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Trois questions sur le libre travail des Roumains et Bulgares au sein de l'UE

A compter du 1er janvier 2014, il suffit à ces ressortissants d'une carte d'identité ou d'un passeport pour occuper un poste au sein des Etats membres. Mais l'afflux de migrants devrait être très limité.

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Au 1er janvier 2014, Roumains et Bulgares peuvent travailler partout dans l'Union européenne. (ODD ANDERSEN / AFP)

Sept ans après l'entrée de leurs pays dans l'Union européenne, Roumains et Bulgares peuvent travailler librement dans l'ensemble des Etats membres, à compter du mercredi 1er janvier, au nom de la libre circulation des personnes. En 2007, la plupart des Etats leur avaient imposé de réclamer un permis de travail pour occuper un métier, contrairement aux autres ressortissants de l'Union.

Une révolution ? Pas tout à fait. Car 17 Etats membres avaient déjà levé ces restrictions. Entre inquiétudes et réalité, francetv info revient sur les principales conséquences de ce changement

1Qu'est-ce qui change ?

Depuis 2004, Roumains et Bulgares étaient confrontés à deux cas de figure. Il y avait les métiers fermés, qui nécessitaient l'obtention d'une carte de séjour et d'une autorisation de travail en préfecture. Et les métiers ouverts, qui ne nécessitaient aucun document particulier. Agriculture, pêche, électricité, santé, bâtiment... Une liste de 291 métiers "en tension" avait été dressée en octobre 1992, pour épouser les besoins de l'économie française (contre 150 en 2008 et 62 en 2007). A compter du 1er janvier 2014, les ressortissants des deux pays pourront désormais prétendre à tous les postes, sur présentation d'une carte d'identité ou d'un passeport. L'article 48 du traité européen prévoit tout de même que le candidat réponde "à des emplois effectivement offerts" dans le pays qui l'accueille. 

2La France va-t-elle accueillir beaucoup d'immigrés ?

"Aujourd'hui, il y 90 000 citoyens de la Bulgarie ou de la Roumanie en France", précise John Clancy, porte-parole de la commission européenne, sur France 2. La France compte par exemple déjà 3 150 médecins roumains, selon l'atlas démographique du Conseil national de l'ordre des médecins (Cnom), publié en juin 2013. Plus largement, les métiers déjà ouverts aux Roumains et aux Bulgares représentaient 72% des offres de Pôle emploi, selon le ministère du Travail. Ces professions ne devraient donc pas connaître d'afflux particulier de travailleurs.

La France fait partie des neuf derniers pays de l'Union à lever ces restrictions. Mais 17 Etats de l'Union avaient déjà sauté le pas, dont l'Italie et la Suède. "On n'a signalé aucun effondrement de l'économie dans ces pays. Ni même de simples difficultés dues aux travailleurs bulgares et roumains", explique Violaine Carrère, chargée d'études pour le Groupe d'information et de soutien des immigrés (Gisti), contactée par le Nouvel observateur

A vrai dire, il est difficile d'évaluer précisément le nombre de candidats au départ. Il faut donc se contenter d'un sondage réalisé par l'institut Alpha research, cité par l'AFP. Entre 3 et 4% des Bulgares majeurs interrogés pourraient migrer dans d'autres pays de l'Union européenne, ce qui représente 200 000 personnes. Parmi eux, les trois quarts ont suivi une formation d'enseignement secondaire et supérieure. Selon plusieurs analystes, la plupart des candidats au départ ont déjà fait leurs valises. "Les plus grandes vagues d’émigration ont eu lieu après la chute du communisme en 1989, puis à la levée du régime des visas en 2001. (...) Une troisième vague a précédé l’adhésion de la Bulgarie et la Roumanie à l’UE en 2007", explique Mila Mantcheva, analyste au Centre d’étude de la démocratie basé à Sofia, interrogée par l'AFP.

Sur le terrain, les candidats ne se pressent pas toujours. Une équipe d'Arte s'est rendue dans une agence spécialisée bulgare, missionnée par de grandes entreprises allemandes pour recruter du personnel qualifié. Mais la conseillère a collecté une centaine de candidatures seulement pour 230 postes à pourvoir. L'émigration est toutefois importante dans ces deux pays. Elle concerne près de trois millions de Roumains et 1 million de Bulgares, selon différentes estimations, souvent à destination de l'Espagne et de l'Italie, qui compte plus d'un million de ressortissants roumains.

3Pourquoi cette nouvelle fait-elle polémique ?

Des travailleurs peu payés, jaloux des salaires occidentaux ? L'image agace Bogdan Mazuru, ambassadeur du pays dans l'Hexagone. "Quand j'entends parler d'un transfert de pauvreté en France, je dis non ! C'est un transfert d'intelligence", a-t-il expliqué sur BFM-TV, en évoquant l'apport des médecins roumains dans les déserts médicaux français. En arrière-plan, il y a aussi la question Rom, communauté très présente dans les deux pays. Le 14 septembre 2013, la présidente du Front national, Marine Le Pen, estimait dans un entretien à La Provence que "ces deux pays seront membres à part entière et les Roms pourront s'installer librement où ils voudront en France".  

Mais le sujet a été encore davantage débattu au Royaume-Uni et de l'Allemagne, pourtant confrontés à une situation économique relativement comparable à celle de la France. Une partie de la presse et des hommes politiques y brandissent la menace d'une "invasion", soulignait le quotidien Romania Libera (en roumain), lundi 30 décembre. Des membres du parti conservateur britannique ont ainsi dénoncé "la vague d'immigrants roumains et bulgares [qui] pèsera sur les services publics". Et en Allemagne, des membres du parti conservateur bavarois ont pointé du doigt un risque accru de "fraude aux prestations sociales".

Un discours rejeté par la secrétaire d'Etat chargée des Migrations, Aydan Özoguz, qui n'accepte pas que ses adversaires fassent "comme si tous les gens en provenance de Bulgarie et de Roumanie étaient pauvres et ne venaient [en Allemagne] que pour percevoir des allocations". Le président bulgare Rossen Plevneliev a lui aussi réagi, lors de ses vœux pour la nouvelle année. "Les citoyens (...) veulent un bon travail, un bon revenu et la justice dans leur patrie, pas s'acheter un aller simple pour quitter la Bulgarie !" Les autorités craignent également que les étudiants bien formés et le personnel qualifié quittent davantage le pays pour toucher des salaires plus élevés.

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