La sécurité aux Jeux olympiques de Rio: la première des épreuves

La 31e édition des Jeux olympiques débutera à Rio le 5 août 2016 dans un climat morose, entre des craintes d’attentats et une crise économique et politique persistante. Malgré le déploiement de dizaines de milliers de militaires et de policiers, il n’est pas forcément facile d’assurer la sécurité autour des installations olympiques et de surveiller 15.000 kilomètres de frontières.

À Rio, les militaires brésiliens montent la garde depuis le 24 juillet près du village olympique.
À Rio, les militaires brésiliens montent la garde depuis le 24 juillet près du village olympique. (Michael Kappeler / AFP)
«Vous me demandez si nous sommes invulnérables ? Non, nous ne le sommes pas. Personne n’est invulnérable.» Lors d’une interview télévisée le 26 juillet 2016, le ministre de la défense Raul Jungmann a choisi la franchise vis-à-vis de ses concitoyens et le demi-million de visiteurs attendus à Rio pour l’ouverture des Jeux olympiques, le 5 août.
 
La surveillance du Brésil, une utopie?
Début juin, les autorités brésiliennes ont annoncé le déploiement de 85 000 policiers et militaires afin de protéger les visiteurs, mais aussi les 10 000 athlètes engagés dans les différentes épreuves olympiques. Contacté par Géopolis, le service de presse du Comité international olympique (CIO) s’est contenté de déclarer que les «autorités brésiliennes font ce qu’elles peuvent afin d’assurer la sécurité avant et pendant les jeux». Les forces de l'ordre seront appuyées par 250 officiers de police venus de 55 pays. De plus, des services de renseignement étrangers, notamment français et américain, interviendront pendant l’événement afin de prévenir d’éventuelles attaques terroristes.

D'une manière générale, surveiller les confins du Brésil, l’un des pays les plus vastes au monde – 15 000 kilomètres de frontières avec 10 pays différents - représente un immense défi. Les trafics d’armes et de drogues sont fréquents dans les zones frontalières. Les forces de l’ordre ont d’ores et déjà vérifié les antécédents de 400 000 personnes impliquées dans la préparation et la couverture de ces Jeux olympiques, indique le CIO sur son site.

Grâce à la police fédérale américaine, une vague d'arrestations a eu lieu le 21 juillet. Le FBI avait communiqué à ses homologues brésiliens les profils de onze personnes soupçonnées de fomenter des attentats pendant les Jeux olympiques. Les personnes interpellées, dont les messageries WhatsApp et Telegram étaient surveillées depuis avril, projetaient d’acquérir des armes «pour commettre des crimes au Brésil et même à l’étranger» sans pour autant dévoiler de plan précis, a déclaré à l’AFP un porte-parole officiciel. Les membres de cette cellule autoproclamée «Défenseurs de la charia» affirmaient, dans leurs conversations, avoir prêté allégeance à Daech. Les autorités parlent d'un groupe d'«amateurs désorganisés».
 
Un des douze supects arrêté dans le cadre de l\'opération «Hashtag», à Brasilia le 21 juillet.
Un des douze supects arrêté dans le cadre de l'opération «Hashtag», à Brasilia le 21 juillet. (ED FERREIRA / BRAZIL PHOTO PRESS)


Un autre ressortissant brésilien, rallié au groupe terroriste, serait aussi suspecté d'avoir préparé une attaque, ciblant cette fois la délégation française à Rio. Cette information, repérée par nos confrères de Libération, émane d’une révélation fortuite de Christophe Gomart, directeur du renseignement militaire, lors de son audition devant la commission d’enquête parlementaire sur les attentats du 13 novembre 2015. Une information démentie de concert par les gouvernements français et brésilien le 19 juillet.

Communautés musulmanes bien intégrées
Dans le même temps, la police brésilienne a annoncé l'interpellation, le 27 juillet, de Chaer Kalaoun, un trentenaire d'origine libanaise qui aurait prêté allégeance à Daech et séjourné en Syrie. Il avait déjà été arrêté pour port d'armes pendant la Coupe du monde de football en 2014. Par ailleurs, les autorités ont posé, «au moins jusqu’à la fin des jeux», un bracelet électronique à un Libanais, Ibrahim Chaiboun Darwich. Il s’entraînait au tir en secret et avait, lui aussi, passé un séjour de trois mois en Syrie dans une zone contrôlée par Daech. 
 
Le premier est originaire du sud du pays, le second de Rio. Dans ces deux régions vivent de nombreux musulmans, pour la plupart descendants de marchands turcs, libanais et syriens installés là depuis les années 1920. Ces communautés sont souvent citées comme des modèles d’intégration.

«La communauté musulmane est très réduite au Brésil : ses membres ne représenteraient qu’environ 0,2% de la population, contre 63% de catholiques ou 22% de protestants, souligne Marion Aubrée, chercheuse à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), interviewée par Géopolis. Jusqu’à présent, le Brésil n’a jamais été touché par une attaque à motivation religieuse et aucune organisation islamiste ne s’est fait connaître par des actes terroristes». Elle ajoute: «Sans qu'on puisse expliquer le phénomène, de nombreux évangélistes se convertissent à l'islam».

Si le Brésil n'a pas encore été frappé par le terrorisme, il n'est pas épargné par la violence quotidienne. «Il y a eu 40 morts en mai dans la ville de Rio (plus de 80 dans tout l'Etat) et cela représente une hausse de 135% par rapport à mai 2015», observe Amnesty International. «Notre principale préoccupation est l'escalade de la violence policière avec la proximité des Jeux», ajoute l'organisation de défense des droits de l'Homme. Amnesty met notamment en cause l'action des forces de l'ordre et dénonce «de véritables opérations de guerre dans les favelas et la périphérie (de la ville) depuis le début de la ville».
 
Un Brésil sans tête ouvrira la fête
À ces problèmes s’ajoute la situation politique agitée que traverse le pays. Malgré un budget «maîtrisé» de près de 11 milliards d’euros (40% provient de fonds publics), près de la moitié des Brésiliens désapprouve la tenue de la compétition (sondage Datafolha), deux ans seulement après l’accueil de la Coupe du monde.

Des Brésiliens manifestent le 24 juillet sur l\'avenue Paulista à Saõ Paulo, en soutien à la présidente déchue, Dilma Rousseff.
Des Brésiliens manifestent le 24 juillet sur l'avenue Paulista à Saõ Paulo, en soutien à la présidente déchue, Dilma Rousseff. (Cris Faga / NurPhoto)


Les classes moyennes s'interrogent sur l’utilité de l’événement. Elles rappellent le délabrement des services publics et l'appauvrissement lié à la crise économique. L'État de Rio de Janeiro, en faillite, ne peut même plus payer certains de ses fonctionnaires. Et ce alors que de nombreux dirigeants politiques sont accusés de corruption. A commencer par la présidente Dilma Rousseff (suspendue), son prédécesseur Lula, le vice-président et président par intérim Michel Termer... En mars, les Brésiliens étaient descendus en masse dans les rues pour protester contre le gouvernement. Le 31 juillet, à quelques jours de l'ouverture des jeux, deux autres manifestations sont à nouveau prévues à Rio: l'une contre Dilma Rousseff, l'autre pour la soutenir.
 

Les Brésiliens appellent Rousseff à la démission (FranceTV info)

«Nous traversons une période très difficile, vraiment critique de l’histoire du pays et de l’histoire de la démocratie, avait prévenu Dilma Rousseff en allumant la torche olympique le 3 mai, à Brasilia. Mais le Brésil saura offrir le meilleur accueil aux athlètes et aux visiteurs étrangers». La cérémonie d’ouverture se déroulera cependant sans la présidente, en attente de sa procédure en destitution, mais aussi sans Lula, à qui Rio doit l’attribution des jeux. En leur absence, c’est le vice-président Michel Temer qui accueillera les 45 chefs d’États invités dans la seconde ville du pays. Dans ce contexte, au lieu de confirmer le Brésil comme une puissance de premier plan, ces JO risquent plutôt de dévoiler au monde entier la fragilité de ses institutions.