Allemagne : le casse-tête des énergies renouvelables

REPORTAGE | L'Allemagne est la championne des énergies renouvelables. En précurseur, le pays a misé sur le solaire, l'éolien et la biomasse. L'Allemagne a mis en place la loi la plus généreuse d'Europe pour favoriser l'installation de panneaux solaires. Mais aujourd'hui, cette loi fait débat et l'avenir des énergies renouvelables est flou.

(Sébastien Baer Radio France)

Après cette
loi, les panneaux solaires sont apparus par millions : dans les champs et sur
les toits des maisons, des exploitations agricoles ou des entreprises. Pour
encourager le mouvement, le gouvernement a subventionné une partie des
installations... Des aides généreuses, sans doute un peu trop, estime Joachim
Genosko, professeur d'économie en Bavière. "On a voulu à tout prix
encourager le développement de l'énergie solaire. Ce n'était pas
raisonnable.  Beaucoup de particuliers ont acheté des panneaux
solaires pour leurs maisons. Cela a trop bien marché et ça a tellement fait
grimper les factures d'électricité des particuliers, qu'un débat s'est engagé
pour savoir s'il faut continuer à subventionner le secteur"
.

Effectivement, les factures d'électricité ont grimpé de 30 % en 2 ans.
Pour financer les énergies renouvelables, une famille allemande paie en moyenne
200 euros chaque année. L'Allemagne est le 2ème pays d'Europe où
l'électricité est la plus chère, le double du prix en France.

La révolution verte victime de son succès

Dépassée par le
succès des énergies renouvelables, l'Allemagne a dû revoir à la baisse ses
subventions publiques. Cela a porté un coup d'arrêt au secteur. La demande a
chuté et des dizaines d'entreprises qui posent les panneaux solaires ou qui les
fabriquent ont mis la clé sous la porte.

Ingmar Kruse, le patron de Storm
Energy, implanté à Nuremberg, en Bavière, a sauvé son entreprise mais il a dû
licencier 20 personnes, la moitié de son personnel. Aujourd'hui encore, il ne
comprend toujours pas la volte-face du gouvernement. "On a dû se séparer d'une
partie de notre personnel et c'était difficile parce qu'on a créé cette
entreprise dans la perspective de faire encore plus, dans l'idée de participer à
l'aventure des énergies renouvelables. Au début, on nous a encouragés et nous, on
a embauchés des gens. Et soudain, d'une semaine à l'autre, on a l'impression que
tout ce qu'on a fait jusqu'à présent, c'était mauvais. J'ai le sentiment,
quelque part, d'avoir été trahi."

Et aujourd'hui, ironie du sort, le
marché du photovoltaïque profite surtout aux fabricants asiatiques, notamment
chinois, de panneaux solaires. Ils proposent des prix 30 % inférieurs à ceux
proposés par les fabricants allemands.

Aujourd'hui,
certains estiment que
le gouvernement a été complètement dépassé, que le virage énergétique n'est plus
maîtrisé. Mais pour Alfred Lehmann, le maire d'Ingolstadt en Bavière, il fallait
agir. "On ne peut pas tout miser sur l'énergie solaire. Car il y a de
nombreuses journées sans soleil à Ingolstadt et en Bavière. Quand
il n'y a pas de vent, quand le soleil ne brille pas, la production d'énergie
chute, et c'est là le problème. Nous avons besoin de courant,
quelles que soient les conditions météo...C'est pour ça que nous
avons le gaz et le nucléaire par exemple."

Remise en cause des objectifs ?

L'Allemagne a
des objectifs clairement définis dans le cadre de la
transition énergétique : produire, en 2020, 35 % du courant à partir des énergies
renouvelables (et 80 % en 2050).

Une révolution verte, ambitieuse, mais qui
risque d'être remise en question estime Matthias Hüttmann, porte-parole de DGS,
un lobby pro-énergie solaire. "C'est une grossière erreur de vouloir
écarter les énergies renouvelables au profit du charbon ou du nucléaire. Car le
courant fabriqué à partir des énergies renouvelables revient toujours beaucoup
moins cher que celui qui est produit par les centrales au charbon ou les
centrales nucléaires. En plus, le prix de ce type d'énergie ne cesse
d'augmenter. C'est vraiment une vision politique à court terme. Et pour
atteindre les objectifs que l'on s'est fixés, on ne peut pas se permettre de
stopper cette croissance."

Quel que soit
le résultat du scrutin dimanche, le futur chancelier allemand devra résoudre
l'équation suivante : limiter les coûts de cette révolution verte sur les
factures des consommateurs tout en poursuivant la croissance des énergies
renouvelables.