Assèchement de la moitié des lacs et réservoirs du monde : "Ça a un effet accélérateur sur le réchauffement climatique", explique l'un des auteurs de l'étude

Selon une étude publiée dans la revue Science, la quantité d'eau diminue dans plus de la moitié des lacs et réservoirs du monde. Conséquence de l'utilisation excessive de cette ressource par les humains et du dérèglement climatique.
Article rédigé par France Info
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Un lac asséché à Millas (Pyrenées-Orientales), le 16 avril 2023. (MICHEL CLEMENTZ / MAXPPP)

"Les lacs sont des puits de gaz à effet de serre", explique vendredi 19 mai sur franceinfo Jean-François Crétaux, ingénieur CNES et responsable scientifique mission Swot. "Lorsqu’ils s’assèchent, ils peuvent générer en retour une réémission importante de ces gaz à effet de serre. Donc ça a un effet accélérateur sur le réchauffement climatique", ajoute le co-auteur d'une étude publiée dans la revue Science, qui révèle que plus de la moitié des lacs et des réservoirs perdent de l’eau. La faute en priorité au réchauffement climatique et à l'utilisation excessive de cette eau par l'homme.

franceinfo : Pourquoi cette observation est si alarmante ?

Jean-François Crétaux : Parce qu’on voit une diminution sur les 30 dernières années de l’eau contenue dans les grands lacs. Dans cette étude, on a travaillé sur environ 2 000 lacs, 1 000 lacs naturels et 900 lacs artificiels. On voit une baisse très importante notamment dans les zones arides. Cela va entraîner un certain nombre de problèmes, aussi bien sur la quantité d’eau disponible pour les hommes, que des impacts sur le changement climatique. Parce que les lacs jouent aussi un rôle dans la réduction de gaz à effet de serre.

Cela veut dire qu'il y a un effet boule de neige avec l'assèchement des grands lacs et des réservoirs ?

Oui, parce que les lacs sont des puits de gaz à effet de serre, en particulier de méthane. Et lorsqu’ils s’assèchent, un peu comme cela se produit avec la fonte du permafrost, ils peuvent générer en retour une réémission importante de gaz à effet de serre. Donc ça a un effet accélérateur sur le réchauffement climatique.

Est-ce que vous avez identifié des sites touchés en France ?

Pas dans cette étude, parce qu’on a travaillé sur les 2 000 plus gros lacs du monde. Par contre, on a une mission satellite qui a été lancée par le CNES et la Nasa il y a trois mois, qui s'appelle Swot, et qui permet de travailler sur deux à six millions de lacs. Cela peut permettre de voir le rôle que les lacs en France ont sur le réchauffement climatique et comment ils vont évoluer dans le temps.

L’eau douce est une ressource vitale. Est-ce que sa raréfaction peut entraîner, ou entraîne déjà, des déplacements de populations dans le monde ?

Oui, ça peut. Il y a la question de la raréfaction, qui va provoquer une perte économique, notamment pour ceux qui vivent de l'agriculture et qui sont obligés de se déplacer. On a connu ça en Asie centrale ou dans le Sahel. Mais dans d'autres régions, à l'inverse, il y a une hausse assez forte du niveau des lacs à cause d'une augmentation des précipitations et qui provoque des inondations destructrices. On a la ville de Bujumbura autour du lac Tanganyika, au Burundi, qui a été très fortement inondée ces dernières années.

Les conclusions de cette étude sont assez fatalistes ou au contraire, est-ce que vous nous dites qu’il est encore temps d’agir pour nos ressources en eau ?

L’objet de l’étude est de faire un constat, plutôt que de dire s’il est possible d'agir ou non. On a une ressource en eau que l’on peut difficilement contrôler, elle est liée à des événements naturels. On peut la contrôler en amont, parce que c’est lié au changement climatique. Mais on va surtout être amenés à dire : attention, cette eau est limitée et on en a besoin. Donc il faudra peut-être changer les usages ou la gérer de façon intelligente. Mais notre étude est surtout là pour dire : voilà ce qu’il se passe.

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