Ce que l'on sait de la mort d'un Français attaqué par un grizzly au Canada

L'homme, qui faisait du camping sauvage avec une amie, a été emporté en pleine nuit par l'animal.

Un grizzly dans la forêt pluviale du Grand Ours, le 3 mai 2018 en Colombie-Britannique (Canada).
Un grizzly dans la forêt pluviale du Grand Ours, le 3 mai 2018 en Colombie-Britannique (Canada). (JACK CHAPMAN / BIOSPHOTO / AFP)

Julien Gauthier, un musicien franco-canadien de 44 ans, est mort après une attaque de grizzly survenue jeudi 15 août dans un secteur isolé des Territoires du Nord-Ouest du Canada, a annoncé lundi 19 août la gendarmerie du pays, appuyant une information du Parisien, confirmée à franceinfo par une source proche de la famille.

Que s'est-il passé ?

La gendarmerie royale du Canada a été alertée jeudi 15 août, peu avant 8 heures du matin, par le déclenchement d'une balise de détresse dans les environs de Tulita, "un secteur grandement isolé", situé en bordure du fleuve Mackenzie, dans les Territoires du Nord-Ouest. Un lieu "accessible uniquement par voie marine ou aérienne", rapporte l'agence canadienne QMI, citée par Le Journal de Montréal.

La balise de détresse avait été déclenchée par des voyageurs prévenus par Camille, une amie qui accompagnait Julien Gauthier dans son périple. Elle a expliqué aux secours que le quadragénaire s'était fait emporter par un grizzly durant la nuit, alors que le duo campait le long du fleuve. "L'animal a saisi l'homme de 44 ans au cou et à l'épaule avant de l'emporter dans la forêt", écrit Le Parisien.

En raisons des mauvaises conditions météorologiques, les autorités ont envoyé un hélicoptère sur la zone de la disparition afin d'entamer des recherches et d'évacuer les voyageurs. Le corps de Julien Gauthier a finalement été retrouvé vendredi après-midi. "Les éléments de preuve recueillis pendant l'enquête confirment que la victime a rencontré un ours", a indiqué la gendarmerie, précisant qu'une autopsie avait été demandée pour élucider la cause exacte du décès.

Qui est la victime ?

Il s'agit donc de Julien Gauthier, un musicien franco-canadien âgé de 44 ans et résidant en Seine-Saint-Denis. "Il a grandi au Canada jusqu'à ses 19 ans avec ses deux parents français avant de venir en France", raconte au Parisien sa compagne Laura, restée en France pendant le voyage du quadragénaire.

Passionné de nature et de musique classique, il intégrait les "paysages sonores" qu'il avait l'habitude d'enregistrer à des compositions plus classiques. Julien Gauthier avait ainsi effectué récemment une mission de cinq mois aux îles Kerguelen, dans le sud de l'océan Indien, pour enregistrer des sons dans cet environnement isolé. Il en avait tiré une Symphonie australe, jouée par l'orchestre symphonique de Bretagne et diffusée en juin 2018 sur France Musique.

Sur Facebook, l'administrateur de l'orchestre symphonique de Bretagne, Marc Feldman, rend hommage à un "homme sensible, généreux et talentueux", doté d'"un sens de l'aventure, de l'émerveillement et d'une intelligence rare".

Que faisait-il dans cette région reculée ?

Le compositeur était parti au Canada pour "réaliser un de ses rêves", écrit Le Parisien : descendre en canoë-kayak, en compagnie de son amie biologiste Camille, la quasi-intégralité du fleuve Mackenzie, qui s'étire sur plus de 1 500 km dans le Grand Nord canadien.

Ce voyage d'un mois, entre aventure et projet professionnel, devait être pour lui l'occasion d'enregistrer de nouveaux "sons insolites" pour composer une création destinée à accompagner une exposition de photos prises par Camille durant le périple, indiquait le duo sur le site de financement participatif Kiss Kiss Bank Bank.

Sur son compte Facebook, Julien Gauthier racontait, six jours après le début de son parcours, avoir déjà enregistré "quelques sons très marquants". "Déjà cinq jours de canoë et de camping sauvage dont trois sans avoir croisé âme qui vive... à part quatre ours [et] quantité d'oiseaux en tous genres", écrivait-il avant de prendre un "repos bien mérité (...) dans un village d'une cinquantaine d'habitants".

Ce type d'accident est-il fréquent ?

"Les attaques d'ours sont rarissimes, mais médiatisées", résume Le Parisien. Le quotidien rappelle qu'une femme et son bébé de 10 mois ont été tués en novembre dernier par un grizzly dans le Yukon, un territoire du nord du Canada. Fin juillet, près de Vancouver, dans l'ouest du pays, un quadragénaire a réussi à s'échapper des griffes d'un de ces ours en utilisant son couteau de poche. Il avait tout de même été gravement blessé, selon le site TVA Nouvelles.

L'agence gouvernementale Parcs Canada conseille aux randonneurs susceptibles de croiser la route d'un grizzly ou d'un ours noir la plus grande prudence, notamment en se déplaçant en groupe, en faisant du bruit et en transportant sur soi une bonbonne de gaz poivré.