront très lourds dans la balance. 

Ainsi, le quotidien La Repubblica donne à la droite 117 sièges contre 120 à la gauche et Il Corriere della Sera 116 sièges à la droite contre 113 à la gauche. Mais en tout état de cause, le Sénat ne disposera pas d'une majorité claire, aucune coalition n'ayant un nombre de sièges suffisant.

Si Silvio Berlusconi a indiqué mardi qu'il était ouvert à la possibilité d'un accord avec le centre gauche à la Chambre des députés, il ne veut pas d'un tel accord au Sénat. L'ancien président du Conseil, qui accomplit un surprenant retour en politique, a par ailleurs écarté l'idée d'une alliance avec les centristes de Mario Monti, chef du gouvernement sortant.

L'humoriste Beppe Grillo, seul grand vainqueur

Quelle que soit l'issue finale du scrutin, l'humoriste Beppe Grillo peut se targuer d'être le grand vainqueur de ces élections.  Lancé par Beppe Grillo en 2009, le M5S participait à ses premières élections législatives et ses cadres n'ont qu'une expérience très limitée de la vie politique.

Beppe Grillo, leader du Mouvement 5 étoiles, lors d\'un meeting à Turin (Italie), le 16 février 2013.
Beppe Grillo, leader du Mouvement 5 étoiles, lors d'un meeting à Turin (Italie), le 16 février 2013. (GIORGIO PEROTTINO / REUTERS )

Catalyseur du malaise social dans un pays en pleine récession économique (-2,2% en 2012), il a pris des voix aussi bien à la droite qu'à la gauche avec un programme jugé "populiste" par ses adversaires : fin du financement public des partis politiques, revenu minimum de 1 000 euros et référendum sur l'euro.

Vers un nouveau vote ?

"Un vote choc qui nous donne un Parlement bloqué", titre Le Corriere della Sera. En l'absence d'alliance avec le parti de Beppe Grillo au Sénat, aucune force ne pourra remporter de majorité au Sénat, rendant le pays difficilement gouvernable. Face à l'hypothèse d'un blocage institutionnel, un haut responsable du centre gauche a déjà évoqué lundi un nouveau vote. "Le scénario qui se dessine à partir des projections dont nous disposons pour l'instant laisse penser qu'il n'y aura pas de gouvernement stable et que nous devrons revoter", a déclaré lundi à la Rai Stefano Fassina, porte-parole du Parti démocrate pour les questions économiques. "C'est sûr que s'il y a une majorité à la Chambre et une autre au Sénat, il n'y a pas de gouvernement."

Avant cela, le nouveau Parlement va devoir élire un président pour chaque chambre et désigner un gouvernement. Surtout, les parlementaires vont devoir former une majorité des deux-tiers pour élire un nouveau président de la République. Les prochains jours s'annoncent mouvementés.