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Serbie: Aleksandar Vucic, vainqueur des élections, dirigeant au passé trouble

Le Parti du progrès (SNS, centre droit) du Premier ministre sortant Aleksandar Vucic a largement remporté les élections législatives anticipées d'après les premiers résultats rendus publics dimanche 24 avril 2016. Cet ancien collaborateur de l'ultranationaliste Slobodan Milosevic va pouvoir mettre en place sa politique pro-européenne, presque sans rencontrer d'opposition.
Article rédigé par Laura Martin
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 2 min
Aleksandar Vucic, Premier ministre sortant, annonce sa victoire aux législatives anticipées le 24 avril 2016 à Belgrade. (Samir Yordamovic / ANADOLU AGENCY)

Après le dépouillement de la quasi-totalité des bulletins de vote, le Premier ministre sortant de la Serbie, Aleksandar Vucic, pouvait déjà fêter sa victoire. Son Parti du progrès (SNS, centre droit) a obtenu 48,25% des voix, très loin devant le Parti socialiste (SPS) avec 11,01%. La politique pro-européenne de Vucic a ainsi reçu l’appui de la population.

Comme le relève la RTBF, ce natif de Belgrade, âgé de 46 ans, n’a pourtant pas toujours été le bienvenu dans l'Union Européenne. Il a même été interdit d’entrer sur le territoire de l’UE durant la guerre en ex-Yougoslavie.

L'ultranationaliste 
Dans les années 90, il a été un précieux soutien du président serbe Slobodan Milosevic, mort en prison en 2006. L'ancien chef d'Etat était jugé depuis 2002 devant le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie pour «génocide et complicité de génocide» et pour avoir planifié «une entreprise criminelle collective» contre la population non Serbe. De 1998 à 2000, Aleksandar Vucic a été en charge de son ministère de l’Information. La BBC indique que, dans l’exécution de ses fonctions, il a sanctionné par des amendes les journalistes qui s’opposaient à Milosevic. Au moment des bombardements de l’OTAN sur Belgrade, il a banni de Serbie les chaînes de télévision étrangères opposées au gouvernement.

Ses prises de position en faveur des leaders serbes ont également suscité la controverse. En 1995, quelques jours après le massacre de Srebrenica, où l’armée de la République serbe de Bosnie a tué 8000 musulmans, il avertissait : «Pour un Serbe tué, nous tuerons cent musulmans.»

Les habitants de Srebrenica n’ont pas oublié ces paroles lorsqu’Aleksandar Vucic s’est rendu aux commémorations du génocide, le 11 juillet 2015. Comme on peut le voir sur cette vidéo, la foule lui lance des pierres et le pousse à quitter la cérémonie, escorté de ses gardes du corps :

Aleksandar Vucic obtient son premier mandat parlementaire en 2003 sous l’étiquette du Parti radical serbe (SRS).

En 2007, il continue de soutenir les dirigeants serbes et assure même au général Ratko Mladic, jugé actuellement pour crimes de guerre par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), que sa maison sera «toujours un asile sûr» pour lui.

L’européen
Mais en 2008, Aleksandar Vucic opère un virage à 180° dans sa carrière politique. Il quitte le Parti radical en crise et rejoint le Parti progressiste. Le 29 septembre 2012, il devient même président du parti.

En véritable repenti, il avoue alors avoir commis des «erreurs politiques». Il va ensuite s’engager pleinement pour l’entrée de la Serbie dans l’Union européenne, ce qui pourrait selon lui assurer l’avenir économique du pays.

En août 2015, il signe un accord avec le Kosovo, dans le secteur de l’énergie et des télécommunications, pour satisfaire la diplomatie européenne.

Aujourd’hui, l’adhésion à l’UE paraît en bonne voie. Aleksandar Vucic va continuer à mener les négociations, fort de son succès aux dernières élections. D’après les premiers résultats du 24 avril 2016, il peut même se passer du Parti socialiste avec qui il formait jusqu’alors une coalition.

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