Elections en Allemagne : légère avance des sociaux-démocrates, recul historique de la CDU... Ce qu'il faut retenir des résultats du scrutin

Le SPD d'Olaf Scholz est arrivé légèrement en tête des élections fédérales outre-Rhin dimanche, avec 25,7% des voix, selon des résultats provisoires. Il se place favori pour succéder à Angela Merkel.

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Le ministre des Finances allemand Olaf Scholz, candidat du parti social-démocrate pour la chancellerie, le 26 septembre 2021 à Berlin (Allemagne).  (WOLFGANG KUMM / DPA / AFP)

L'après-Merkel reste incertain en Allemagne après les élections fédérales marquant la fin de 16 années de pouvoir de la chancelière allemande. Le parti social-démocrate (SPD) d'Olaf Scholz a légèrement devancé les chrétiens-démocrates (CDU-CSU) d'Armin Laschet, famille politique d'Angela Merkel, obtenant 25,7% des voix contre 24,1% pour les conservateurs, d'après des résultats provisoires annoncés lundi 27 septembre. Franceinfo fait le point sur ce qu'il faut retenir de ces élections fédérales, dont le taux de participation s'élève à 76,6%.

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Une victoire serrée pour le SPD

L'écart entre les sociaux-démocrates et les chrétiens-démocrates se resserrait dans les enquêtes d'opinion ces derniers jours. Les sondages à la sortie des urnes ont confirmé cette tendance dimanche à 18 heures : le SPD et la CDU sont arrivés à égalité, à 25% chacun, selon la Deutsche Welle et l'ARD, tandis qu'une autre chaîne publique, la ZDF, donnait 26% pour la formation d'Olaf Scholz et 24% pour le parti d'Armin Laschet.

Les estimations dévoilées en début de soirée, puis les résultats officiels provisoires dévoilés par la commission électorale (en allemand) ont confirmé une légère avance des sociaux-démocrates. Le SPD et son candidat Olaf Scholz, actuel ministre des Finances, ont recueilli 25,7% des voix, devant les conservateurs de la CDU-CSU, menés par Armin Laschet, qui obtiennent 24,1% des suffrages.  

Les Verts arrivent troisième avec 14,8% des voix, devançant les libéraux-démocrates du FDP, quatrième avec 11,5%, et l'AfD, qui recueille finalement 10,3% des suffrages. Déception en revanche pour le parti de gauche Die Linke, arrivé sixième avec 4,9%.

Une bataille à venir pour faire une coalition 

Dans ce mouchoir de poche, les deux principales formations politiques arrivées en tête se sont positionnées pour la formation de la prochaine coalition à la tête de l'Allemagne. Le parti social-démocrate, par la voix de son secrétaire général, a revendiqué rapidement la formation du prochain gouvernement. "Je suis très heureux. Les Allemands ont décidé de nous donner un bon score, c'est un énorme succès", a réagi Olaf Scholz dimanche soir. "Ce dont je suis certain, c'est que nombre de nos concitoyens ont voté pour nous car ils veulent une alternance, car ils veulent que le chancelier du pays soit Olaf Scholz." 

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Du côté de la CDU, Armin Laschet a évoqué des résultats qui "ne nous satisfont pas", tout en refusant de s'incliner face à son rival social-démocrate. "Pour la première fois, selon toute vraisemblance, nous aurons une coalition composée de trois partis", a-t-il déclaré. "Nous avons reçu un mandat clair de nos électeurs : une voix à notre parti, c'est une voix claire contre un gouvernement de gauche. C'est pourquoi nous allons tout faire pour former un gouvernement." 

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Combien de temps prendront ces tractations pour la future coalition ? Dimanche soir, Olaf Scholz et Armin Laschet se sont engagés à former un nouveau gouvernement d'ici Noël. "L'Allemagne a la présidence du G7 en 2022", a rappelé Armin Laschet, tandis que son concurrent, Olaf Scholz, a estimé que "nous devons tout faire pour que cela soit possible avant Noël, et un peu plus tôt serait également bien".

Un recul historique pour le parti de Merkel

Au regard des résultats provisoires, le camp chrétien-démocrate de la CDU-CSU accuse son pire résultat aux élections fédérales depuis 1949. Pour la première fois, les conservateurs obtiennent un score inférieur à 30% des voix, comme le note Mathieu Gallard, directeur de recherche au sein d'Ipsos France. Ils avaient obtenu 33% lors des précédentes élections fédérales en septembre 2017, relève la Deutsche Welle (en anglais).

La CDU-CSU accuse également plusieurs défaites marquantes à l'échelle locale, comme à Stralsund, dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. La candidate du SPD est arrivée en tête dans la circonscription tenue depuis trente ans... par Angela Merkel. Dans le fief d'Armin Laschet à Aix-la-Chapelle, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, c'est le candidat des Verts qui l'a emporté. 

Le SPD, lui, remonte légèrement par rapport à 2017, où il avait obtenu 20,5% des voix, mais la formation politique reste en déclin depuis le début des années 2000. A cette époque, le plus vieux parti d'Allemagne recueillait autour de 40% des voix.

Les Verts déçus mais prêts à peser

En tête des intentions de vote au mois de mai, les écologistes ont peu à peu reculé dans les sondages, jusqu'à stagner autour de 16%. Avec un score proche de 15%, les résultats des Verts sont en deçà des espérances mais le parti progresse sensiblement par rapport à 2017, où il était arrivé sixième derrière Die Linke, avec 8,9% des voix. "Nous voulions gagner la chancellerie. Malheureusement cela n'a pas été possible, a concédé dimanche soir la candidate Annalena Baerbock. Nous avons fait des erreurs pendant la campagne. Moi-même j'ai fait des erreurs."

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Arrivés troisièmes, les écologistes pourront toutefois peser dans la formation du prochain gouvernement. "Nous avons un mandat clair pour l'avenir de notre pays", a défendu la candidate des Verts à l'issue des résultats. Leur place dans la prochaine coalition semble acquise, comme cela avait été le cas entre 1998 et 2005, sous Gerhard Schröder.

La quatrième force politique du pays, les libéraux-démocrates du FDP, joueront également un rôle-clé dans ces négociations pour la succession d'Angela Merkel. Le leader du parti, Christian Lindner, a déclaré qu'il serait "souhaitable" pour le FDP et les écologistes "de discuter d'abord entre eux", avant de décider de s'allier avec les sociaux-démocrates ou les conservateurs.

Un scénario plus probable que les autres

Quel gouvernement remplacera la "grande coalition" liant depuis mars 2018 la CDU d'Angela Merkel et le SPD ? "La partie de poker commence", résume le magazine Der Spiegel à l'issue des élections fédérales allemandes. Car "après le vote, les questions essentielles restent ouvertes : qui sera chancelier ? Quelle coalition va gouverner le pays à l'avenir ?"

Les résultats étant serrés entre sociaux-démocrates et chrétiens-démocrates, plusieurs scénarios restent probables, chacun des deux camps souhaitant former un gouvernement. Une alliance entre trois formations politiques se profile, ni la CDU ni le SPD ne pouvant obtenir une majorité avec un seul autre parti. Pour la première fois, les deux grandes familles politiques allemandes obtiennent à elles deux un peu moins de 50% des voix. Olaf Scholz pourrait opter pour la formation d'un gouvernement avec les Verts et les libéraux-démocrates du FDP.

Une coalition plus marquée à gauche, rassemblant le SPD, les écologistes et Die Linke est moins probable, car elle ne permettrait pas d'obtenir une majorité. Autre possibilité : une alliance entre la CDU, les Verts et les libéraux-démocrates du FDP. Lors de son discours dimanche soir, Armin Laschet a d'ailleurs évoqué la lutte contre le réchauffement climatique, comme un appel du pied au camp écologiste d'Annalena Baerbock.

Une "grande coalition" entre la CDU-CSU et le SPD, accompagnés des Verts ou des libéraux-démocrates, reste-t-elle envisageable ? "Pour moi, ce n'est pas une option que nous privilégions", a réagi le ministre du Travail social-démocrate Hubertus Heil, cité par Politico (en anglais)"Il y a des majorités au delà de la 'grande coalition'." Du côté des électeurs, une majorité s'est prononcée en faveur d'une coalition entre le SPD, les Verts et le FDP, d'après un sondage YouGov publié dans la nuit.

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