Témoignage Guerre en Ukraine : un "saboteur" ukrainien explique comment son bataillon agit en Russie

Article rédigé par France Info - Maurine Mercier
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Un train de marchandises a déraillé près de la gare de Snezhestkaya, dans la région de Bryansk, frontalière avec l'Ukraine, le 2 mai 2023. Le déraillement s'est produit en raison d'un "engin explosif" sur les voies, a déclaré le gouverneur local. (INVESTIGATIVE COMMITTEE OF RUSSIA VIA AFP)
En Russie, les actes de sabotage sont de plus en plus nombreux en cette fin mai. Si les autorités ukrainiennes assurent ne pas intervenir sur le territoire russe, des combattants ukrainiens reconnaissent "traverser la frontière".

L’Ukraine mène-t-elle des activités de sabotage en Russie ? À cette question, la réponse de Mykhaïlo Podoliak, l’un des plus proches conseillers du président Zelensky est sans surprise : "L'Ukraine n'intervient pas en Russie. Nous manquons de moyens pour repousser l’armée russe des territoires occupés alors c’est là uniquement que nous nous concentrons". Depuis le début de l’année, les sabotages – explosions, feux, trains qui déraillent – se multiplient en Russie. Une attaque de drones a notamment visé Moscou mardi 30 mai. 

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Si Kiev affirme ne pas mener d’attaque sur le sol russe, Washington a rappelé vendredi 26 mai à l’Ukraine que ses équipements militaires ne doivent pas être utilisés sur le territoire russe pour éviter l’escalade. Dans ce contexte de guerre, il est extrêmement difficile de démêler le vrai du faux. Même si Kiev nie toute intervention en Russie, des groupes de "saboteurs" existent. 

Il y a notamment le bataillon Bratstvo ("bataillon de la fraternité"). Marat est l'un des combattants de ce bataillon, il tente de s’en tenir au discours officiel, mais il finit par lâcher ce qui ressemble – entre les lignes – à un aveu. "Je ne peux malheureusement vous donner aucun détail. Nous n’avons pas le droit de vous en donner. Officiellement, nous n’agissons pas là-bas. Pour ma part, la dernière fois que j’étais officiellement en Russie, c’était en 2005", explique-t-il tout en lâchant un rire nerveux. 

Le chef de ce bataillon de "saboteurs" ukrainiens posent devant les portraits de ces hommes, morts au combat. (MAURINE MERCIER / RADIOFRANCE)

Ces actions impliquent d'immenses risques pour les "saboteurs"

Dmytro Korchynskiy, l'un des leaders du bataillon, ultra croyant, nationaliste, parle plus franchement. Il assure qu'un tiers de ses hommes mène des opérations de sabotage sur le sol russe, des destructions de cibles militaires, des destructions de routes d’approvisionnement et cela implique d'immenses risques pour ses hommes. "Ils traversent la frontière russo-ukrainienne en choisissant les passages en dehors ligne de front, décrit-il. Il y a de nombreuses zones minées. Des détecteurs et des caméras vidéo. Mais avec une bonne préparation de nos renseignements, on arrive à passer"

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Il réplique que ceux qui estiment qu'on peut gagner la guerre sans faire de sabotage côté russe sont des lâches. "Nous allons maintenant essayer d'intensifier nos activités. D'autant plus que les forces armées ukrainiennes lancent une contre-offensive, cela devient encore plus important", indique Dmytro Korchynskiy. Si son bataillon agit en territoire russe, c’est que des cellules russes doivent elles aussi parvenir à pénétrer en Ukraine, d'où la présence à ses côtés de deux gardes du corps. "Je prie Dieu beaucoup plus qu'avant", reconnaît ce chef de bataillon. 

Guerre en Ukraine : avant la contre-offensive, les confidences des "saboteurs" ukrainiens au micro de Maurine Mercier

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