Convention citoyenne pour le climat : "Il ne faut surtout pas s'arrêter aux bonnes paroles, il faudra voir réellement les actes", estime Corinne Lepage

"Cela fait deux ans et demi qu'on entend parler d'écologie dans ce gouvernement et deux ans et demi qu'on voit une destruction systématique du droit de l'environnement", dénonce dimanche 21 juin sur franceinfo Corinne Lepage, avocate, présidente de Cap21 et ancienne ministre de l'Environnement.

Corinne Lepage, avocate, présidente de Cap21 et ancienne ministre de l\'Environnement, le 4 décembre 2018 à Paris.
Corinne Lepage, avocate, présidente de Cap21 et ancienne ministre de l'Environnement, le 4 décembre 2018 à Paris. (OLIVIER CORSAN / MAXPPP)
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"Cela fait deux ans et demi qu'on entend parler d'écologie dans ce gouvernement et deux ans et demi qu'on voit une destruction systématique du droit de l'environnement", estime dimanche 21 juin sur franceinfo Corinne Lepage, avocate, présidente de Cap21. "Il faudra voir réellement les actes et ce qui change dans les actes", ajoute celle qui a été ministre de l'Environnement, alors que La Convention citoyenne pour le climat, composée de 150 citoyens, continue dimanche 21 juin de rendre ses propositions pour lutter contre le réchauffement climatique.

La Convention souhaite notamment l'introduction dans le droit pénal français d'un crime "d'écocide", une proposition rejetée récemment au Sénat et à l'Assemblée nationale. Emmanuel Macron doit recevoir le 29 juin les 150 participants de cette Convention et leur apporter de "premières réponses".

franceinfo : Cette Convention, c'est une opportunité à saisir ?

Corinne Lepage : Je pense que c'est très important parce que pendant très longtemps on a dit que les Français étaient rébarbatifs, ils ne voulaient pas vraiment y aller. Or, les propositions de la Convention citoyenne, qui certes pour beaucoup d'entre elles existent déjà, sont très renforcées. Certaines sont innovantes et rejoignent tous les sondages d'opinion qui montrent que les questions environnement-climat-santé sont désormais les premières dans les préoccupations de nos concitoyens avant même le chômage et le pouvoir d'achat. Donc je crois que c'est extrêmement important.

Il y a cette question du référendum pour valider ou pas des mesures, les inscrire dans la loi. Option soutenue par la ministre de la Transition écologique Elisabeth Borne. Serait-ce une bonne idée selon vous ?

Le référendum, c'est quand même une affaire très sérieuse, prévue par la Constitution, qui ne peut pas être utilisée pour n'importe quelle question. Les dispositions de la Constitution sont assez rigoureuses quant aux sujets qui peuvent être abordés par le référendum. Deuxièmement, il ne faudrait pas tomber dans des mesurettes, qui seraient soumises à référendum et qui n'auraient pas beaucoup de sens. Si on dérange les Français pour qu'ils aillent voter, c'est sur des questions majeures qui sont vraiment des grandes questions d'orientation : la taxe carbone, la fiscalité, le mix énergétique et l'accélération des énergies renouvelables, la modification de la Constitution. Aller juste poser une question sur la rénovation des bâtiments ou sur le 110 km/h - qui en plus n'est probablement pas la mesure que tous les Français plébisciteraient - je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée.

Les 150 citoyens seront reçus le 29 juin à l'Élysée. Comment faire pour distinguer l'utilisation politique de l'écologie et l'amorce d'un vrai tournant écologique ?

Regardons les actes. Cela fait deux ans et demi qu'on entend parler d'écologie dans ce gouvernement et deux ans et demi qu'on voit une destruction systématique du droit de l'environnement et beaucoup de mesures qui vont directement contre l'intérêt général et l'écologie. Par voie de conséquence, je crois qu'il ne faut surtout pas s'arrêter aux bonnes paroles. Il faudra voir réellement les actes et ce qui change dans les actes. Pour le moment, on est en pleine dichotomie. Et je dirais que sur les municipales le front LR-LREM contre les écologistes montre bien le degré d'engagement de ce mouvement politique en faveur de l'écologie.