Accord commercial post-Brexit : la négociation "dépend beaucoup de ce que Boris Johnson veut", estime la chercheuse Elvire Fabry

Elvire Fabry, chercheuse à l’institut européen Jacques Delors, revient sur la signature d'un accord commercial post-Brexit dont la date butoir a été fixée à dimanche par la présidente de la Commission européenne et le Premier ministre britannique.

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Le Premier ministre britannique, Boris Johnson, le 9 décembre 2020. (JOHN THYS / AFP)

À moins de trois semaines de la rupture définitive entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le Premier ministre britannique Boris Johnson ont fixé à dimanche la date butoir pour conclure un accord commercial post-Brexit. "Cette négociation dépend beaucoup de ce que Johnson veut"estime Elvire Fabry, chercheuse senior à l’institut européen Jacques Delors, sur franceinfo jeudi 10 décembre.

franceinfo : Qu’est-ce qui coince encore ?

Elvire Fabry : Ce qui bloque le plus ce sont les conditions de concurrence équitable, parce que les Européens ne veulent pas exposer le marché unique à des risques de distorsions commerciales. L’inquiétude est que les Britanniques abaissent leurs normes dans différents domaines, comme les normes sociales, ou encore fiscales. Là-dessus, ce qui est en discussion, c’est le fait d’obtenir d’eux qu’ils acceptent un principe de non-régression, c’est-à-dire qu’ils n’abaissent pas leurs normes : l’Union européenne demande plus de précautions, pas moins. Ensuite, c’est la question de la pêche qui coince, mais elle va être gardée pour la fin. Ils en sont à trouver le bon équilibre entre le pourcentage d’accès aux eaux britanniques que perdraient les Européens, et la période de transition pour sortir de la situation actuellement, c'est-à-dire qu’on laisserait aux pécheurs un certain nombre d’années pour se préparer à ce qu’il y ait une érosion partielle de l’accès aux eaux britanniques.

Pourquoi ce qui coinçait hier pourrait se déverrouiller dimanche ?

Parce que ce ne sont pas des questions qui se discutent entre chefs d’Etat. Là, on est sur les principes, sur l’engagement, sur la bonne volonté. Finalement, cette négociation dépend beaucoup de ce que Boris Johnson veut et le signal qu’il donne à ses négociateurs. Là, il s’agissait de redonner de l’énergie à cette négociation. Elle dépend de la situation de risque politique dans laquelle se trouve Boris Johnson, et comment il apprécie ce risque politique. S’il se sent fragilisé au point de devoir consolider son parti conservateur, il sait qu’avec un “no deal” il a un soutien des "brexiters" les plus durs, alors que le choix courageux c’est celui d’un deal.

Aujourd’hui qui a le plus à perdre ?

C'est Londres. Le Royaume-Uni est beaucoup plus dépendant de l’économie européenne que l’inverse. Les Européens se sont beaucoup préparés à une situation de "no deal" [pas d'accord], et cela a été préparé par Bruxelles. On voit que les Européens restent fermes. Au Conseil européen d’aujourd’hui et de demain, Ursula von der Leyen a décidé qu’on ne parlerait pas de Brexit puisqu’on n’a pas de décision. Mais c’est aussi un signal donné aux négociateurs et à Londres, qui est de dire : "On n'a rien à rediscuter entre nous sur le Brexit, les lignes rouges sont claires, on ne joue pas la division entre les capitales européennes et nos priorités sont ailleurs, on a beaucoup d’autres sujets sur l’agenda européen à discuter."

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