Infographies Guerre en Ukraine : quels sont les pays de l'UE les plus dépendants aux hydrocarbures russes ?

Près de deux tiers du gaz importé en Allemagne viennent de Russie, mais seulement 17% en France. 

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Une centrale électrique à gaz allemande directement reliée aux gazoducs provenant de Russie, à Leuna, le 17 mars 2022. (JAN WOITAS / DPA-ZENTRALBILD / DPA / AFP)

Dans le bras de fer qui se joue sur le front diplomatique entre la Russie et les pays occidentaux, Moscou dispose d'un atout majeur qui lui sert de moyen de pression : le pays de Vladimir Poutine est en effet le deuxième producteur mondial de gaz et pétrole(PDF en anglais), et le premier fournisseur de l'Union européenne en hydrocarbures*. En réponse à l'invasion de l'Ukraine, l'UE a déjà imposé d'importantes sanctions, comme le gel des avoirs de 877 personnes en lien avec le régime russe* ou l'exclusion de plusieurs banques du réseau Swift. Mais certains pays comme les Etats-Unis vont plus loin en imposant un embargo sur les hydrocarbures.

Des voix, comme celle de l'ancien président François Hollande, s'élèvent pour demander à l'Europe d'en faire autant. Mais est-ce envisageable pour les 27 Etats membres ? Quels sont ceux qui sont le plus dépendant du gaz et du pétrole russes ? Réponse en infographies. 

Près de la moitié du gaz importé dans l'UE vient de Russie

A l'échelle de l'Union européenne, c'est 44% du gaz importé qui provient de Russie*. Cela en fait de très loin le premier fournisseur de l'UE, loin devant la Norvège et l'Algérie. Mais ce chiffre global très élevé cache d'importantes disparités selon les pays.

En Europe de l'Ouest, le gaz russe représente moins de 12% des importations au Portugal, en Espagne, en Irlande ou en Belgique. Cette part est un peu plus élevée en France, mais reste limitée à 17% (la Norvège est le premier fournisseur de gaz pour l'Hexagone). En revanche, la plupart des pays à l'est du Rhin importent plus de la moitié de leur gaz de Russie. Moscou fournit ainsi 55% du gaz à la Pologne, 66% à l'Allemagne et presque 100% à la Finlande ou la Hongrie.

"Cette différence est principalement due à la proximité géographique avec la Russie et aux gazoducs permettant d'alimenter ces pays de l'Est de l'Europe" explique à franceinfo Phuc-Vinh Nguyen, spécialiste de la politique énergétique européenne à l'Institut Jacques Delors. Et difficile pour ces pays de changer subitement leur approvisionnement. "L'acheminement de gaz requiert des infrastructures et il est donc difficile de changer de fournisseur rapidement, ajoute-t-il. Si des réserves existent et qu'il est possible, même pour l'Allemagne, de se priver du gaz russe, "cela nécessitera forcément des efforts pour consommer moins, et surtout il faudra permettre l'acheminement de gaz depuis de nouveaux pays et développer d'autres sources d'énergies pour faire face aux hivers suivants".

La Russie fournit un quart du pétrole de l'Union européenne

La Russie est également le premier fournisseur de pétrole et produits pétroliers de l'Union européenne, générant un peu plus de 25% des importations européennes*. Le reste est acheminé depuis les Etats-Unis, le Kazakhstan ou le Nigeria. Comme pour le gaz, il y a une différence notable entre l'est et l'ouest de l'Europe : la Slovaquie, la Bulgarie et la Pologne acheminent respectivement 78%, 76% et 68% de leur pétrole depuis la Russie. En Allemagne, c'est 30% du pétrole qui vient de Moscou. Ce chiffre descend à 13% en France et en Italie, et en dessous de 6% pour l'Espagne et le Portugal.

L'approvisionnement de l'Union européenne en pétrole, plus diversifié que pour le gaz, peut être modifié plus rapidement, comme l'explique Phuc-Vinh Nguyen, mais là encore cela ne serait pas sans conséquence : "Le pétrole est facilement transportable par bateau, et presque tous les pays avec une façade maritime ont les équipements pour recevoir ces pétroliers. Mais se priver du pétrole russe aurait tout de même des répercussions sur les prix de l'essence, qui devraient très vraisemblablement atteindre des niveaux records."

Le régime russe très dépendant de ses exportations vers l'Europe

Si l'Europe est donc très dépendante des hydrocarbures fournis par la Russie, la réciproque est également vraie concernant l'argent généré par ces ventes pour Moscou. En 2021, les hydrocarbures représentaient à eux seuls plus d'un tiers des revenus de l'Etat fédéral russe.

Et c'est bien l'Europe qui achète à la Russie la plus grande partie de son gaz. "Selon les chiffres de Gazprom et de British Petroleum, près de 75% des exportations de gaz russe iraient vers l'Europe. L'Union européenne envoie environ 750 millions d'euros par jour vers la Russie pour se fournir en hydrocarbures, précise Phuc-Vinh Nguyen. La Russie n'a pas les moyens de revendre tout ce gaz à d'autres pays. Donc un embargo serait difficile pour l'Europe, mais il le serait bien plus encore pour la Russie"conclut-il.

* Tous ces liens renvoient vers des articles et des contenus en langue anglaise.

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