Cet article date de plus d'un an.

Orages : "Nous sommes déjà entrés dans l'ère du réchauffement climatique, il faut agir fort maintenant", assure l'eurodéputé Pascal Canfin

Les députés européens vont prochainement voter un paquet climat qui comprend "plusieurs éléments historiques", avance Pascal Canfin, comme la mise en place d'une taxe carbone aux frontières de l'UE. Des lois qui font face à un "tsunami de lobbys", selon l'eurodéputé.

Article rédigé par France Info
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min
Pascal Canfin, eurodéputé LREM et président de la commission Environnement au Parlement européen, était jeudi 26 avril l’invité du 8h30 franceinfo. (FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

"Nous sommes déjà entrés dans l'ère du réchauffement climatique, il faut agir fort maintenant", a déclaré lundi 6 juin sur franceinfo Pascal Canfin, eurodéputé, président de la commission de l'environnement du Parlement européen, alors que les eurodéputés vont voter d'ici mercredi 8 juin plusieurs textes sur le climat. Des agriculteurs se disent "dévastés" après les violents orages qui ont détruits leurs récoltes. Pascal Canfin plaide pour une meilleure assurance des agriculteurs, qui "subissent déjà les risques climatiques".

franceinfo : Les intempéries de ce week-end sont-elles une nouvelle preuve qu'il faut agir vite dans la lutte contre le réchauffement climatique ?

Pascal Canfin : Bien sûr. En 2021, nous avions eu un épisode identique, pourtant exceptionnel à l’échelle de l’histoire. Il faut faire en sorte que les agriculteurs qui jouent davantage le jeu de la lutte contre le dérèglement climatique soient mieux couverts contre les risques climatiques qu’ils subissent. Les agriculteurs sont sans doute la catégorie professionnelle qui vit le plus l’impact du dérèglement climatique. Il faut donc agir à leur côté pour les protéger en termes d’assurance et pour les accompagner dans leurs pratiques agricoles.

Nous sommes déjà entrés dans l'ère du réchauffement climatique. La question n’est plus de savoir si on peut l’éviter, la question est de savoir si on peut éviter les pires scénarios. Et pour cela, il faut agir fort maintenant, et c’est ce qu’on fait avec le paquet climat que l’on va voter cette semaine au Parlement européen.

Ce paquet climat, ce sont huit textes qui seront votés d’ici mercredi. Est-ce que ce vote s’annonce serré ?

Il y a plusieurs éléments tout à fait historiques dans ce paquet, puisque c'est l'ensemble de textes sur le climat qui va changer les règles du jeu. D’abord sur la taxe carbone aux frontières. Ça, c'est sûr de passer. Nous sommes tous d'accord. Nous discutons et nous voterons sur les modalités précises,mais le principe est acquis. Nous serons donc la première zone au monde à mettre en place un tel dispositif, qui va faire en sorte que ceux qui importent des biens de consommation chez nous paieront le carbone. Aujourd'hui, nos industriels payent le prix du carbone de plus en plus, alors que quand vous produisez en Chine ou en Turquie, vous ne payez pas. C'est injuste et nous mettons fin à cette injustice.

Quels sont les autres éléments de ce paquet climat ?

Le deuxième élément historique qui lui n'est pas du tout l'objet d'un consensus, c'est de savoir si, oui ou non, nous basculons totalement l'industrie automobile européenne vers le zéro émission d’ici 2035. Cela peut paraître lointain, mais treize ans pour transformer totalement la plus grande industrie en termes d'emplois en Europe, c'est évidemment extrêmement rapide. Est-ce que nous adoptons, oui ou non, cette règle contraignante pour tous les constructeurs ? On parle bien des voitures neuves. Ça veut dire que tous ceux qui auront d'ici 2035 une voiture non zéro émission pourront évidemment continuer à l'utiliser. Et pourquoi en 2035 ? Tout simplement parce que l'objectif que l'on s'est fixé pour respecter les accords de Paris sur le climat, c'est d'être neutre en carbone, de ne plus émettre de CO2 en 2050. Or, une voiture roule en moyenne sur les routes européennes pendant 15 ans.

Vous parlez d’un "tsunami" de lobbys sur ces textes, c’est-à-dire ?

C’est la dernière chance pour les industriels anti-climat de faire entendre leur voix. Ça se manifeste par des centaines de propositions d'amendements, des arguments qui viennent déconstruire les arguments pour le climat. C’est légitime de défendre ses intérêts, mais les entreprises qui disent de ne pas faire telle chose sur le carbone, sur les voitures ou sur le bâtiment ne mettent pas de propositions sur la table qui auraient le même objectif climatique.

"Si on additionne tous les lobbys, à la fin, on n’a plus aucune action climatique et c’est irresponsable quand on connaît les conséquences du dérèglement climatique."

Pascal Canfin, eurodéputé

à franceinfo

L’Union européenne a décidé d’un embargo sur le pétrole russe. Certains réfléchissent à utiliser du charbon comme alternative.

L'accord que nous avons tous prévoit de diminuer très rapidement notre consommation et notre importation de charbon, de pétrole et de gaz russe. Mais si c'est pour le remplacer par du gaz, du pétrole ou du charbon qui n'est pas russe, mais qui émet tout autant de CO2, d’un point de vue climatique, ça n'aura évidemment rien changé. C'est pour ça qu’il faut à la fois diminuer nos importations d'énergies fossiles russes et les remplacer si besoin par une toute petite partie de gaz américain ou de gaz du Qatar.

Mais l'essentiel doit être remplacé progressivement par des énergies renouvelables. C'est pour ça que la Commission européenne, là aussi dans le paquet climat dont je viens de parler, a fait une proposition de doubler d'ici 2030 la capacité de production d'énergie renouvelable, c'est-à-dire faire en sept ans autant de production d'énergie que nous l'avons fait sur les 40 dernières années. C'est absolument considérable et ça prouve bien l'accélération dans laquelle nous sommes engagés.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.