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Guerre en Ukraine : la rédactrice en chef du Kyiv Independent décrit "un véritable réseau de salles de torture dans chaque ville ou village libéré"

Olga Rudenko, rédactrice en chef du quotidien ukrainien en ligne Kyiv Independent, était l'invitée du festival Médias en Seine qui se tient à la Maison de la Radio et de la Musique et au siège des Echos-Le Parisien.

Article rédigé par France Info
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Publié Mis à jour
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Une personne marche parmi les débris d'un bâtiment dans la ville de Vilnyansk, dans le sud de la région de Zaporijjia en Ukraine, le 23 novembre 2022. (KATERINA KLOCHKO / AFP)

Les reporters envoyés sur le terrain en Ukraine découvrent "un véritable réseau de salles de tortures", explique la rédactrice en chef du quotidien ukrainien en ligne Kyiv Independent, Olga Rudenko. C'est "la même chose dans chaque ville ou village libéré et on en a conclu que c'était le résultat d'un effort organisé", explique Olga Rudenko, invitée de franceinfo mardi 22 novembre dans le cadre de Médias en Seine, qui se tient à la Maison de la Radio et de la Musique et au siège des Echos-Le Parisien, 

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À Kherson, ville libérée le 11 novembre, "on a plusieurs reporters sur place et les gens leur racontent qu'ils ont été arrêtés au hasard dans la rue, détenus, accusés de renseigner l'armée ukrainienne". Olga Rudenko explique que les habitants ont ensuite été détenus pendant des jours, parfois des semaines, généralement dans les caves de bâtiments administratifs.

"Ils ont été torturés et avec de la chance, ils ont pu en sortir et raconter leur histoire."

Olga Rudenko, rédactrice en chef du Kyiv Independent

à Médias en Seine

Elle assure, en revanche, que les responsables de ces actes de torture ne faisaient pas partie d'une unité spéciale : "Beaucoup de gens à Kherson nous ont raconté que ceux qui les ont torturés venaient de la région occupée de Donetsk." C'étaient "des supplétifs russes ou des collabos travaillant avec les Russes. Ils faisaient partie de ce régime que la Russie a mis en place depuis 2014."

"On se bat pour trouver de l'électricité et du chauffage"

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a averti lundi que des millions de personnes étaient en danger en Ukraine avec l'hiver qui arrive et à cause du manque d'énergie. C'est aussi le ressenti de la rédactrice en chef : "En ce moment, on se bat pour trouver de l'électricité et du chauffage." Elle raconte que certains fonctionnaires de l'énergie prédisent, dans le meilleur des scénarios, que "si les attaques cessaient, nous pourrions passer l'hiver avec de simples coupures de courant."

En revanche, si les attaques se poursuivent, "il se pourrait bien que nous nous retrouvions sans aucun chauffage ni électricité sur la longueur." Elle explique alors que tout le monde se prépare au pire et surtout au sein de sa rédaction. "On fait des réserves de batteries, on prépare des groupes électrogènes", raconte la journaliste.

"Notre bureau, c'est un chaos de batteries de toute sorte que l'on charge dès qu'on a l'électricité. Parce que la plupart du temps, on n'a pas d'électricité en journée au bureau."

Olga Rudenko, rédactrice en chef du Kyiv Independent

à Médias en Seine

Concernant le risque nucléaire à la centrale de Zaporijjia, elle estime que "tant qu'il y aura des forces russes occupant l'endroit, le risque sera là. On peut même envisager un accident non intentionnel." "On a pu faire quelques reportages dans la ville mitoyenne de l'usine, poursuit Olga Rudenko. Il y a des gens qui ont choisi de rester sur place et de faire en sorte que la centrale continue de fonctionner de manière sécurisée. Mais les Russes leur mettent la pression, les menacent. On ne peut pas s'empêcher de penser que si les personnes travaillent dans ces conditions particulièrement stressantes, il pourrait bien se passer quelque chose."

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