Protection des mers : "la France doit porter une exemplarité forte pour que d'autres prennent les mêmes mesures", insiste Surfrider

Lors de son déplacement à Marseille, le président de la République s'est engagé pour la protection des océans. Une première concrétisation pour Surfrider Foundation Europe.

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Radio France
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La porte-parole de Surfrider Foundation Europe, Antidia Citore, assiste à une conférence de presse le 3 juillet 2014 au ministère de l'Écologie, à Paris, dans le cadre de la Journée internationale sans sacs plastiques. (JOEL SAGET / AFP)

"La France doit porter une exemplarité forte pour que d'autres prennent les mêmes mesures", a déclaré Antidia Citores, porte-parole de Surfrider Foundation Europe, ONG qui lutte pour la protection des océans et de ses usagers. Elle salue les annonces d'Emmanuel Macron vendredi 3 septembre, en ouverture du congrès de l'Union internationale de conservation de la nature, mais "derrière ces paroles, il va falloir qu'il y ait des actes politiques". Antidia Citores s'inquiète notamment d'une "hécatombe au niveau des requins", une espèce "en haut de la chaîne" alimentaire.

franceinfo : Les annonces d'Emmanuel Macron sur les aires maritimes protégées et sur l'organisation d'un sommet environnemental dans quelques mois vous donnent-elles de l'espoir ?

C'est une première concrétisation pour Surfrider. Lors du G7 à Biarritz, nous avions appelé à ce type de sommet international dédié à l'océan. Derrière ces paroles, il va falloir qu'il y ait des actes politiques, c'est-à-dire une société internationale mobilisée, des acteurs du transport maritime mais aussi de l'énergie mobilisés pour réduire les impacts et préserver la biodiversité et le climat, puisque c'est cette coopération entre le climat, la biodiversité et l'océan qui permet une régulation.

Étendre des aires maritimes protégées pour atteindre 5% en Méditerranée, ça signifie quoi exactement ?

Il y a plus de 27 types de régimes d'aires marines protégées, donc ça dépend de la détermination des pays à établir des restrictions en termes d'exploitation ou d'usage. On portera donc une attention particulière pour que cette définition de la protection soit "forte", c'est-à-dire qu'on ait des usages très restrictifs. On ne parle pas de sanctuarisation, mais bien de cohabitation d'usages qui ne seraient pas impactants pour ces aires marines. En Méditerranée, on part de loin, il n'y a pratiquement rien en termes de protection. Là, il va falloir le concrétiser encore avec les pays de la rive Nord, de la rive Sud, mais aussi tous les engagements sur la réduction des plastiques. Il faudra le faire en coopération avec les autres États puisqu'on ne peut pas protéger tout seul une aire marine, on n'est pas les seuls à naviguer, on n'est pas les seuls à pêcher par exemple. Donc la France doit porter une exemplarité forte pour que d'autres prennent aussi les mêmes mesures et se comportent de façon exemplaire dans ces zones marines protégées.

Quelles sont les menaces qui pèsent sur les mers aujourd'hui ? 

Les menaces sont multiples : la pollution chimique, la pêche, il y a certaines zones qui deviennent "anoxiques", c'est-à-dire sans vie, puisque l'on a surexploité ou que l'on a trop pollué dans ces zones-là, il y a le "bruit sous-marin", le fait qu'il y ait de plus en plus d'activités crée des nuisances, ça peut même causer des lésions pour les cétacés et on voit des migrations perturbées. Au final, les menaces sont les mêmes qu'à terre. Par contre, on a fait des erreurs dans la gestion de ces menaces sur terre, il faudrait essayer de ne pas les reproduire dans l'océan.

Un tiers des espèces à travers la planète sont désormais menacées d'extinction par l'activité humaine d'après le rapport de l'UICN publié ce samedi, est-ce cette situation est irréversible ? 

Pour certaines espèces c'est irréversible, pour d'autres il y a des possibilités. Pour les coraux, on a de l'espoir de pouvoir refaire des nurseries, justement avec ces aires marines protégées on a des espoirs de reconquête de cette biodiversité. Ce qui est le plus alarmant, c'est que ces hécatombes d'animaux, on ne les voit pas, elles ne sont pas visibles. On ne voit pas des cadavres partout d'animaux, mais on a des réductions de populations terribles, sans pour autant parfois même avoir des extinctions. Il est de notre devoir de respecter cette biodiversité en faisant les bons choix, y compris en tant que consommateurs, en évitant les emballages, en réduisant le plastique, parce qu'on voit des tortues qui ingèrent encore les plastiques et qui sont menacées d'extinction. Il y a vraiment toute une chaîne, aussi bien les entreprises du consommateur que des pouvoirs publics, qui doit opérer un changement.

D'après la liste rouge de l'UICN, un tiers des requins sont menacés d'extinction, c'est particulièrement une mauvaise nouvelle pour la mer ? 

Oui, c'est une mauvaise nouvelle, parce que c'est un des prédateurs en haut dans la chaîne, ça veut dire aussi que cela va déstabiliser tout l'écosystème marin. C'est un indicateur de l'état de bonne santé ou de mauvaise santé du milieu marin. Cette hécatombe au niveau des requins et de toutes les espèces marines démontre qu'on a mis le doigt dans l'engrenage d'une déstabilisation des écosystèmes et c'est à nous de nous responsabiliser. Il y a eu beaucoup de lancements d'alerte, là on n'a plus le choix que d'agir. Il ne faut pas attendre une nouvelle liste de l'UICN.

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