Compagnie aérienne interdite, exportations arrêtées, banques punies... On a listé les sanctions contre la Russie après l'invasion de l'Ukraine

Le président américain Joe Biden a assuré que ces mesures de représailles à l'égard de Moscou dépassaient "tout ce qui a jamais été fait". Elles visent à pénaliser à la fois l'économie russe et les oligarques proches de Vladimir Poutine.

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Des manifestants défilent contre l'invasion russe en Ukraine, le 24 février 2022 à Prague (République Tchèque). (MICHAL CIZEK / AFP)

Répondre avec force à Moscou. Des Etats-Unis au Canada, en passant par le Royaume-Uni et l'Union européenne, la communauté internationale a annoncé, jeudi 24 février, de multiples sanctions contre la Russie après l'invasion de l'Ukraine décidée par Vladimir Poutine. Franceinfo fait le point sur les représailles à l'égard de la Russie.

L'Union européenne

Les Vingt-Sept ont approuvé jeudi un nouveau train de sanctions contre la Russie, en réponse à son invasion de l'Ukraine. Ciblant les secteurs de la finance, de l'énergie et des transports, elles doivent avoir des "conséquences massives et sérieuses", selon la déclaration commune des Etats membres. L'objectif est de limiter radicalement l'accès de la Russie aux marchés de capitaux européens.

Ces mesures, décidées "en coordination étroite avec les partenaires et alliés" de l'UE, couvriront également les biens à usage double (à la fois civil et militaire) et la délivrance de visas. L'UE va aussi réduire l'accès de la Russie à des "technologies cruciales", en la privant de composants électroniques et de logiciels et en interdisant l'exportation d'avions, pièces et équipements de l'industrie aéronautique et spatiale, ainsi que des technologies de raffinage pour l'industrie pétrolière.

De nouvelles sanctions contre des personnalités proches de Vladimir Poutine doivent s'ajouter à celles déjà entrées en vigueur mercredi. Elles viseront les individus dans les cercles du pouvoir en gelant entre autres leurs avoirs et en leur interdisant l'accès au sol européen. De plus, la Biélorussie, accusée d'être impliquée dans les opérations russes, sera frappée de sanctions supplémentaires, selon la déclaration commune des Vingt-Sept.

Les Etats-Unis

Le chef de l'Etat américain Joe Biden a annoncé jeudi des sanctions économiques et des restrictions d'exportation vers la Russie. Ces représailles économiques et financières "dépassent tout ce qui a jamais été fait", a soutenu le président des Etats-Unis lors d'une allocution télévisée depuis la Maison Blanche.

Quatre banques russes supplémentaires, dont les deux plus grandes du pays, Sberbank and VTB Bank, vont aussi être sanctionnées et plus de la moitié des importations technologiques de la Russie supprimées, a affirmé l'élu démocrate. "Cela imposera un coût sévère à l'économie russe, à la fois immédiatement et à long terme", a prévenu Joe Biden.

Le président américain a annoncé par ailleurs que plusieurs grandes entreprises russes (13 au total), dont le géant de l'énergie Gazoprom, ne pourraient plus se financer sur le marché financier américain, une sanction qui avait déjà été prise contre le gouvernement russe lui-même. Les exportations de produits technologiques destinés aux secteurs de la défense et de l'aéronautique vers la Russie ont également été réduites.

Les Etats-Unis ont aussi rallongé la liste des oligarques russes sanctionnés, une manière de taper au portefeuille les grandes fortunes proches de Vladimir Poutine, friandes d'investissements et de dépenses extravagantes à l'étranger. Washington va aussi sanctionner 24 personnes et organisations biélorusses, accusées d'avoir soutenu et aidé l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Le président américain a aussi été interrogé sans ménagement par les journalistes sur les sanctions que les Occidentaux n'ont pas prises. Il a assuré jeudi que couper la Russie du réseau interbancaire Swift, un rouage essentiel de la finance mondiale, restait "une option". Mais il a reconnu qu'une telle décision, réclamée par l'Ukraine, n'était pas soutenue par les Européens.

Le Canada

De son côté, le Canada va sanctionner "58 personnes et entités" russes. Les sanctions cibleront des "membres de l'élite russe", des "grandes banques russes" et des "membres du Conseil de sécurité russe" notamment, a précisé le Premier ministre Justin Trudeau. Des ministres russes sont précisément visés par les sanctions : ceux de la Défense, des Finances et de la Justice, ainsi que le groupe de mercenaires russes Wagner, réputé proche du président Vladimir Poutine.

"Nous cessons tous les permis d'exportation pour la Russie", a ajouté Justin Trudeau. Ces permis d'exportation suspendus par le Canada valent plus de 700 millions de dollars canadiens (488 millions d'euros) et visent par exemple des entreprises des secteurs aérospatial, minier et des technologies de l'information. 

"Ces sanctions ont une grande portée", a assuré Justin Trudeau, qui a estimé que l'invasion russe de l'Ukraine représentait une "immense menace [pour] la sécurité et la paix dans le monde".

Le Royaume-Uni

Le Premier ministre britannique a eu des mots très durs contre la Russie. "Poutine (...) ne pourra jamais se laver les mains du sang de l'Ukraine", a déclaré Boris Johnson, en annonçant "le paquet de sanctions économiques le plus important et le plus sévère que la Russie ait jamais vu".

La compagnie aérienne russe Aeroflot, membre de l'alliance internationale SkyTeam avec Air France-KLM, ne pourra plus desservir le Royaume-Uni. En plus des cinq banques déjà sanctionnées mardi, le géant public bancaire russe VTB est visé et voit ses actifs sur le sol britannique gelés.

Plus généralement, les nouvelles mesures "vont nous permettre d'exclure totalement les banques russes du secteur financier britannique, qui est bien sûr le plus important d'Europe", a précisé Boris Johnson. Elles vont aussi empêcher les entreprises publiques comme privées de lever des fonds au Royaume-Uni et limiter les sommes que les Russes peuvent détenir sur leurs comptes bancaires britanniques.

Au total, 100 nouvelles entités seront visées, comme le conglomérat Rostec (défense, aérospatial, technologies...). Cinq hommes et femmes d'affaires, Kirill Chamalov (pétrochimie), décrit par des médias comme l'ancien gendre de Vladimir Poutine, Iouri Sliousar (aéronautique), Piotr Fradkov (banque), Denis Bortnikov (banque) et Elena Guéorguieva (banque) sont ajoutés à la liste des personnalités interdites d'entrée sur le sol britannique, où leurs actifs sont gelés.

L'Australie

Le Premier ministre Scott Morrison a annoncé jeudi une "deuxième série" de sanctions contre quatre institutions financières et 25 personnes appartenant à quatre entités en charge du développement et de la vente de d'équipements militaires.

Le chef du gouvernement australien a ajouté que d'autres séries de sanctions, notamment à l'encontre de plus de 300 membres de la Douma, le Parlement russe, ayant approuvé l'"invasion illégale de l'Ukraine", seront imposées "au fur et à mesure que nous identifierons les responsables".

Le Japon

Le Japon a également pris vendredi matin des sanctions supplémentaires contre Moscou. A l'issue d'une réunion en ligne des dirigeants du G7, le Premier ministre Fumio Kishida a annoncé "le gel des actifs et la suspension de la délivrance de visas à des personnes et organisations russes".

Le chef du gouvernement japonais a également annoncé d'autres mesures sur les "exportations vers les organisations russes liées à l'armée" et sur des "biens à usage général comme les semi-conducteurs et les articles figurant sur une liste restreinte basée sur des accords internationaux".

La Suisse

Le Conseil fédéral a choisi une voix médiane en décidant, jeudi, de ne pas s'aligner sur les sanctions occidentales envers la Russie. Mais le président suisse Ignazio Cassis a décidé d'"empêcher le contournement des sanctions de l'UE via la Suisse". Car qui dit neutralité "ne veut pas dire indifférence", a-t-il souligné à l'issue d'une réunion extraordinaire.

Ainsi Moscou ne pourra pas utiliser la Suisse pour éviter les sanctions internationales sur les marchés financiers, certaines opérations étant désormais soumises à autorisation. Cette décision prise par la Suisse est d'importance étant donné le rôle que joue la place financière helvétique en Europe et pour la Russie.

La majorité du pétrole russe est en effet négocié à Genève, ainsi que les céréales et les métaux, et la société gérant le gazoduc Nord Stream 2 (dont l'Allemagne vient de suspendre les travaux) a aussi son siège en Suisse, à Zoug.

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