Réfugiés : le "silence scandaleux" des pays du Golfe fustigé dans le monde arabe

Aucun des Etats de la péninsule arabique n'a mis en place de politique d'accueil des réfugiés. Face à cette inaction, intellectuels et internautes tentent de mobiliser les consciences.

Des Syriens qui ont trouvé refuge depuis un an à Montevideo (Uruguay), le 7 septembre 2015.
Des Syriens qui ont trouvé refuge depuis un an à Montevideo (Uruguay), le 7 septembre 2015. (MATILDE CAMPODONICO / AP / SIPA)

La péninsule arabique fait l'autruche sur la question des migrants. Les six pays membres du Conseil de coopération du Golfe (Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Qatar, Koweït, Oman, Bahreïn) n'ont développé aucune politique d'accueil des réfugiés syriens. S'ils avancent diverses raisons pour justifier cette réticence (aide financière existante, risques démographiques et sécuritaires), ils sont sommés par une partie croissante de la société civile de modifier leur position. 

Un hashtag fédérateur sur Twitter

Après la publication de la photo du petit Aylan, la prise de conscience de l'ampleur de la tragédie a suscité une vague de protestation. Sur Twitter, de nombreux dessins et messages en arabe reprochent aux monarchies du Golfe de ne pas en faire assez, avec le hashtag "Accueillir des réfugiés est une obligation pour le Golfe".

Parmi les images qui circulent, on trouve aussi cette vieille photo présentée comme un afflux de Koweïtiens qui ont trouvé refuge en Syrie, pendant la guerre du Golfe en 1990.

Lors de l'enterrement de sa femme et de ses deux fils, le père du petit Aylan a lui-même directement interpellé ces pays. "Je veux que les gouvernements arabes, et non les pays européens, voient ce qui est arrivé à mes enfants et qu'ils aident les gens", a-t-il clamé. 

"Les consciences sont-elles mortes ?"

Cet appel n'est pas resté lettre morte. Début septembre, des intellectuels arabes ont pris le relais de la contestation. Dans un éditorial publié dimanche par le site d'information koweïtien Al-Aan, le journaliste Zayed Al-Zaïd évoque "la lueur d'espoir" qu'il entrevoit dans "les grandes campagnes de sympathie et de solidarité avec les réfugiés syriens de la part de gouvernements et de peuples de certains pays européens". "Mais cela nous désole et nous interroge sur l'absence de toute réponse officielle d'Etats arabes", ajoute-t-il, en évoquant un "silence scandaleux".

Face au mutisme des autorités, un éminent blogueur émirati, Sultan Al-Qassemi, a appelé les monarchies pétrolières (lien en anglais) à lancer une initiative "morale et responsable" pour accueillir des réfugiés. Certains chefs religieux ont également fait entendre leur voix. C'est le cas de Salman Al-Ouda, cheikh saoudien suivi par plus de 7 millions de personnes sur Twitter.

Dans ce tweet, repéré par Bloomberg (en anglais), il s'insurge : "Dieu, je me plains à toi. Les consciences sont-elles mortes ? Pourquoi des nations aisées comme les pays du Golfe ne font-elles rien pour participer à l’accueil des réfugiés ? #DeuxcentsSyriensmusulmansmortsdanslamer". Un message repris plusieurs milliers de fois.