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Grèce : le bras de fer entre la troïka et le gouvernement Tsipras en quatre actes

L'iconoclaste ministre grec des Finances a répété vendredi son intention de ne plus vouloir "collaborer" avec la troïka. Angela Merkel a répliqué samedi.

Article rédigé par franceinfo avec AFP
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Le ministre des Finances grec Yanis Varoufakis lors d'une conférence de presse avec le patron de l'Eurogroupe, vendredi 30 janvier 2015 à Athènes (Grèce). (WASSILIOS ASWESTOPOULOS / NURPHOTO / AFP)

En portant Alexis Tsipras au pouvoir, les Grecs ont exprimé un vif ras-le-bol envers les politiques d'austérité mises en place depuis 2010 à la demande de la troïka (Banque centrale européenne, Union européenne, FMI).

Sitôt installé au pouvoir, le nouveau Premier ministre n'a pas tardé à mettre en place un bras de fer tendu avec ses créanciers, dans le but de renégocier une partie de la dette grecque. Francetv info vous dit tout ce qu'il faut savoir sur ces négociations qui pourraient s'avérer décisives pour l'avenir du pays dans la zone euro.

Acte 1 : Prise à la gorge, Athènes renvoie la troïka dans les cordes

A peine investi, Yanis Varoufakis est monté au front. Vendredi, à l'occasion d'une conférence de presse organisée à Athènes avec le patron de la zone euro Jeroen Dijsselbloem, l'iconoclaste ministre grec des Finances a répété son intention de ne plus vouloir "collaborer" avec la troïka. La Grèce veut bien avoir "la plus grande coopération avec les institutions", comme l'UE, la BCE ou le FMI, a indiqué Varoufakis, mais elle n'a plus "l'intention de collaborer" avec ce qu'il a appelé "une délégation tripartite, anti-européenne, construite sur une base branlante".

Fin février, les créanciers du pays doivent décider si la Grèce a fait suffisamment de réformes pour mériter les sept derniers milliards du plan d'aide de l'UE. Mais Athènes n'entend pas solliciter cette extension de l'aide européenne. Il n'y aurait pas de logique à "critiquer le programme tout en demandant son extension", a indiqué Varoufakis.

Une déclaration d'autant plus osée qu'il y aurait moins de deux milliards d'euros dans les caisses de l'Etat grec... qui auront disparu fin février. 

Acte 2 : Merkel exclut une réduction de la dette grecque

Au cours de cette conférence de presse commune avec Varoufakis, le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, est apparu très crispé, ne pouvant que rappeler "qu'ignorer les accords n'est pas le bon chemin à prendre". La poignée de main entre les deux hommes a été pour le moins glaciale.

Angela Merkel, cible privilégiée d'Alexis Tsipras durant la campagne, a martelé le même message samedi. Dans un entretien accordé au Hamburger Abendblatt, la chancelière allemande, dont le pays est le premier à supporter le poids de la dette grecque, a exclu un "nouvel effacement" de la dette d'Athènes.

"Il y a déjà eu un renoncement volontaire des créanciers privés, les banques ont déjà renoncé à des milliards de créances sur la Grèce", a justifié la dirigeante. "Je ne vois pas de nouvel effacement de la dette", a ajouté Mme Merkel.

Acte 3 : Tsipras se dit ouvert au compromis

Dans la foulée, Alexis Tsipras a essayé de calmer le jeu. Dans un communiqué diffusé à l'agence Bloomberg, le premier ministre grec a cherché à rassurer ses partenaires européens : "Personne ne veut de conflit et nous n'avons jamais eu l'intention d'agir de manière unilatérale concernant notre dette".

Dans une interview au Spiegel (en allemand), le ministre des finances grec évoque quant à lui une solution alternative au non-remboursement de la dette : un étalement de ce dernier en fonction du taux de croissance du pays. "Pour le moment, nous consacrons environ 5% de notre produit intérieur brut au paiement des intérêts de la dette. Ce serait mieux si nous lions le remboursement à la croissance: si la croissance est élevée, nous payons davantage, si elle est faible, nous payons moins", a détaillé Yanis Varoufakis.

Acte 4 : Tsipras à Paris et à Rome pour trouver des alliés

Pour prendre le dessus dans ces négociations déjà houleuses, Aléxis Tsípras entamera en début de semaine prochaine une tournée européenne, en passant par Rome et Paris. Le but : trouver "un New deal européen", selon les mots employés mercredi par Varoufakis. Les deux hommes forts grecs souhaitent convaincre certains pays de se mettre ensemble contre l'orthodoxie budgétaire défendue notamment par l'Allemagne.

Dans ce contexte plus qu'incertain, la Bourse d'Athènes a rechuté à -1,59%, vendredi. L'obligation grecque, elle, a fait un bond à plus de 11,5%, signe de grande défiance des marchés.

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